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> La une > Universal Schizo > NO ONE IS INNOCENT - ANNEE 1997 NO ONE IS INNOCENT - ANNEE 1997 Interview de No One Is Innocent Thierry : On a eu un peu de succès avec le
premier album... Ça faisait deux, trois ans qu'on vivait grâce à ce groupe. Ça
nous était jamais arrivé avant... Bizarre de payer ton loyer en faisant de la
musique ! Même Si tu en rêves pendant des années, ça fait un grand changement
dans ta vie quand ça t'arrive ! Là, il s'agissait d'un nouveau cap. Jérôme :
Tous nos morceaux, on les a attaqués quand David est arrivé. Le peu de choses
qu'on avait écrit avant est passé à la trappe. La différence est que, cette
fois-ci, on a compose un disque... C'est pour ça qu'on a pris quelqu'un aux
samples. Plus qu'une simple envie, l'idée s'est imposée. Après ce ne sont que
des histoires de technique : le fait qu'il y ait plusieurs lignes de guitares,
de basses, voire des voix aussi importantes les une que les autres, tient
presque au détail. Les textes lent encore plus appel à
l'anglais. Conséquence de Woodstock ? K. Non. Je suis resté moi-même, fidèle au premier
album et à mon quota de non-sens français que je délivre à chaque fois. Je n'ai
presque pas la pression des quotas. Les quotas, je les emmerde ! Sur
Chile par exemple, j'avais envie d'écrire en français parce que c'était
un truc qu'on avait tous vécu et que les mots me venaient naturellement en
français. Qu'ils étaient plus explicites aussi.
Le déclic avec Dantec, c'est à Nulle
Part Ailleurs? T. : Certains
d'entre nous avaient lu ses bouquins. Fan, c'est un grand mot. Mais son dernier
bouquin m'a tué. On voulait le rencontrer, sans savoir exactement pourquoi.
Comme pas mal de choses dans la vie, le groupe était le meilleur biais. On a
donc trouvé un motif pour le rencontrer. L : C'est vrai qu'on en a un peu
profité de la situation.. (rires) Dans les faits, ça s'est passé
comment? J. : En
fait, ce n'était qu'un prétexte, parce qu'on n'aurait jamais osé lui demander
comme ça : "Allez Maurice, on adore tes bouquins... Viens nous faire des
morceaux !" On sentait qu'il pouvait se créer un échange, des passerelles. On
faisait un peu partie du même monde quelque part... K. : Puis, sur Canal,
d'un seul coup, on découvrait une autre facette du personnage, à dix mille
bornes du mec qui vient faire sa promo et qui préfère à la place déclencher un
truc hyper surprenant. Là, on a vraiment compris que nos deux démarches allaient
dans le même sens. J. : On a tenté une recherche de laboratoire avec lui.
Utopia était déjà bouclé quand nous sommes rentrés à Paris. Puis, à
Ornano, dans notre fief, on a commencé à composer, sans savoir Si les morceaux
figureraient sur l'album. C'était juste un plaisir qu'on s'offrait. Même Si ce
côté "je fonce, je ne sais pas ce que ça va donner" nous semblait aussi une
nécessité. Bref, c'était de l'expérimentation totale. K. : A Ornano, on est
en famille. Tout le monde y a ses repères. En plus, on bossait avec un ingénieur
du son que Maurice connaissait. Les idées foisonnaient de partout... Au début,
ce n'était pas facile pour lui de poser sa voix, de lui faire sentir qu'il était
aussi acteur des morceaux, qu'il prenne vraiment plaisir à entendre ce qu'il
faisait. Toute la clé était là. On le savait. Mais ce n'était pas gagné
d'avance. Ça, on le savait aussi. Une fois que le déclic s'est fait, on ne s'est
plus arrêtés. Nos journées, c'était de 5h du soir à 5h du
mat. De quoi avez vous discuté avec Dantec
lors de votre première rencontre? T. : On a parlé du
Proche Orient, de l'Algérie. Avec Maurice, tu peux parler de tout et de
n'importe quoi. Il passe son temps à parler. Maintenant, on peut rester des
soirées ensemble sans faire quelque chose de vraiment précis. C'est tout un
univers qu'il n'est pas forcément évident de raconter à quelqu'un qui ne le vit
pas en direct. Comment parle-t-on d'une relation ? K. : Maurice, au départ -
il ne nous l'a dit que bien après qu'il avait quelques appréhensions du genre
"Voilà un groupe de rock qui cherche à se donner une crédibilité en faisant
intervenir un écrivain dans ses morceaux. Ceci dit, il a vite compris que, nous
aussi, on lui demandait d'être acteur de ses morceaux. Enfin, on avait tous un
peu en tête ce qu'avait fait Deleuze avec Disposable... J. : On ne savait pas
trop ce qu'on avait envie de faire, honnêtement... K. : Je crois qu'il y a eu
une alchimie entre les nouvelles idées technologiques "entre guillemets" d'un
côté et l'univers d'un écrivain, son engagement, de l'autre. Avec Maurice, on a
la même idée du chaos, la même vision de l'homme politique, etc. Des expériences
qui se ressemblent aussi le Chili pour nous, Sarajevo pour
lui.
***
DANTEC S'EN VA-T-EN GUERRE Kmar (du groupe NO ONE IS INNOCENT) : "En fait, nous avons découvert Dantec lors de son passage à Nulle Part Ailleurs sur Canal +. Il avait accepté de passer uniquement si l'équipe montait un duplex avec Sarajevo. C'était l'époque où ça chiait à mort là-bas ; or les médias disaient qu'après l'attentat du marché, tout était redevenu normal. Encore une manipulation totale de l'information et il a prouvé l'inverse. Grâce au duplex, il a fait intervenir un prof de français pour confirmer ses dires. Canal + a même annulé les Deschiens. Je connaissais l'homme de nom, et là je découvrais son engagement. Lorsque nous l'avons rencontré, il nous a parlé de ses goûts musicaux, à savoir Ministry, Foetus, Garbage. Tout d'un coup il ne portait plus son âge. On se fait souvent une image fausse des écrivains en les imaginant d'un ennui monstrueux. Lui, c'est un homme de notre génération qui écoute la même chose que nous et qui, de plus, a écrit des bouquins sur les serial killers (Les racines du mal, La sirène rouge, Gallimard/Série Noire)." NOMENKLATURA (paroles
: M. G. DANTEC)
Comme au premier jour Nous sortirons nus Priés par De dormir dans la rue Si vous pensez que les hackers ne sont qu'une bande d'anarchistes prêts à
tout mettre à feu et à sang parce que ça les amuse, vous vous trompez du tout au
tout. Nous sommes bien pires que ça (King Fisher). Cerveaux en déglingue Extase et douleur La science dans nos mains Du mal est la fleur NOMENKLATURA Nous ne vivrons pas d'utopie collective. Nous arrivons trop tard, le grand
marché est déjà là. Nous devons élaborer des stratégies de survie et de
contamination par la prolifération d'utopies privées, cryptées, qui se
substituerons à l'ancien ordre social... Tout ce que je sais, c'est que nous vivons dans un monde dont on ne
s'évade pas. La vie à l'épreuve Biologie du crime Notre histoire est neuve Vous toucherez la prime NOMENKLATURA Aujourd'hui les politiques n'ont plus que le pouvoir de nuire et de
ralentir les mutations. Mais comme toutes les espèces condamnées, ils ignorent
encore ce qui les attend. Leur ordre moral est voué à la disparition pure et
simple. Entrez dans la danse Sous l'œil du Grand Frère Remplissez vos panses Ce sera la dernière NOMENKLATURA Nous sommes bien pires que ça… CE QUE NOUS
SAVONS (paroles
: M. G. DANTEC) Car voici le rêve des Très Saintes Sœurs Marie du Carnage Comme leurs crânes ouverts sur l'hiver De Ce que tous les hommes savent c'est que l'eau fait céder le barrage, Que les livres brûlent comme les derricks Et le Désert dans l'Orage ET C'EST CE QUE NOUS SAVONS La technologie est de l'ordre du Mal, c'est à dire de Nous sommes vivants, vous êtes morts Voici la frontière Le monde existe mais Dieu a tort. Son ange est Lucifer. Les loups entre eux ne sont pas loups Mais le dieu Dollar a les dents longues. ET C'EST CE QUE NOUS SAVONS A Il n'existe aucune limite, sacrée ou non, à l'action de l'homme dans
l'univers. Depuis les origines, l'humanité a le choix, être aveuglé par
Car voici le rêve De nos vies à l'état sauvage. ET C'EST CE QUE NOUS SAVONS Maïa Liubova Kalachnika…
AUTOBÄHN BABIES (paroles
: M. G. DANTEC) Autobähn Babies comme un ange Qui voulait devenir monstre Autobähn Babies 10.000 tonnes De bombes sur la conscience Autobähn Babies comme un ange Qui voudrait détruire le monde Autobähn Babies je m'étonne D'être en vie à chaque seconde Hiroshima Girls Nagasaki Boys Nous marchons nus dans la lumière Dans cette chimie particulière Autobähn Babies peu importe D'être le maître ou l'esclave Autobähn Babies et sans doute Dans cette chimie particulière Faite de tout ce qu'on redoute Nous tuons tout ce que l'on touche Hiroshima Girls Nagasaki Boys Nous marchons nus dans la lumière Dans cette chimie particulière Nous tuons tout ce que l'on touche Autobähn Babies Voici l'Homme, le destructeur du monde est arrivé…
RADIO 101 (paroles
: M. G. DANTEC) Si on la fait pour du pétrole, La guerre n'est pas inutile Dommage que les livres de Sarajevo Ne se livraient pas en barils. Auschwitz n'est pas oublié Puisqu'on le commémore en grandes pompes, Mais il semble pourtant que la nuit avance Quand le brouillard s'estompe. WALK ON, WALK ALL OVER Ils sont venus de nulle part Et la vie ne vaut pas une tune Ils seront tous morts demain soir Comme des chiens sous la lune. Personne ne crie si tu hurles, Personne ne vient si on te viole Radio Sarajevo la guerre ethnique à bonne école. En fait il ne faut pas s'étonner de voir des génocides se dérouler en
direct, et il ne faut plus attendre des politiques qu'ils prennent des
dispositions pour sauver Sarajevo ou d'autres villes, d'autres peuples menacés
d'extermination sous l'œil des caméras de CNN. Ils ne sauveront personne. Ils ne
se sauveront pas eux-mêmes. WALK ON, WALK ALL OVER Tous sont là 101 fusils pour l'enfer Tous sont là… Voir le clip de No One Is Innocent avec Maurice G. DANTEC
Les désaccord politiques n'eurent strictement aucun effet sur les artistes investis dans leur projet. Mais, les uns comme les autres, eurent à payer cette trahison. Lecteurs ou auditeurs de chacun d'entre eux négligèrent l'album, prenant le parti des Inrockuptibles, qui portent si bien leur nom, eux qui sont totalement réfractaires à toute "Rockuption".
Ecrit par Maurice G. DANTEC |