
Grand entretien pour Fluctuat.net
"Autour de la sortie de son dernier roman Métacortex, Maurice Dantec nous accorde, depuis sa fabrique québécoise, un entretien exclusif et une belle occasion d’observer une machine de guerre à l’œuvre et en pleine santé, n’en déplaise à ses détracteurs.
Fluctuat : Les critiques ont pas mal phosphoré pour savoir si Métacortex : Liber Mundi II était un double de Villa Vortex, une reprise, une suite. Sur le plan de l'écriture, vous boxez dans votre propre catégorie et un peu tout seul. Est-ce que vous considérez ça comme un compliment ou est-ce juste un fait ?
Maurice Dantec : Les deux, mon général. Je suis bien dans l’obligation de constater, assez tristement d’ailleurs, que je suis le seul écrivain français qui essaie d’affronter, sur le plan formel comme sur celui du récit, les traumatismes spécifiques laissés par le 20e siècle. Je veux dire : sans passer par le texte avec devoir-de-mémoire obligé, ni par la soi-disant autofiction (qui ne doit rien à la « fiction » et tout à l’ « auto ») où pire encore, par les ateliers d’écriture « spécial Shoah ».
Ensuite, la confusion entre « suite de Liber Mundi I» et « suite de Villa Vortex ». J’ai essayé d’expliquer qu’on pouvait considérer qu’il s’agissait d’une suite au premier volume de Liber Mundi, au sens où cette trilogie forme en effet une série de récits qui « se suivent » – mais seulement sur le plan de leur écriture concrète – et qu’il s’agit en fait d’une « reprise » de Villa Vortex, c’est à dire que ces romans gravitent non pas autour de personnages que l’on retrouve d’un livre à l’autre, mais autour d’un certain nombre de dispositifs « techniques » centraux qui sont à l’œuvre dans leurs structures narratives mêmes. Les seuls « personnages récurrents » de ce cycle ne sont pas humains."