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INTERVIEW MAGAZINE DES LIVRES

Magazine des livres - couverture par Juan Asensio I Avoir vingt ans en Frankistan, Eurabie
1) Cher Maurice, à vos yeux, le constat semble d’une implacable évidence : la France et l’Europe, rongées par le nihilisme, vivent leurs dernières années en dehors du règne sans partage de l’Islam qui les aura transformées en territoires de seconde zone peuplés de sous-citoyens, plus précisément, de dhimmis ?
Oui, je sais, c’est horriblement raciste, droitiste, pour ne pas dire « réactionnaire » et cela fait partie d’un plan concerté par les déclinologues de l’Opus Déi et les agents du Mossad. Ils paient très bien, il faut dire, mais en Bibles.
2) Vous déclarez (ABB 27) être parti de France « pour aller vers les Amériques qu’elle a perdues ». Ce départ vers le Nouveau Monde est aussi, selon vous, le sauvetage de « la France qui s’est perdue en route ». Pourtant, demeure constamment présent, dans ce troisième et dernier tome de votre Journal, le rêve d’un nouveau départ, bien sûr vers l’Ouest mythique (ABB 85), alors même que cet immense continent est lentement gagné par le même mal qui a gangrené la vieille Europe. Pour la France évidemment, pour l’Europe sans nul doute mais aussi pour l’Amérique du Nord, les jeux ne sont-ils pas déjà faits ?
L’Amérique du Nord est – comme je le dis dans ce volume – à la « croisée des chemins », la gôgôche démocrate a vaguement repris les rênes du pouvoir législatif et elle fera tout pour revenir AVANT la prise de conscience géopolitique globale du 11 septembre. Mais en fait, elle a déjà perdu sur ce point, car un bon nombre de « démocrates » américains sont plus conservateurs que bien des « républicains modérés ». Même si la population US en a marre de sacrifier des GIs pour les intérêts des Zapateros de service, elle reste fermement ancrée sur son patriotisme. Le nationalisme civilisationnel des Américains est un bloc de valeurs dont les fondations sont strictement incompatibles avec la sociale-démocratie de Zéropa-Land. Même dans le champ « sociétal », comme on dit, par exemple les questions soulevées par le mariage gay, ou la peine de mort, la plupart des États et des citoyens américains restent attachés aux définitions traditionnelles de la famille, et de la Loi, ce qui ne les empêche pas d’être toujours la 1ere puissance techno-scientifique du monde. Le Canada est plus mal en point, sur ce plan. L’Europe, elle, est morte et enterrée.
II Into the American Black Box
1) Quelle est donc la nature de cette mystérieuse Boîte Noire ? Est-elle seulement le territoire magnifique de l’Amérique du Nord ? Est-elle l’écriture, ou plutôt le lieu où la personne tout entière de l’écrivain et le Verbe se fécondent ? Est-elle la métaphore seule capable de cerner la nature véritable de tout livre, à savoir une espèce de monolithe noir capable de nous offrir un passage vers… Vers quoi justement, cher Maurice ?
D’abord, la « boîte noire » est en effet tout ce que vous dîtes, elle est un dispositif de décodage et d’enregistrement des catastrophes « générales », pour ne pas dire « cosmopolitiques ». Ce peut-être des avions fracassés dans des tours, ce peut-être la beauté infinie d’un ciel boréal. En tant que « monolithe » – comme vous le soulignez – elle est bien ce lieu de l’écriture où la personne de l’écrivain et le Verbe se fécondent. Mais aussi là où ils se détruisent mutuellement, dans l’impact de la collision. C’est donc à la fois une carte et un territoire. Cela n’appartient donc pas vraiment au monde de la « nature », mais échappe aussi aux catégories du simple artifice. C’est un stratagème. Une machine, donc. Une machine de guerre contre les nihilismes de latrines. Une machine à observer l’humain-trop-humain. Une machine de transfert vers l’invisible.
2) Vous vous demandiez (ABB 86) comment entreprendre un « projet de roman sur la haute époque chrétienne » qui ferait parler « Origène, Grégoire de Nysse [et] saint Augustin » sans tomber dans le « thriller médiéval ». Votre dernier roman, Grande Jonction, est-il la meilleure réponse à cette interrogation ?
C’est le travail que je m’efforce de fournir depuis Cosmos Inc (et même peut-être Babylon Babies) » : Offrir un espace littéraire à la Révélation en la projetant vers le moment post-technologique où elle surviendra de nouveau. Cela étant dit, j’ai vraiment la volonté d’écrire un roman qui se situerait aux alentours de l’an 500. Par exemple, de méchants prélats catholiques de l’Opus Déi découvrent le mystère de la sainte virginité de Marie et l’existence de son chihuahua, offert par Paris Hilton lors d’un voyage astral, et cachent le secret durant des siècles… heureusement de gentils policiers humanistes au service des RG et de GreenPeace découvrent la conspiration à laquelle d’anciens nazis, l’Ordre des Dominicains et une association de défense des nains de jardin se sont joints. Ça pourrait même faire un film à succès, non ?
III Les racines du Mal
1) Est-ce un christianisme qui aura enfin triomphé de sa propre hérésie dualiste-matérialiste (laquelle, selon vous, a ouvert la voie du nihilisme contemporain) qui seul sera capable de sauver le monde, pardon, le « Globhomme » ? Avec les États-Unis – « monarchie constitutionnelle dont la Constitution est le Monarque » (ABB 120) – en tête de pont ? Ou bien une France reconquise de haute lutte puisque, y compris dans sa déchéance actuelle, rien ne peut faire que notre pays ne soit pas comme mystérieusement élu ?
D'abord, je souligne que ma définition du "Globhomme" est celle d'une inversion nihiliste générale du mouvement de néo-résistance planétaire en cours de constitution, je parle de ce qui subsiste d'authentique christianisme, où que ce soit. Si le "Globhomme", ainsi constitué, est à "sauver", pour quelque raison que ce soit, je ne suis pas certain qu'il en éprouve le moindre désir, comme les habitants des cités bibliques détruites par le feu divin. Ensuite, je ne suis pas liseuse de cartes. Ce que je vois, au présent, c’est d’un côté un Imperium qui s’assume et qui fait de la politique, donc la guerre. De l’autre une sous-nation de misère, socialiste dans l’âme, jacobine, athéiste, pacifiste, prête à toutes les trahisons pour sauvegarder ses 35 heures, ses intermittents du spectacle et ses amis dictateurs arabes. Pour qu’un jour la France redresse la tête, encore faudrait-il qu’il reste quelques Français.
2) Le rapprochement entre l’islamisme et le communisme revient plusieurs fois sous votre plume (ABB 279 et 370 par exemple). La parenté entre ces deux monstres, parenté qui choquera les imbéciles, a été plusieurs fois posée avant vous, par exemple par Bertrand Russel (cf note de bas de page). L’alliance actuelle entre mouvements gauchistes ou ultra-gauchistes et illuminisme islamiste, que l’on a constatée de nombreuses fois à l’œuvre ces dernières années en France, ne doit donc pas vous étonner. Mieux, vous paraissez l’avoir prévu de longue date, n’est-ce pas ?
Quand on a fréquenté d’assez près les nihilismes modernes il est relativement aisé de reconnaître celui qui les a tous engendré, comme la souche virale élémentaire. L’Islam est une hérésie judéo-chrétienne qui a mal tourné, elle contient en elle tous les ferments des hérésies qui suivront, jusqu’à ce que les nihilismes – négation des Testaments Scripturaires ET du Monde Créé - s’amalgament sous la forme contemporaine des totalitarismes. Je crois que M. Malek Chebel sera en mesure de rectifier, avec l’aide de Baffie et de Thierry Ardisson : L’Islam, ce communisme du désert. Le communisme, cet Islam sans Dieu. Des idéologies à la fois complémentaires et incompatibles, cela explique l’étrange copulation islamo-trotskiste du moment. Mais, au fait, Bertrand Russell n’était-il pas, lui aussi, un de ces dangereux « réactionnaires » droitistes dont le retour fut dénoncé par le professeur Lindenberg ?
3) Chacun de vos livres se doit d’avoir comme préoccupation principale le fait de rendre compte de la « destruction de l’humanité » (ABB 243) : si votre Journal est une arme, pourquoi donc vous priver, volontairement, de sa puissance de frappe ?
Ils ne sont pas encore assez volumineux pour provoquer des traumatismes crâniens, même à courte distance, mais je fais des efforts. Plus sérieusement, je me prive volontairement de sa force de frappe car elle est désormais parfaitement inutile, la France, l’Europe, mon ancien Monde est mort.
IV La Sphère et la Croix
1) Chacun de vos livres, surtout les plus récents, décrivent de façon plus ou moins ésotérique (je songe surtout à Villa Vortex) votre conversion au christianisme. Vos lecteurs connaissent l’importance déterminante, séminale, que vous avez donnée à la découverte des textes de Léon Bloy. Espérez-vous, à votre tour, faire œuvre d’apologiste, le virus de votre colère envahissant lentement quelques esprits jusqu’alors benoîtement sains ?
Si j’avais une infime fraction du génie de Léon Bloy je n’aurais pas peur de répondre par l’affirmative. D’autre part, même si son époque se prédestinait à devenir la nôtre, il pouvait compter sur des oreilles encore attentives, et des yeux pas tout à fait aveuglés. Je ne suis pas sûr de pouvoir réveiller les sourds, et pas plus les aveugles confortablement installés dans leur cécité volontaire. Il n’y a même plus d’esprits « benoîtement sains » à contaminer de sa colère. Les panoplies de fausses révoltes et de pseudo-indignations ne laissent plus aucun espace au sens de la justice.
2) La minutieuse description de votre conversion, reprise (au sens que Kierkegaard donnait à ce mot) peut-être par vos lecteurs les plus conséquents est-elle à vos yeux la forme souveraine de combat contre le nihilisme ayant triomphé des sociétés occidentales ?
Je ne suis pas très bien placé pour faire du prosélytisme. Mon baptême a trois ans d’âge. Mais je persiste à penser et à affirmer que le Christianisme est la seule pensée non-malade (au sens nietzschéen) qui reste pour l’Occident, et par lui. Pour dépasser le nihilisme, encore faut-il le traverser.
3) Avec ce dernier volume de votre Journal, vos lecteurs vont désormais pouvoir pleinement prendre conscience de la nature de cette œuvre protéiforme : non seulement influencer par l’écriture l’immonde réalité qui, en France et en Europe, paraphe toutes nos défaites, mais exposer votre propre personne à la corne de taureau de l’écriture. Est-ce pour cette raison que chacun des tomes de votre Journal, singulièrement le dernier, constitue une entreprise « d’autocrucifixion » (ABB 476) ?
Toute authentique littérature est un défi jeté à la face de l’humanité, et pour commencer celle de l’auteur. Il y a me semble-t-il au moins deux styles de littérature : celle qui s’écrit dans le divan des certitudes, avec une console de jeu virtuelle dans une main, et un livre de Virginie Despentes dans l’autre. Et il y a celle qui s’écrit dans les ténèbres de l’inconnaissable, avec un fusil d’assaut dans une main, et un ouvrage de Saint Thomas d’Aquin dans l’autre. Un livre qui n’est pas envisagé sereinement par son auteur comme un sacrifice est une blague de potache. *** Note de bas de page - 1 « L’islam et le bolchevisme sont des religions pratiques, sociales, non spirituelles, engagées dans la conquête du monde terrestre. Leurs fondateurs n’auraient pas résisté à la troisième tentation du désert dont parle l’Évangile. Ce que l’islam a fait pour les Arabes, le bolchevisme le fait pour les Russes. A l’image d’Ali tombant devant les politiciens qui se précipitèrent autour du prophète après son succès, les communistes purs pourront être vaincus par ceux qui pour l’heure soutiennent les bolcheviks par simple opportunité. » Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme (1920), Mercure de France, 1969, p. 97.
Ecrit par Maurice G. DANTEC
Le : 05/02/2007
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