
|
> Bibliographie > Essais > LE THEATRE DES OPERATIONS LE THEATRE DES OPERATIONSParution 2000 ISBN 2070758877
Gallimard
Commander ce livre Collection : Blanche
Le Théâtre des Opérations a été adapté sur scène par Roland Auzet début 2007
-
"Mes livres sont des machines de guerre, parce qu’ils sont des machines de quatrième espèce. J’entends bien qu’ils soient de véritables virus psychiques au service de la Vérité "
Maurice G. Dantec
« Imperceptiblement, ce qui ne fut qu'une poignée de notes éparses rassemblées à la va-vite dans une fichier de mon ordinateur devint un "bazar du XXe siècle" dont l'origine fonctionnelle venait d'un besoin à peine conscient de mettre un peu d'ordre dans le chaos naissant de mes ouvrages, d'élaborer secrètement un travail de taupe dont la parution serait remise à un plus tard indéfini au cours du prochain siècle, et ainsi de m'engager dans la voie d'une discipline quotidienne, plus toxique encore que les toxiques dont je m'empoisonne la cervelle, discipline rigoureuse dont ne m'apparaît que plus tard, bien plus tard, à l'heure où j'écris ces lignes, à quel point elle m'est devenue nécessaire, à quel point elle menace mes propres faiblesses, exige de moi une éthique à la mesure des horizons esthétiques que j'essaie péniblement de dégager : une éthique de la lame, donc, la recherche d'une cohérence entre l'arme et l'organe, comme la fulgurance d'un sabre mise au service d'un désordre baroque, c'est-à-dire de ce méta-ordre qui surgit de la saturation et de la prolifération. » Maurice G. Dantec
« Des lignes torturées, grattées au jour le jour. Il y aurait beaucoup à dire sur ce "manuel de survie en territoire zéro", mais il vaut cependant mieux se taire devant l'effroyable beauté du texte. Bien plus qu'un journal couvrant l'année 1999, ce que publie Gallimard est assimilable à un "processus". A l'atelier d'une pensée en mouvement, motivé par un haut souci anthropologique et phénoménologique. Milosevic, Jim Morrison et Jésus Christ habitent le même monde ; le chaos, l'entropie et le sourire d'un enfant en sont les lois ; la guerre et la mort en sont les moteurs. Ce que livre Dantec n'est pas de la philosophie ni de la littérature ; c'est tout simplement - pour reprendre ses mots - une tentative désespérée. Il réalise ainsi, sous une forme absolument neuve et grandiose, le programme de Deleuze et Guattari : une schizo-analyse appliquée. Il y eut Céline après 1914, Primo Levi après Auschwitz, Coppola après Saïgon. En 2000, après ce si joli siècle, il y a Dantec. » Gilles Glirrey
Maurice G. Dantec n'en dira pas beaucoup plus sur Montréal dans les 600 pages du Théâtre des opérations. Il lit Le Devoir, un peu plus l'hebdomadaire Voir; il cite et commente assez longuement un texte de Jean-Pierre Issenhuth paru dans la revue Liberté. Son passage à l'émission Jamais sans mon livre, à la télévision de Radio-Canada, lui a laissé un souvenir désagréable, et cela se comprend: on l'a interrogé sur le cannabis, rien sur son oeuvre. En revanche, le hasard lui a fait découvrir avec ravissement des textes du critique et essayiste Victor Barbeau, décédé il y a quelques années, qu'il cite à longueur de pages. On doute que l'admiration eût été réciproque si Victor Barbeau avait mis le nez dans Le Théâtre des opérations. Il n'était pas homme à apprécier les débordements stylistiques et intellectuels de celui qu'on a, en France, décoré de titres flamboyants comme "Prince du neuro-polar" et "Maître du thriller cyberpunk". Ajoutons que Maurice G. Dantec ne se fera pas une place de choix dans la culture médiatique locale, en se prononçant à plus d'une reprise, dans son livre, contre les visées de l'indépendantisme québécois. Il va même jusqu'à prétendre, avec une perversité certaine, que la langue du premier ministre Bouchard n'est pas toujours d'une grande qualité. Mais enfin, il n'est pas venu ici pour régler les problèmes du Québec. Le "théâtre des opérations" sur lequel il veut mener sa guerre - car c'est bien d'une guerre qu'il s'agit - est beaucoup plus vaste. C'est l'Amérique, l'Amérique du Nord, qui le berce depuis longtemps (si l'on peut dire) de sa musique rock, dont le cinéma le fascine, et dont le roman lui fournit les seuls modèles vraiment adaptés au monde dans lequel il vit. C'est le monde entier, occidental au premier chef mais pas uniquement, qui vivrait actuellement une crise métaphysique décisive. La définition de cette crise que donne l'auteur n'est pas d'une clarté absolue. L'homme est mort, dit-il, quelque temps après le philosophe Michel Foucault. L'homme, en tant que porteur de "la pensée humaniste et positiviste". C'est dire "qu'une nouvelle science, une nouvelle métaphysique, une nouvelle esthétique, une nouvelle biopolitique doivent impérativement soumettre ce qu'il en reste, ce qui en a survécu, comme par miracle, à l'exigence disciplinaire de l'entraînement au combat, à sa confrontation immédiate avec l'explosion supercritique des connaissances et des techniques, et tel un virus transmuté, lui faire accoucher de ce qui doit sans attendre lui succéder". Que tirer de cela? Que l'auteur pratique une écriture apocalyptique un peu confuse, comme le sont souvent les écritures de ce genre. Et que sa vision du passé et de l'avenir, de ce qui s'en va et de ce qui s'en vient, est arrimée à un vocabulaire scientifique dont la pertinence n'est pas évidente d'emblée au lecteur ordinaire - que je suis. Maurice G. Dantec a lu Nietzsche, et il entend mettre à jour, porter à l'ultramoderne le renversement des valeurs amorcé par le philosophe. Je laisse aux spécialistes, assez diserts ces temps-ci sur l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra puisqu'il est mort il y a 100 ans, le soin de déterminer s'il est un disciple fidèle. Je serais étonné qu'ils n'expriment pas quelques réserves. Mais, comme le dit le sous-titre de l'ouvrage, Le Théâtre des opérations est un journal, non pas une démonstration, une thèse, et l'auteur s'y donne la liberté de traiter de tous les sujets qui lui viennent à l'esprit, des croisades (il est contre) aux ovnis (ils existent, quoi qu'en disent les autorités américaines), de la psychologie de Jésus (assez complexe, apprend-on) à la vente libre des armes à feu, du Kosovo à l'avenir du roman. Le tout assaisonné de "il ne fait aucun doute selon moi", "ce n'est pas un hasard selon moi", "je suis pour ma part persuadé", "comme je le pressens", "l'erreur me semble-t-il", et entrecoupé d'aphorismes, voire de poèmes. Il y a, dans cette masse d'informations et d'affirmations, plus d'un grain de vérité vraie, mais c'est l'ensemble qui laisse pantois, qui interdit la réponse, le dialogue, la discussion. Cela fait penser à Internet, à l'infini d'Internet. On ne discute pas avec Internet. Ou l'on accepte de se perdre dans ce fleuve toujours grossissant, ou l'on ferme la machine. C'est pourquoi les petits essais publiés par Dantec dans le Net et dans la NRF n'ont pas, comme il le regrette, provoqué "la levée de boucliers" à laquelle il s'attendait. Le même sort attend vraisemblablement Le Théâtre des opérations. C'est un spectacle, un tour de force assez étonnant, parfois entraînant, parfois lassant, qu'on devrait lire comme on écoute des disques rock, sans trop s'inquiéter de la rigueur du raisonnement. Des vérités vraies, disais-je? En voici une, pour finir, qui ne prêtera pas à contestation: "Il existe peu d'endroits au monde où les femmes sont belles comme ici, à Montréal." J'applaudis. Le Théâtre des opérations - Journal métaphysique et polémique 1999, par Maurice G. Dantec, NRF-Gallimard, 646 p., 29,95$
Maurice Dantec nous expose une vision du monde complexe, d'une logique implacable, si dérangeante et évolutive qu'elle semble dépasser l'auteur lui même. Les sujets se succèdent sans transition et les champs de savoir les plus diverses se confrontent avec rigueur. Le résultat est explosif et donne à tout les coups à penser. Que l'on soit pour ou contre n'a pas d'importance. lls ne doivent pas être nombreux ceux qui comme Dantec combinent une culture historique, géo-politique et scientifique aussi sûre, des connaissances littéraires et philosophiques aussi originales en plus d'avoir lu l'ensemble des principaux textes sacrés. Le mélange est forcément incompatible avec toute pensée préfabriquée et éprouve immanquablement nos certitudes. D'autant plus qu'en 4 ans, nombre de ses ambitieuses prophéties sur le siècle qui s'ouvre se sont vu confortées par les événements. FT
J'ai rarement lu un essai aussi passionnant, aussi intense et avec une telle fulgurance poétique. Des aphorismes précis, aériens et un lyrisme novateur pour un essayiste. Je suis encore sous le choc, quatre ans après ma première lecture. MB
Commander ce livre |