L’HOMME DE NOWHERE LAND

Pour Paul Marchand – 1962 – 2009

NOWHERE LAND

Il y a quelques jours de cela disparaissait un authentique héros. Un homme qui n’avait pas cinquante ans, et qui pourtant était mort plusieurs fois déjà. Ce héros n’était pas une « icône » mondiale, son nom n’était connu que de ceux qui savent, il ne vouait aucune admiration particulière pour les parcs à enfants et son épiderme n’était sujet à aucune variation de couleur.

Il n’était « Roi » d’aucune « Pop », sinon celle rythmée par le tir des katiouschas et des fusils d’assaut. La crise cardiaque fatale qui a emporté la superstar bionique de Berverly Hills a très vite focalisé l’attention du troupeau mondialisé sur une mort d’autant plus anecdotique qu’elle était à la hauteur, terriblement banale, de la vie qui l’avait précédée. Celle d’un produit de grande consommation.

L’homme dont je veux vous parler a dialogué avec les morts, et il n’a pas été entendu des vivants. Il a conversé avec les armes et les tueurs qui les tiennent, mais il y avait plus urgent à faire, et plus important à écouter, voter pour les Vélibs, lire le dernier ramassis de poncifs humanitaires d’un de nos auteurs nationaux, se pâmer pour un discours de Ségolène Royal, ou une analyse géopolitique de Jean-Luc Mélanchon, voire d’Alain Soral.

Cet homme n’est pas mort dans l’indifférence générale. Cela aurait été, pour nos démocrates-pigistes, une marque d’honneur – apophatique certes – mais qui n’aurait pas convenu à leur méthodologie éprouvée pour tout noyer dans l’in-différence relative.

Deux ou trois entrefilets, dignes d’un vulgaire fait-divers, auront permis à la presse, que l’homme en question connaissait fort bien, de pouvoir se justifier à peu de frais, c’est le cas de le dire, et d’enterrer au plus vite le souvenir du défunt, si possible en même temps que le cercueil.

Je n’ai jamais rencontré Paul Marchand, puisque tel est son nom.

Nos chemins se sont sans doute croisé, je pense, à une certaine époque, quelque part dans l’ancienne « Europe de l’Est ».

Son nom était déjà connu à Sarajevo, bien avant que j’y transite. Considéré comme un fou, un paria, un non-journaliste (quel honneur), il défiait toutes les conventions de la médiature professionnelle, s’aventurait là où il ne fallait pas, voyait donc ce que les autres ne voyaient pas, bref accomplissait son authentique travail de témoin, qui ne consiste pas à s’engourdir de pseudo-objectivité, mais à vivre, jusqu’au bout de la nuit, l’expérience ultime de la « sympathy for the devil ».

Je n’ai jamais rencontré Paul Marchand, pas même alors qu’il vivait comme moi à Montréal. C’est peut-être pour cette raison très précise que c’est le personnage d’un de mes romans qui a croisé sa vie à Sarajevo. Il existe sans doute une loi physique inconnue qui empêche toute redondance entre la vie et la fiction. Si Paul Nitzos, dans Villa Vortex, devait rencontrer Paul Marchand, peut-être était-ce au prix d’une « véritable » rencontre, dans ce que certains osent encore dénommer « réalité ».

Une forme de pudeur, qui ne m’arrêterait plus aujourd’hui, m’a fait me sentir obligé de ne pas user de sa véritable identité. C’était une double erreur. Sur le plan littéraire, mais aussi sur celui de l’exigence absolue de la vérité, lorsque, précisément, elle s’est frottée pour de bon au feu du diable.

Quelques personnes, j’espère, l’auront reconnu sous les traits de « Chambard », car pour tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, traversèrent l’expérience de l’implosion yougoslave, quelques rayons de courage à l’état le plus pur permirent de conserver l’espérance, au milieu des bureaucrates de l’ONU, des journalistes planqués à l’Holyday Inn, des visites de Susan Sontag ou de Bernard-Henri Lévy.

Paul Marchand fut un des ces hommes là, et probablement le plus singulier d’entre tous.

Il ne savait pas faire le « moonwalk », car c’est sur les astres de la destinée qu’il dansait.

Cela semble une raison suffisante pour que cette époque l’oublie au plus vite.

Cela semble la raison nécessaire pour que nous oubliions au plus vite cette époque.

C’est beau une ville qui brille le jour

Quinze jours après les attentats du onze septembre, un torchecul nanarchiste québécois dénommé Le Trouble affichait en première page, sous une photo des tours en train de s’effondrer – les mots suivants : ” LA DESTRUCTION TOTALE DES ÉTATS-UNIS EST NECESSAIRE À LA SURVIE DE L’HUMANITÉ “.

C'est beau une ville qui brille le jour

Nous n’épiloguerons pas des heures durant sur ce voltairisme perruqué qui s’est trouvé un nouveau look avec le sportswear-de-combat-de-rue agréé ATTAC, le nono-trotskysme a ici des émules jusqu’aux plus hauts grades universitaires, il n’est pas un analphabète marxiste local qui ne puisse citer par c½ur son Chomsky ou son Bovidé, comme il y a 30 ans, lorsque des fils de bourgeois décérébrés par leurs mauvais trips à l’acide revenaient de Chine Populaire le Petit Livre Rouge à la main, et un volume analogue d’inepties criminelles à la bouche.

Pour revenir à ce numéro du “Trouble”, cet “organe” de défécation de la sous-pensée d’extrême-gauche, le plus terrible résidait dans la parfaite innocence avec laquelle les libraires de Montréal vendaient pour 1 dollar, l’équivalent local des trente deniers j’imagine, cet extrait de jus de tuyau d’évier, entre la dernière autobiographie sexuelle de Christine Angot, et la dernière autofiction sexuelle de Catherine Millet, à moins que ce ne fût l’inverse.

Je trouvai même un des exemplaires de cette scrofuleuse publication à la Librairie Gallimard, supposée pourtant être l’antre de la ” culture humaniste française ” ; on dénichait d’ailleurs ce concentré d’eau de vaisselle antisémite et tristement fascistoïde (jusqu’au niveau de la langue, qui ferait passer Luc Plamondon pour Chateaubriand), dans une douzaine de librairies ” underground ” de cette bonne ville de Montréal, et aucun propriétaire ne sembla s’en émouvoir lorsque je leur montrai la double page centrale reprenant la couverture avec, en sus, moult explications ” politiques ” des décérébrés nanarcho-trotskysants. Les moins lobotomisés d’entre ces libraires convinrent pourtant qu’il y avait peut-être quelque chose qui clochait lorsque je leur demandai de remplacer les mots ” États-Unis ” par ceux de leur choix : Québec, pour commencer, ou alors Rwanda, Palestine, Afghanistan, Antarctique, voire Principauté du Lichtenstein.

LA DESTRUCTION TOTALE DU QUÉBEC EST NÉCESSAIRE À LA SURVIE DE L’HUMANITÉ.

Voici ce que moi, à cette heure, je me mis à leur dire, et j’ajoutais : celle de la FRANCE de 1789 aussi.

Voilà pourquoi je suis sans doute, selon messieurs Maurice T. Maschino et Ignacio Ramonet, du Monde Diplomatique, un de ces odieux ” nouveaux réactionnaires ” qui soutiennent sans réserve l’Amérique contre le nihilisme transnational. Je reviendrais un jour plus longuement sur la différence fondamentale qui me sépare à jamais des Finkielkraut, Alain Minc et autres BHL, mais en un mot je me dois d’affirmer que mon combat est bien celui du Christianisme contre les hérésies modernisées, dont la leur, à eux tous : celle du ” libéralisme ” des Droits de l’Homme, car c’est elle qui désormais entend annihiler par tous les moyens possibles ce qui reste du génie de la civilisation occidentale, c’est elle qui a transmis le virus des ” Lumières ” à ceux qui, aujourd’hui, vieille histoire, s’en servent pour notre destruction.

Marxisme et libéralisme ne sont que les deux faces symptomatiques de la même maladie congénitale de la modernité : l’Homme à la place de Dieu, le Marché à la place de la Providence.

L’Amérique, depuis le 11 septembre 2001, a commencé une mutation métapolitique dont ceux qui en devinent les contours savent que cela signifie l’abandon définitif, par leur SURPASSEMENT (et non par simple réaction), des préceptes politiques et métaphysiques du rationalisme sur lesquels, paradoxalement, elle s’est fondée.

On comprend leur terreur.

Le capitalisme protestant, par sa prise de conscience brutale d’être le nouveau centre catholicos – universel donc schismatique – du globe planétaire, est à jamais bouleversé, ce n’est pas tant les chiffres de la Bourse qu’il faut surveiller, que la coupure définitive que l’acte du onze septembre a consacré entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Or cette coupure est fractale, elle se propage de l’universel au singulier, et retour, jusqu’au c½ur même de l’Amérique impériale. Elle promet à cet Empire la même métamorphose que celle que Rome connut lorsque Constantin se convertit au christianisme, il y a dix-sept siècles. Cette séparation ne promet rien de moins en fait, que la réunification du christianisme, au-delà de lui-même.

Dans la Dernière Rome, la Quatrième du Cycle.

Oui, on comprend de mieux en mieux leur terreur.

Il faut dire que la gauche antimondialiste se trouve dans une position de plus en plus inconfortable. Après avoir essayé sans succès de réhabiliter le communisme et ses cent millions de morts, elle s’est penchée avec la compassion qu’on lui connaît sur de nouveaux “ennemis-de-l’Impérialisme” et autres “amis-de-la-cause-des-peuples” : les Arabes. Ces derniers ont en effet l’insigne avantage sur leurs prédécesseurs russes de n’ÊTRE PAS DES OCCIDENTAUX. Leur haine à notre égard échappe de loin aux cadres rationnels du léninisme.

Mais chaque jour qui passe montre de l’Islam moderne son vrai visage, celui d’un résidu nationaliste du socialisme, décomposition idéologique désormais fort bien connue, mélangé au couscous des Oulémas et de l’Ayatollah Khomeyni. Conclusion : il ne se déroule pas 24 heures sans qu’une dizaine de chrétiens, de juifs ou d’hindous ne soient assassinés quelque part dans le monde, et je ne parle pas de ces salopards de touristes occidentaux qu’on carbonise dans des discothèques de plage.

Depuis le 11 septembre 2001, les révisionnistes de gauche s’y entendent pour nous culpabiliser : la vie d'”un Américain” vaudrait celle de “cent Palestiniens”, etc.

On remarquera que pour ces hippopotames de la bonne conscience, un musulman bosniaque assassiné par des communistes yougoslaves ne vaut pas le millionième des larmes versées sur le corps d’un “combattant de la liberté” palestinien qui se sera fait sauter à coup de C-4, et un autobus rempli d’enfants avec. Pour ces mêmes barrisseurs patentés des droits-de-l’hommeuh, il est plus que probable que les 120 000 algériens assassinés en dix ans (une moyenne de mille crimes de guerre par mois, à mettre en rapport avec le record journalier établi par les troupes du Reich en Ukraine en 1941) l’aient été par une secte suprématiste norvégienne, ou une amicale de bowling patagone proche de l’Opus Dei.

Ainsi les amalgames des prosateurs gauchistes se font-ils de plus en plus grotesques, mais illustrant par cela la célèbre devise d’un grand socialiste national, Herr Doktor Goebbels, ils savent bien que plus le mensonge est gros plus il a de chances de passer.

En martelant nuit et jour depuis un an que Bush et Ben Laden se VALENT, que la civilisation occidentale EST ÉGALE à celle des Talibans, que Bush est un “idiot” et un “criminel de guerre” ( pourquoi ? pour avoir éradiqué les hooligans d’Al-Qaeda des stades de Kaboul ?), que les USA sont une DICTATURE qui voudrait contrôler l’Irak pour son pétrole (et la Bosnie, bande de truffes, j’imagine pour ces verts pâturages ou ses chemins de campagne ?), en affichant chaque jour sur les murs de cette ville un nombre quotidien de pamphlets antisémites et/ou anti-occidentaux tel que la SS ne put jamais en affubler Berlin, en transformant Concordia en véritable équivalent de l’Université Islamique du Caire, où il ne fait pas bon se dire ouvertement juif, ou pire ” judéo-chrétien ” – vous risquez aussitôt la bastonnade modèle Hezbollah -, bref en faisant du Québec une petite sous-Californie post-moderne, autocentrée sur son nombril de ” colonisée “, prête à se vendre à tous les maquereaux du non-alignement, où même les Conservateurs Canadiens, comme cet abruti de David Orchard, prennent les patins des nono-trotskystes pour combattre ” l’américanisation “, en conduisant par conséquence la jeunesse d’ici dans un pauvre simulateur virtuel de la Révolution Sociale modèle Mai-68, les universitaires marxisants de ce ” pays ” auront réussi l’impossible : couper de toute véritable ” américanité ” sept millions de français-américains, en en faisant des ” québécois “, nationalisme sauce poutine et socialisme en micro-brasserie, abrutis par 30 ans de propagande antichrétienne, antisioniste, anti-occidentale et furieusement tendance.

En Europe, aujourd’hui, le nouvel ennemi est déjà clairement désigné : L’Amérique. Autant dire ces salauds de cow-boys texans qui n’ont pas eu le tact de rester dans leur coin au XXe siècle quand notre Continent des Lumières inventait successivement le communisme et le nazisme, Montherlant et Sartre, Sheila et Patrick Bruel.

Comme l’explique finement Ignacio Ramonet dans sa Pravda parisienne, un Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux.

On comprend ici que la France de Chiracospin, l’Allemagne de Schroeder, ou le Duché du Luxembourg ont donc encore des ambitions circumterrestres, et surtout les moyens de les réaliser, comme au temps de Clemenceau, de Bismarck, de Napoléon ou de Charlemagne, soit, mais il faudrait sans doute prévenir au plus vite nos intellectuels de choc que, s’étant vassalisée de fait dans l’orbite marxiste-bureaucratique depuis sa création, l’Europe de Bruxelles ( entre 15 et 25 nations sans aucune organisation démocratique, et qui viennent faire la leçon aux USA), ne sera bientôt plus qu’une vaste zone de non-droit, de féodalités régionales-maffieuses et de guerres civiles, où leurs amis néo-talibans et post-communistes régleront leurs comptes, entre deux génocides qui renverront l’Ex-Yougoslavie au rang de charmant petit camp de vacances balkanique.

Aussi, je vais m’efforcer dans les temps à venir de clamer au plus fort ce conseil à tous les américains que je rencontrerais, où que j’aille :

PAS UN G.I NE DOIT MOURIR POUR CHIRAC, SCHROEDER, JOSÉ BOVÉ OU NICK MAMERE.

Puisqu’ils détestent tous tant que ça l’impérialisme américain, il est impératif que les troupes US quittent IMMÉDIATEMENT la Bosnie, l’Albanie et le Kosovo, laissant ce bourbier ineffable aux mains compétentes – ô combien ! – de l’Armée française et de quelques supplétifs hollandais, comme à Srebrenica.

L’US Army doit également QUITTER au plus vite l’Arabie Saoudite, et les Émirats Arabes, histoire de laisser tout ce joli monde face à ce grand libérateur des peuples qu’est ce bon Saddam Hussein. Car les Américains doivent bien se pénétrer de l’idée que c’est la présence de leurs forces armées qui garantit là-bas le STATUQUO actuel. Faisons donc revenir G.I Joe à Madison-city, et regardons ensuite les Zéropéens et les anarcho-démocrates donneurs de leçons se débrouiller avec le CHAOS, dont paraît-il certains font l’éloge.

Les Américains sont coupables quoiqu’ils fassent : coupables d’intervenir. Coupables de ne pas intervenir. Coupables de ne pas l’avoir fait assez vite lorsqu’ils l’ont fait, ou bien alors coupables des pertes civiles causées par leur intervention. Coupables d’avoir ” déclenché ” la guerre du Golfe, coupables de ne pas l’avoir finie tout à fait, BREF :

Tant qu’à faire, les gars : BACK HOME.

Les USA ne DOIVENT, selon moi, EN AUCUN CAS empêcher Saddam d’avoir sa Bombe. Au contraire. Les Zéropéens et leurs cinquièmes colonnes locales l’aiment tant, ce cher Leader Baassiste, qu’il faut TOUT FAIRE pour qu’il en dispose le plus vite possible, comme ces chers communistes nord-coréens.

Entre-temps, l’Hémisphère libre se sera j’espère doté d’un système de défense antimissile dont l’Europe ne veut justement pas entendre parler, sa prescience politique nous estomaque encore une fois, comme en 40.

Puis nous irons visiter Paris en combinaison NBC, qui n’aura jamais mieux mérité son surnom de Ville-Lumière.

C’est beau, à ce qu’il paraît, une ville qui brille le jour.

Maurice G. Dantec

*Texte publié dans Cancer ! # 7 (décembre 2002)