"Il vaut mieux ne nous préparer à rien, ce sera le meilleur moyen d'être prêts. Prêts à tout."
Grande Jonction
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Maurice G Dantec

 

« Imperceptiblement, ce qui ne fut qu'une poignée de notes éparses rassemblées à la va-vite dans un fichier de mon ordinateur devint un "bazar du XXe siècle" dont l'origine fonctionnelle venait d'un besoin à peine conscient de mettre un peu d'ordre dans le chaos naissant de mes ouvrages, d'élaborer secrètement un travail de taupe dont la parution serait remise à un plus tard indéfini au cours du prochain siècle, et ainsi de m'engager dans la voie d'une discipline quotidienne, plus toxique encore que les toxiques dont je m'empoisonne la cervelle, discipline rigoureuse dont ne m'apparaît que plus tard, bien plus tard, à l'heure où j'écris ces lignes, à quel point elle m'est devenue nécessaire, à quel point elle menace mes propres faiblesses, exige de moi une éthique à la mesure des horizons esthétiques que j'essaie péniblement de dégager : une éthique de la lame, donc, la recherche d'une cohérence entre l'arme et l'organe, comme la fulgurance d'un sabre mise au service d'un désordre baroque, c'est-à-dire de ce méta-ordre qui surgit de la saturation et de la prolifération. »

Le second volume, Laboratoire de catastrophe générale présenté sous la forme d'un essai à la fois journal intime, chronique de l'actualité, et pamphlet anti-idéologique. Prévu pour sortir selon une périodicité d'environ deux ans il y livre au jour le jour le produit de ses réflexions à la vue d'un monde qui, semble-t-il, réclame plus d'attention qu'on ne lui en accorde. Charge érudite contre une société en piqué suicidaire, on ne sent guère l'importance que revêt un tel exercice qu'à la lecture de son quatrième roman, le monstre Villa Vortex. Plus structurée, la pensée de Dantec est désormais indissociable de sa fiction. Elle en est le cœur. C'est d'elle que naissent ses personnages, et non plus l'inverse. Cela fait de Villa Vortex un roman à part : dur et global, comme le parangon de cette écriture virale que son auteur prônait déjà à la sortie de Babylon Babies, ses 900 pages telles une expérimentation sans précédent, telle un camp de concentration monté à l'intérieur du cerveau du lecteur. Une littérature virale parce qu'il ne cache pas sa joie de contaminer de son propos tout le débat contemporain. Investit dans la vie de son temps il se veut un libre penseur. Et en assume les conséquences. Péremptoire parfois jusqu'au mépris, entier, énigmatique, provocateur et complexe, on l'adule ou on l'exècre, mais d'un côté du stylo comme de l'autre, ses années là le propulse dans la caste fermée des grands écrivains.

On peut adhérer ou  refuser, ses positions, qu'importe, la déflagration est telle que Dantec aura rempli son contrat : il aura descellé vos certitudes, le temps au moins, que vous vous interrogiez. Sun Tzu et son Art de la Guerre n'ne sont jamais bien loin. Ecriture virale, littérature balistique, auteur commando. Bienvenu dans les cours de survie pour lecteurs du XXIe siècle.