"C'est quand on sait que la vie sur terre n'est qu'une étape, tragique, nécessaire, magnifique, unique, que l'on est prêt à mourir pour un être qu'on aime au dessus de tout"
American Black Box
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Maurice G Dantec

Les Racines du Mal

Collection : Série Noire -  640 pages

"Il est probable que ce roman d'une puissance inouïe déclenche un nouveau genre" Lire, 1995
 

Avec Les Racines du mal, en 1995, Maurice G. Dantec signe un second roman mâtiné de polar et de science-fiction. Couronné par le Prix de l’imaginaire et le Prix Rosny Aîné en 1996. Ce roman culte, aujourd'hui considéré par une majorité des critiques comme un des romans majeurs de la fin du XXIème siècle va faire de lui le chef de fil de ce qu'on appelle l'école du néo-polar. Le public est pris par surprise, les éditeurs aussi. Crossover gonflé, Les Racines du Mal navigue entre polar, SF, thriller et essai. Les Racines du Mal sont traduites dans 15 pays et est en cours d'adaptation pour le cinéma.

Andreas Schaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait. Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut : cela faisait longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place, depuis que les nazis et les habitants de Vega s'étaient installés dans son quartier. Andreas est un tueur et il le sait, mais quand on cherche à lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle. lui coller sur le dos des crimes qu'il n'a pas commis, du fond de sa clinique, il hurle.

"Andreas Schaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait.Le phénomène n'était pas isolé, tant s'en faut: cela faisait déjà longtemps que les ondes cosmiques émises par les Aliens faisaient changer ses organes de place. Son cerveau était soumis à un tir de barrage de radiations destinées à le transformer, lui aussi, comme tous les autres, en un robot sans conscience au service de l'inhumaine machinerie.

Depuis des années les nazis et les habitants de Vega s'étaient installés dans son quartier, et il était certain qu'ils ne s'en tenaient pas là. Partout, et jusqu'aux plus hautes arcanes de l'Etat, le complot des Créatures de l'Espace étendait ses ramifications destructrices. Andréas pouvait s'en rendre compte chaque jour, en regardant les émissions de télévision. Il y avait cet animateur de jeu qui complotait contre le Pape, et le Premier ministre Balladur dont tout laissait croire qu'il transformait les gens en poupées. Il s'était déjà rasé la tête, à cette époque, pour "surveiller les os de son crâne qui changeaient de forme", mais depuis quelque temps il portait une casquette de base-ball afin de se protéger des rayonnements psychiques."


 Quelques critiques de presse


« Ce livre est un chef d’œuvre puisque Dantec, sous couvert de simples détails, raconte l'Homme dans toute sa splendeur et toute son horreur. » L’Express Livres

« Une œuvre fascinante aux limites des genres, et qui ouvre sur l'avenir littéraire des perspectives que l'on avait crues à jamais bouchées.» Actu SF

« Voyage au bout du millénaire » Amazon"Il est probable que ce roman d'une puissance inouïe déclenche un nouveau genre, tant la tension y est intense, la noirceur absolue, la technologie permanente et la transcendance consubstancielle au roman. La littérature porte donc la confirmation d'une nouvelle signature de foudre, celle de cet étonnant Maurice G. Dantec". Lire


"Le plus grand roman jamais écrit sur la Paranoïa" Richard Pinhas

"Pages dithyrambiques dans Libération, passage remarqué à N.P.A, occupation terroriste des étals des librairies et satellisation électronique via quelques sites choisis (mention spéciale à celui de Les-Ours !) : la déferlante Dantec fit kiffer en deux tours trois mouvements l’univers du polar français. Si jusque-là la tendance en était encore à redécouvrir Manchette en versant de larmes de crocodile tout en feignant d’aimer Ellroy (qu’il faut lire abso-lu-ment ! !), les seules bonnes surprises policières étaient venues de l’initiative de J.B Pouy et de son Poulpe. Et même si je veux bien reconnaître que je caricature un brin, ce n’est rien en regard de ce que l’on a pu lire au sujet de Dantec. Catapulté du jour au lendemain libertaire et encyclopédiste du néo-polar, il ne tarda pas à enfiler la défroque d’écrivain cyberpunk. Pour avoir osé (c’est bien le verbe qui s’impose !) introduire de la science-fiction dans son univers de tueurs en série de fin de siècle, notre jeune prodige venait donc de faire basculer son Tome d’Anatomie Ontologique (j’aime bien cette définition, surtout pour l’acronyme) dans celui des tenants de la dernière étiquette en vogue chez les critiques littéraires spécialisés. La démarche était relativement habile : en renvoyant Dantec dans les rangs des maverick d’outre-Atlantique adeptes des puces, câblages et autres intelligences artificielles, il était beaucoup plus facile d’éluder la portée de son discours et la profondeur polysémique de son histoire aux racines anarchiques. On a dès lors une pensée sincèrement amicale pour les gens de la Série Noire qui ont sut prendre le risque de le publier. Mais sans présumer des raisons qui ont poussées Dantec à s’adresser à cette vénérable maison pour leur proposer ses textes, on peut y voir comme une divine surprise ; quoi de plus noir en effet comme éditeur que la Série Noire ? !

Qui est le héros dantecchien ?

C’est un homme, plus parce que vivant dans une société d’hommes que par misogynie, vivant en permanence sur le fil du rasoir entre l’inertie des contingences molles et les contraintes d’une société normalisatrice sans repères ; marginal par choix, volontiers hors-la-loi si la situation l’impose, il est un homme de décisions dans un univers consensuel qui ferme les yeux sur tout ce qui pourrait déranger la bonne marche de son fonctionnement grégaire. Qu’il soit un milicien sans nom ayant combattu en Bosnie (La Sirène rouge), un informaticien se lançant dans une croisade manichéenne (Les Racines du Mal) ou un hackeur amoureux d’une mutante vénéneuse (Là où tombent les anges), il se retrouve toujours à naviguer dans des eaux inattendues où le danger est un mode de vie et l’éthique un casse-tête chinois.

Un héros pareil à son créateur ?

D’emblée on est frappé par la pertinence de l’univers de Dantec. Tout concourt en effet à lui donner une vraisemblance et une crudité inédite. Maniant les référents culturels et les codes sociétals les plus variés, il alterne les mentions musicales, cinématographiques et, surtout, littéraires dans lesquels ne peuvent que se reconnaître les lecteurs. Pratiquant une écriture ascétique, sèche et rapide mais qui n’abandonne jamais son humanité, il se permet le luxe d’être politique sans tomber dans le pamphlet, viril sans être ridicule et terrifiant sans en faire des tonnes. Ecrivain hypertexte à la culture protéiforme cohérente, il semble débouler comme un chien dans un jeu de quilles avec ses citations et ses obsessions dérangeantes. Semblable aux écrivains libertaires qui donnent vie au Poulpe ainsi qu’aux autres héros des années 90 en rupture de ban permanente, Dantec n’accepte pas de voir les siens enfermés dans un cadre générique formel. Si le sniper désabusé de La Sirène… hanté par les images de la guerre ethnique la plus odieuse du siècle se retrouve embarqué à jouer les baby-sitter au Portugal face à un réseau d’adeptes des snuff-movies (ça vous rappelle quelque chose ?), l’informaticien génial des Racines… passe à deux doigts du côté obscur de la Force en combattant un Mal vertigineusement fascinant tandis que l’on se surprend à s’identifier à son tueur délirant.

Le héros dantecquien est toujours dans l’œil du cyclone, là où le calme le dispute aux éléments déchaînés, pour pouvoir préparer son action dans une ascèse zen qui n’est pas sans rappeler celle des héros cyberpunks de W.J. Williams.

Ecrivain de polar, publicitaire (heureusement) défroqué, existentialiste, anarchiste, se revendiquant à la fois de Deleuze, Spinrad, Dick mais aussi du modèle américain (lire sa lettre dans les Inrockuptibles n°109, p8), Dantec brouille d’autant plus volontiers les pistes qu’il se contrefout des étiquettes qu’on lui affuble (sauf quand on déforme ses propos, cf. la lettre susnommée). Quand Sterling et Gibson écrivent une uchronie steampunk (La Machine à Différences) comment s’étonner dès lors de voir un auteur de la Série Noire transformer l’échappée belle d’un sociopathe paranoïaque adepte des homicides multiples en une longue réflexion eschatologique mêlant nouvelles technologies et suicide des valeurs morales ?

Résumons-nous : les étiquettes sont faîtes pour ceux qui n’y connaissent rien et/ou peinent à s’y retrouver alors que la curiosité, la culture et l’ouverture d’esprit devraient seules guider les lecteurs dans leurs choix. Qu’y a-t-il donc d’évident dans les catégorisations sclérosantes édictées par les gardiens du Temple de la Critique et les Pharisiens peuplant les secteurs marketing des maisons d’édition ? Sans nous appesantir sur ces appellations tant stériles que vidées de sens avant d’avoir eu (le meilleur exemple " d’avortement sémantique " restant à ce jour celle de " SF Fantasy " !) sachons ne retenir que le plaisir gourmand ressenti à la lecture de ce surprenant pavé.

La force des Racines du Mal, au-delà du foisonnement intellectuel qui donne une chance au lecteur d’avoir un rapport actif avec les pistes et les univers qui lui sont proposées (à lui de choisir de creuser un peu plus loin celles qui l’ont accroché), est toute entière dans ce pari de départ : ne pas se laisser deviner, ne pas se laisser calculer. On ne sort pas indemne de cette lecture et un étrange sentiment de familiarité saisit le lecteur lorsqu’il emprunte à nouveau les trajectoires déjantées de Schatzmann et de Darquandier ; et cette ivresse n’est pas sans rappeler celle que l’on ressent à se repasser en boucle le même CD ou à revoir le même film (par exemple : Lost Highway de Lynch). C’est que Darquandier, à équidistance du Jim Lee de Hillerman et du détective câblé de Elfinger, demeure un scientifique ancré dans un réel en mutation constante dont les illusions sont autant de diagrammes de Mandelbrot voués à s’abîmer dans le réveillon du 31 décembre 1999.

Dantec serait-il un formidable jeteur de passerelles intergénériques?"

 Jean Philipe Lafon


Quelques avis de lecteurs


Lorsque j'ai commencé Les racines du mal, j'ai d'abord cru à un polar classique avec un serial-killer "bien" comme il faut. Mais Dantec a su traiter cela de main de maître : on y retrouve sa fascination quasi-religieuse dans la haute technologie, une perspective historique et psychologique brillante, et une plongée dans l'âme humaine qui rend un peu parano. Et puis il possède un vrai style, ce qui ne gache rien. A lire absolument, ainsi que le Théatre des opérations. ST

Un livre à mettre à part. L'histoire commence dès la première page de manière complétement barrée et ne laisse en rien prévoir la suite. Une intrigue parsemée de meurtres macabres dans un futur (proche ?) pour une enquête hi-tech qui tient en haleine du début à la fin dans une atmosphère noire teintée de poésie mélancolique. Je l'ai lu deux fois (bientôt trois) sans pouvoir m'en décrocher à chaque fois. CULTE !!
LP

Impossible de ranger ce bouquin fabuleux dans l'une ou l'autre des catégories proposées.Les Racines, c'est un peu tout à la fois, de la fiction évidemment, du thriller bien noir, de l'anticipation audacieuse, des digressions politiques, philosophiques, métaphysiques... et j'en passe.... LE livre de référence à mes yeux, celui de l'île déserte et tout... MD

Gallimard - Parution : 1995 - Commander ce livre - ISBN :