"Le monde est rempli d'innocents ; c'est à se demander qui commet tous ces crimes."
Manuel de survie en territoire zéro
Apollo 11 : l'interview de Dantec

A l'occasion de l'anniversaire d'Apollo, Ouest-France interviewe Maurice Dantec sur notre cher satellite.
Vous êtes l'un des écrivains de science-fiction les plus connus, dans quelle mesure la Lune est-elle un élèment du paysage SF ?
Depuis ses origines, avant même Jules Verne, jusqu'aux légendes et aux contes fantastiques les plus lointains dans l'histoire de l''humanité. Concernant la "SF" moderne, elle a été le point d'attraction central du XXe siècle, alors même que l'industrie spatiale connaissait son essor. La singularité du genre "SF" c'est qu'il anticipe pour de bon les avancées techno-scientifiques, et mieux encore il les suscite : c'est Isaac Asimov (ou A.C Clarke ?) qui a concu le principe du satellite géostationnaire, c'est William Gibson qui a inventé le cyberspace "neuro-implanté", déjà à l'étude.
Pensez-vous que les premiers pas de l'homme sur la Lune en 1969 ont détourné l'intérêt des écrivains de SF pour le monde lunaire, comme si elle ne représentait plus un mystère ?
Ce n'est pas la conquête de la Lune en tant que telle qui s'est brisée sur le désintérêt des masses, mais le concept même de "conquête". La Lune fut en quelque sorte la "goutte d'eau qui fit déborder le vase", déjà plein de ressentiment nihiliste. L'Occident désoccidentalisé a préféré les utopies écolo-humanitaires à la poursuite du rêve Colombien, au delà de l'orbite terrestre. Il existe de nombreux mouvements altermondialistes qui luttent férocement contre le programme spatial, aux États-Unis, parce que "symbole de l'impérialisme blanc/occidental".
Dans vos livres, vous traitez énormément d'informatique, la SF repose-t-elle désormais plus sur le mystère des nouvelles technologies que sur les autres planètes ?
Je me permets de vous faire remarquer que je parle bien plus de génétique, de neurosciences, ou d'astrophysique que d'informatique pure. Je prends simplement acte que cette fin de civilisation correspond à l'abandon du projet de Restauration de l'Homme comme être cosmique, une "société" où les masses préfèrent vivre dans le règne continu de l'entertainment et le culte du moi, sous la domination "soft" de la Technique-Monde et de ses "Droits de l'Homme", refusent de prendre acte d'un événement pivotal comme le XXe siècle dans son ensemble et s'empêchent donc de comprendre comment la Science ne peut être réellement opérative qu'en relation avec la Révélation.
Conclusion : internet comme substitut hybride du macro comme du microcosme.
Personnellement, la Lune, la conquête spatiale sont des sources d'inspiration pour vous ? Pensez-vous que la Lune fait encore rêver ? Vous fait-elle rêver ?
La conquête spatiale est une source d'inspiration pour moi depuis l`âge de ma naissance. Mon père fut le seul journaliste occidental à avoir interviewé Youri Gagrine, dès son retour du premier vol orbital habité, en 1961. À l'âge de dix ans, j'ai suivi en direct l'alunissage d'Apollo 11 et de Neil Armstrong.
La Lune n'a jamais été un "rêve" pour moi, mais une réalité destinale et stratégique pour ceux dont la mission est de coloniser l'espace de la Création.