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    <title>"Cartes et territoires" - extrait de Métacortex</title>
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<h1><br /><br /></h1><div align="center"><img height="293" width="500" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/788g787.jpg" /><br /></div><h1></h1><div align="justify"><div align="center"><h3><strong><br />Cartes et territoires<br /><br /></strong></h3></div><p><br />Ils avaient prolongé la planque des jours, des nuits d’affilée. Depuis les premières heures de leur collaboration, Verlande avait appris à Voronine les techniques de contrôle du sommeil qu’on lui avait enseignées en France, dans le Groupe des Commandos de Montagne, ces unités de chasseurs alpins spécialisées dans le renseignement et l’infiltration des lignes ennemies, détail qui n’avait pas échappé aux recruteurs de la SQ. Ils se partageaient les rotations diurnes/nocturnes, tenaient sans problème 48 heures d’affilée, accumulaient films vidéos et clichés photographiques. Ils surveillèrent absolument toutes les caches répertoriées. Ils rencontrèrent ses amis, ses proches, les rares membres de sa famille encore en vie, de simples connaissances des nombreux quartiers qu’il avait fréquentés au cours de sa vie de quinquagénaire bien remplie. Corzabal, c’était 350 km2 de topographie urbaine imprimée jusqu’à l’os. Il était né à Montréal, avait vécu à Montréal, avait tué à Montréal, avait été condamné et avait initié sa vie pénitentiaire à Montréal, d’une manière ou d’une autre, il mourrait ici, à Montréal, il était son fantôme avant même sa disparition.<br />Ils traquèrent sa piste sur chaque trottoir de la ville, à l’est : Rosemont-Petite Patrie, Ahuntsic, le Plateau Mont-Royal, Hochelaga-Maisonneuve, Saint-Léonard, Verdun, Longue-Pointe ; à l’ouest : Pierrefonds, Pointe Claire, Roxboro, Beaconsfield, chemin Rockland, Notre-Dame de Grâce, Côte Saint-Luc, Trans Island Avenue, Kirkland, Dorval, Montréal-Ouest, Sainte-Anne de Bellevue, Dollard des Ormeaux, cela couvrait pratiquement toute l’île de Montréal, l’homme était la ville incarnée, une reproduction cartographique vivante, il était l’homme qui en connaissait le moindre centimètre carré de bitume et de béton, il était l’homme dont l’asphalte était la mémoire vivante, il était l’homme qu’il fallait serrer au plus vite. Ils firent le tour des clubs de danseuses de Sainte-Catherine, des boîtes de nuit du centre-ville ou de l’avenue Mont-Royal, des cercles de jeux clandestins de Chinatown, des bars de Crescent et de la Petite Italie, ils criblèrent la cité du nord au sud, d’est en ouest.<br />Ils ne trouvèrent rien.<br />Rien qui puisse les conduire à Corzabal. Il était arrivé à Montréal au début de l’hiver et s’était fondu dans la blancheur neigeuse qui avait recouvert la ville.<br />Rien n’indiquait qu’il l’ait quittée. Rien non plus n’indiquait le contraire.<br />Verlande et Voronine commencèrent à penser sérieusement à une disparition forcée.<br />Une fosse, quelque part dans les Laurentides ou les Appalaches, avait un jour attendu l’homme qu’ils traquaient, un rendez-vous truqué, un piège quelconque, avec peut-être la complicité involontaire des deux flics, bref, le trou dans la nuit : il n’y avait plus qu’à faire gicler une volée de chevrotines et à le laisser tomber au fond avant de tout recouvrir tranquillement, en parsemant la terre superficiellement gelée de graines de graminées sauvages qui fleuriraient dès le printemps, dans quelques semaines au plus, et en disposant des poignées de branchages susceptibles de pourrir un peu dans les plaques de neige résiduelles et de s’amalgamer au couvercle terreux de la fosse. Qui n’a jamais existé, qui n’existe pas, qui n’existera jamais.<br />Au Canada, les tombes clandestines ne peuvent être découvertes à cause d’une loi statistique très simple qui se résume à deux chiffres : 32 millions d’habitants pour 9 millions de kilomètres carrés.<br />La mort des deux flics et la disparition du truand produisaient une tension oblique, atypique, jamais ces hommes n’auraient dû se rencontrer. La preuve, c’est qu’ils l’avaient payé de leur vie.<br /><br />Ce furent des Cris de la Baie James qui découvrirent les véhicules. Cela faisait près de quinze jours que Verlande et Voronine pistaient Corzabal sans relâche, jour, nuit, nuit, jour, jours-nuits, nuits sans fin, aubes en série, crépuscules assemblés en un seul moment solaire, discipline du cerveau d’acier, armature des sens, armurerie de la cognition, pur impact mental sur le monde, snipers dont l’attente pourrait durer mille ans avant de presser la détente, quinze jours à sans cesse planifier les parcours et les veilles, jamais dans le même ordre, jamais aux mêmes heures, passant et repassant devant ses planques, interrogeant sans cesse les habitants du quartier en question sur un éventuel retour du truand montréalais dans le secteur, sans le moindre succès, quinze jours et plus de frustration glacée dans le congélateur de la volonté, cela faisait deux semaines pleines, sans shabbat, sans dimanche, sans une seconde de répit, lorsque la nouvelle avait été diffusée sur la fréquence de la police.<br />La Baie James !<br />Mille deux cents kilomètres vers le nord. Au milieu de nulle part.<br />Ils prévinrent la Direction qu’ils se rendaient illico sur les lieux.<br />En tant que membres du Renseignement de la SQ, ils n’étaient affiliés à aucun district particulier, d’après une directive qui datait maintenant de plusieurs années. Ils opéraient depuis le QG de Montréal, ils pouvaient se rendre et enquêter où ils le désiraient, quand ils le désiraient, avec la méthode qu’ils désiraient, ils étaient les seuls à décider de l’opportunité de se rendre ici, ou là, pour telle ou telle raison.<br />Ils étaient des flics en même temps que des espions.<br />Ils étaient des hommes absolument libres.<br /><br />On était en début de matinée, un jour de semaine, trafic relativement fluide dans cette direction, vers l’extérieur de la ville. Ils prirent la 40 ouest puis l’embranchement de la 15 nord en direction des Laurentides.<br />Voronine brancha son lecteur mp3 sur la piste digitale audio du tableau de bord.<br />– Toujours tes musiciens russes ? demanda Verlande.<br />– Oui. Dans les steppes de l’Asie Centrale. Alexandre Borodine. Tu verras, ce sera très couleur locale.<br />Verlande ne répondit rien, il attendait que les fichiers musicaux se chargent en se disant qu’en effet, entre les steppes de l’Asie Centrale sibérienne et celles de l’Amérique Boréale canadienne, les analogies reflétaient la grandeur des deux continents, elles étaient multitude et elles recouvraient toute la nature de leur présence. Elles étaient les deux images, l’une orientale, l’autre occidentale, de l’infinité à l’échelle terrestre.<br />Les violons cosaques attaquèrent les premières mesures, l’autoroute se prolongea jusqu’à l’horizon où se profilait la chaîne bleutée des Laurentides, Verlande garda le silence. Ils étaient la Russie de l’Ouest transatlantique. Peut-être bien, après tout, que les Russes étaient des Américains eurasiatiques ?<br />Peut-être bien, après tout, que l’histoire des hommes consistait en ces inversions pivotales continues, qui conduisaient les libertés et les droits vers la dictature, et qui faisaient surgir les authentiques souverainetés des décombres et de l’esclavage ?<br />L’anarchie accouchait de la tyrannie, la tyrannie engendrait l’anarchie, un serpent redoutable, venimeux, broyait toute liberté dans ses anneaux dialectiques, encerclant le monde de son orbe visqueuse, apportant la preuve, si besoin était, que la Chute, en fait, ne faisait que commencer. Peut-être y avait-il un sens à tout cela, les réfugiés dans leurs navires en feu, les flics assassinés en pleine rue, la disparition du truand montréalais, l’explosion anormale des terroristes dans leur camionnette ? Peut-être y avait-il un sens à toutes les actions que les hommes accomplissaient sur cette Terre, tout compte fait ?<br />Le seul problème, est qu’aucun d’eux n’avait la moindre idée de ce dont il pouvait s’agir.<br />Le sens ne se décrète pas, comme toute véritable liberté. Une liberté est par nature indéterminable, car c’est elle le déterminant, c’est elle qui vous rend libre. Pour faire simple, Verlande savait très bien et à quel point la seule Liberté en ce monde consiste à s’en saisir. C’était donc à eux de faire repartir la machine, l’axis mundi branché sur le gyroscope de la justice, c’était à eux de serrer tous ces fils de pute et de redonner au monde un visage digne de ce nom. Toute sa vie semblait converger vers ce point crucial. Il en sentait les épicentres résonner dans toute la structure de son corps, et de son esprit.<br />Quelque chose d’immense le remplissait.<br />Immense. Comme un abîme.<br /><br />Ils roulèrent vers le nord sans discontinuer, sinon pour faire régulièrement le plein d’essence-éthanol aux quelques stations-service dont les réservoirs étaient alimentés, et dûment surveillés par des patrouilles de police locales ou les gros bras des compagnies de sécurité privées, et faire le vide dans leur vessies ; un peu partout, des groupes, des familles, des hommes seuls attendaient en files, jerrycans, bidons et tickets de rationnement en mains, de pouvoir s’approcher des précieuses pompes, le regard souvent plus vide encore que les divers contenants dont ils se servaient pour recueillir les carburants.<br />Verlande et Voronine se passèrent et repassèrent le volant comme ils s’étaient échangé les tours de veille, les planques, les tournées dans le red light district. Le voyage vers la Baie James se déroulait en parfaite continuité avec les jours-nuits urbaines traversées les deux semaines précédentes, la seule différence tenait aux apparences, une simple nuance dans certains traits du décor : la ville n’est rien d’autre qu’une prothèse humaine de la nature. La nature est tout aussi dangereuse qu’un mauvais terminal d’autobus. Et elle est tout aussi secrète que les bas-fonds les plus obscurs de la cité. C’est comme si les espaces sauvages qui se dévoilaient à leurs yeux contenaient toutes les cités possibles, tous les crimes que l’homme est capable de commettre. La nature semblait le plus grand et le plus impressionnant de tous les artifices.<br />Nouveau-Comptoir se trouve dans les basses terres qui longent la côte orientale, très découpée, de la Baie James. Il faut se cogner les 1 200 kilomètres qui séparent le Saint-Laurent de cette sorte de péninsule aquatique de la Baie d’Hudson, puis se taper encore 350 kilomètres pour parvenir jusqu’à cette petite ville portuaire plantée au bord d’un fjord aux formes complexes qui conduit aux Painted Hills Islands, vaste conglomérat d’îles et d’îlots pratiquement soudés entre eux et à la terre ferme.<br />Les deux Indiens Cris vivaient dans la réserve locale, Weminji, ils étaient partis pour quelques jours sur un de leurs territoires de chasse, à environ 80 kilomètres à l’est de la ville, ils avaient planté leur campement dans les boisés qui couvrent les quelques buttes et hauteurs de cette région, afin de repérer plus facilement leurs proies, ils avaient tué un chevreuil, quelques lièvres, puis sur le chemin du retour, tout à fait accidentellement, dans une ravine camouflée par une forte concentration d’épinettes, ensevelies sous plusieurs blocs ou couches de neige, ils étaient tombés sur les épaves calcinées.<br /><br />Il faut connaître le nord du Québec pour comprendre pourquoi le fait de trouver par hasard les monceaux de métal carbonisés tenait du miracle. Moins de trois semaines après l’assassinat des flics montréalais, moins de trois semaines après l’abandon des véhicules dans la nature, moins de trois semaines, en plein milieu des steppes de l’Amérique boréale.<br />On était un peu avant la mi-avril, sous ces latitudes, la neige imposait encore sa présence à des pans entiers de la nature. Les Cris étaient des chasseurs, ils étaient des prédateurs, ils ne faisaient pas partie de la nature, la nature faisait partie d’eux. Ils étaient des francs-tireurs de l’ordre cosmologique.<br />Aussi, le hasard n’y était pour rien, face à des chasseurs cris&nbsp; il n’avait aucune chance.<br />Lorsque Verlande et Voronine arrivèrent sur les lieux, plusieurs équipes de la SQ du district, dont le labo d’analyses criminalistiques, étaient déjà au travail.<br />D’après les premiers constats, on avait conduit le pick-up et le SUV dans cet endroit désolé, il subsistait des traces qui se perdaient plus loin, aux alentours du chemin forestier principal, puis on les avait précipités dans la ravine. Ensuite une seule et unique explosion, très puissante, dont il restait à déterminer la nature exacte, avait littéralement pulvérisé et carbonisé les deux véhicules. Pour finir, on avait plus ou moins recouvert le tout avec de gros bloc de neige, de la glace, des branches et des arbustes morts, de la terre. Rien qui puisse échapper à l’œil averti d’un chasseur cri.<br />Les unités de criminalistes passaient toute la zone au peigne fin, munis de détecteurs de métaux et de longues gaffes dotées de pinces robotisées ou de plaques à aimants. Ils repéraient les indices, les numérotaient avec une petite pancarte jaune, les photographiaient puis les plaçaient précautionneusement dans une enveloppe de plastique composite haute résistance.<br />Verlande et Voronine purent constater à quel point la cité et la nature ne s’opposaient que superficiellement. Face à un événement comme une explosion de forte magnitude, nature et ville réagissent avec la même insensibilité, elles se contentent de fournir un contexte particulier, gardent leur distance avec les généralités humaines, et créent les conditions singulières, leur signature en quelque sorte, dans lesquelles cette brèche dans le temps et l’espace va s’ouvrir, durant une fraction de seconde. Ville et Nature vivent à l’ère géologique, ou anthropologique. <br />Ils observèrent avec calme le travail en cours, ce travail routinier, mécanique, répétitif, ce pur travail de flic.<br />Ce travail qui restait invariablement le même, au cœur de la ville métropolitaine comme au plus profond des steppes subarctiques. Les mêmes procédures que celles qu’avaient suivies les types de la GRC sur la Métropolitaine. Les mêmes méthodologies, la même organisation, la même discipline, le même ordre. La même série d’événements.<br />Et au bout du compte, les mêmes causes, avec les mêmes conséquences.<br /><br />Le gros des équipes criminalistiques de la SQ arriva un peu avant midi, plusieurs camionnettes dotées de spectrographes mobiles, de détecteurs à imagerie thermique, de diodes laser, de canons à rayons X. Il fallait amasser le maximum d’informations sur place, in situ, règle numéro un des « forensics ».<br />C’est pourquoi Verlande et Voronine restèrent dans les parages tout au long de la journée. Ils prirent leurs propres clichés et demandèrent des copies digitales de toutes les données numérisées par l’escouade au fur et à mesure. Ils étaient de la Direction du Renseignement, l’idée même de discuter leurs exigences n’effleura aucun des flics présents sur les lieux.<br />La nuit tombée, ils dormirent dans un motel anonyme à l’entrée de Nouveau-Comptoir. Le lendemain, tous les indices, les restes carbonisés des véhicules, et jusqu’à la neige, congelée, qui avait servi à les recouvrir, seraient acheminés vers le quartier général du district, au laboratoire d’analyses criminalistiques.<br />Les études préliminaires seraient poussées aux limites de la physique connue. On inspecterait les débris atome par atome, on reconstituerait l’explosion à partir de quelques paramètres épars prélevés sur la scène de crime, dans la neige ou la glace, la terre ou un peu de métal noirci ; non, que ce soit face aux Cris venus du néolithique, ou face aux technoflics de ce siècle, le hasard n’avait plus la moindre chance.<br />La mort était une science.<br />On pouvait même poser l’hypothèse que sans la mort, la science n’aurait probablement jamais vu le jour.<br /><br />L’existence du monde tient en quelques mots. Ceux que Dieu a prononcés pour le créer, ceux que les hommes inventent pour le détruire.<br />Trois mots peuvent suffire. Une trinité démonique, née des forces de la nature, de l’intelligence humaine, et de l’indifférence générale du cosmos.<br />Surnom : Fire Steel Thunder, ou son acronyme : FIST.<br />Description de la machine, inscription de la technique comme vérité porteuse de mort, excision opératoire des mécanismes :<br />D’abord la structure générale : appelons-la bombe thermobarique seconde génération, on dit parfois fuel-air explosive ammunition. Son ancêtre fut testé abondamment en Iraq et en Afghanistan : son surnom « MOAB » provenait de deux origines, son acronyme militaire « Massive Ordnance Air Blast » et le surnom donné à l’engin dès les premiers « tests » sur le terrain : Mother Of All Bomb.<br />Dix ans plus tard c’est devenu une chose à peine croyable : une machine de destruction qui cherche et qui détruit avec la glaciale précision d’un ordinateur, localisation super-GPS, au centimètre près, capable d’atteindre son objectif à trois fois la vitesse du son, et on s’était contenté de la poser dans la neige ou sur le capot d’un des deux véhicules.<br />De l’extérieur, une bombe, c’est-à-dire un récipient contenant une certaine quantité de matières explosives ou inflammables. En l’occurrence, les deux.<br />Concept : inonder une zone, située en territoire ennemi, de trois « vagues » successives : une violente onde de choc, une très intense élévation de la température, la projection à haute vélocité de milliers de fragments de tungstène.<br />Solution : la poupée russe. La bombe contient une autre bombe, qui contient à son tour une autre bombe, qui elle est pourvue de centaines de « bomblets ».<br />Machine on : la bombe périphérique détone en un laps de temps de l’ordre de la nanoseconde, elle fait sauter l’armature extérieure qui projette aussitôt un nuage de vapeur de kérosène et de gaz propane sous pression sur des centaines de mètres carrés. Machine on, deuxième automatisme : la première bombe avait un temps d’explosion trop court et une ignition trop froide pour provoquer une déflagration générale. La seconde bombe, contenue dans celle qui vient de sèchement éclater, est une bombe à haute intensité. Elle va provoquer deux phénomènes conjoints, aussi mortel l’un que l’autre qui, jumelés, ne créent pas une létalité redondante, mais plutôt une sorte de mort élevée au carré. La bombe high explosive fait s’enflammer d’un seul coup le nuage de kérosène et de propane en train de flotter vers le sol, attiré naturellement par la force de la gravité, la déflagration incendiaire est immédiatement précédée d’une onde de choc extrêmement destructive, surtout pour les organes internes des êtres humains, et elle actionne le mécanisme détonant qui va éjecter les bomblets de la troisième bombe, contenant un mélange de poudre d’aluminium, de sodium et de micro-billes de tungstène, les projectiles miniatures à haute densité traverseront le nuage enflammé sans se liquéfier, mais percuteront leurs objectifs, tels des essaims de feu, en ayant atteint des températures supérieures à 1 000 degrés centigrades.<br />Fire Steel Thunder. Même son nom est beau, à cette putain de bombe. Non seulement elle le porte à merveille, mais c’est cette identité singulière qui la soutient toute entière, tel un monument pyrotechnique dressé sur sa propre déflagration.<br />Il ne fallut pas très longtemps aux escouades de criminalistes pour déterminer que ce modèle bien particulier de Fuel-Air Explosive n’était en usage que dans l’armée américaine et les Forces Canadiennes, depuis tout juste quelques années.<br />Évidemment, c’est ici, chez nous, que s’élabore la destruction du monde, c’est-à-dire l’élaboration du prochain, avait pensé Verlande.<br />On s’était servi d’une arme sophistiquée de dernière génération rien que pour oblitérer deux véhicules vides de tout occupant, et complètement isolés dans la nature. Ces hommes savaient qu’un simple incendie n’était plus suffisant pour corrompre complètement les indices matériels. Ils savaient comment résoudre le problème. Ils avaient de quoi résoudre le problème. <br />Sauf que, précisément, ce quelque chose était ce qu’il y avait de plus identifiable au milieu des gravats qu’ils avaient su parfaitement carboniser et pulvériser.<br />Et ce quelque chose c’était une arme de guerre. Une arme de guerre qu’on avait utilisée comme un vulgaire cocktail Molotov. Il fallait se rendre à l’évidence, les mains bien en l’air : un déséquilibre se faisait jour, un décalage infini, abyssal, un déraillement des rapports de force, une démultiplication sauvage des différences et des destructions.<br />Il fallait être aveugle ou complètement idiot pour ne pas se rendre compte qu’on entrait vraiment dans l’époque, et à fond. L’époque des paquebots suicide, l’époque des attentats réussis, ratés, ou devenus pièges se retournant contre leurs auteurs, l’époque des bombes dernière génération utilisées au milieu de nulle part pour détruire deux véhicules laissés à l’abandon, l’époque de la catastrophe générale, l’époque où une vie valait bien moins que les munitions servant à l’anéantir.<br />L’époque pour laquelle ils étaient nés.<br /><br />Il existait pourtant une saillie dans la paroi de glace de l’enquête, un minuscule piton qui permettait tout juste qu’on s’y accroche.<br />Vers la mi-novembre, un mois avant le retour de Corzabal à Montréal, un dénommé Douglas « Roddy » Derville avait été assassiné dans le terrain vague jouxtant la ligne du Canadien National, à environ cinq cents mètres du poste de police 37.<br />Douglas Derville appartenait à la même génération que Corzabal, il avait suivi à peu de choses près le même itinéraire : ancien agent de sécurité véreux, et violent, il avait fait ses premières armes, au sens propre, en Somalie, dans une unité parachutiste qui fut dissoute suite à un scandale entourant le meurtre d’un jeune insurgé par des membres de l’unité. Puis il avait rejoint le chapitre québécois affilié aux Hell’s Angels, les Nomads, il avait participé à la guerre contre les Bandidos/Rock Machine et la mafia italienne à la fin des années 90, et s’était retrouvé sur le banc des accusés lors du méga-procès de « Mom » Boucher au début du siècle. Il écopa de dix ans fermes, fut libéré au bout de sept pour bonne conduite et avait repris, comme tous les autres, ses activités professionnelles favorites en solo : en l’occurrence le braquage de diamantaires et pratiquement toutes les formes de cambriolage avec effraction. Quoique ne disposant d’aucune preuve solide, les flics savaient qu’il avait écumé l’Ontario, le Québec, le Manitoba, il devait probablement disposer d’une connexion très fiable avec l’un des meilleurs fourgues du Canada.<br />C’était Robitaille et Curtiss qui avaient été mis sur le coup par le SPVM.<br />Deux balles de .22 dans la nuque. L’exécution mafieuse dans les règles.<br />Le .22 est un petit calibre. Il est néanmoins suffisant, à courte portée ou mieux, à bout portant, pour fracasser les os du crâne et pénétrer à haute vélocité à l’intérieur, y détruire le médullaire plus quelques organes connexes. Mort instantanée. Ensuite, sa légèreté et les déformations subies à cause de l’impact, l’empêchent de ressortir de l’occiput, il se met donc à zigzaguer, sous le régime de l’impulsion cinétique initiale, au cœur de la masse cérébrale, y provoquant de nombreuses lésions, toutes plus ou moins mortelles.<br />Avec la redondance de la seconde balle, l’homme visé n’a strictement aucune chance.<br />Robitaille et Curtiss avaient établi plusieurs rapports d’affilée sur leur investigation, Verlande et Voronine passèrent une journée entière à tout éplucher, au poste de l’avenue Laurier. Et ils avaient fini par établir la connexion avec Corzabal.<br />Cela n’avait pas échappé non plus aux deux flics montréalais, ce qui les avait lancé sur la piste de l’ancien Hell’s Angel.<br />Puis ils en étaient morts. <br /><br />C’était leur moment. C’était leur territoire. C’était à eux, toute cette affaire.<br />Elle ne cesserait que lorsqu’ils viendraient apposer les mots closed case sur un carton qu’on entasserait dans une salle de stockage, avec des milliers d’autres.<br />C’était ça leur boulot de flic. Transformer un homme mort en une boîte de carton qui ne serait plus jamais ouverte, sinon par quelque archéologue du futur, tel un sarcophage. Ils assuraient étrangement la survie de l’individu après sa mort en opérant sur lui comme de secondes funérailles symboliques, ils assuraient la perpétuation de sa mémoire en ayant avant toute chose consacré leur temps à en faire un catalogue de données numériques. Ils étaient bien les nécromanciens des mégapoles. Ils jouaient avec la mort, et s’évertuait à la faire perdre, même lorsqu’elle avait gagné.<br /><br />Pour commencer, comme toujours, les questions, c’est-à-dire en fait l’éclat résiduel de la réponse.<br />D’abord : exécution style mafia italienne. D’accord. Mais pourquoi un règlement de compte aussi violent et risqué – à proximité d’un poste de police de quartier – pour des affaires remontant à une vingtaine d’années et qui s’étaient soldées par des peines de prison tombant de tous côtés, sur les deux camps en lice ?<br />Pourquoi les mafiosi italos, ou ce qui restait des Bandidos, s’en seraient-ils pris à un type qui se contentait de suivre sa carrière de petit entrepreneur solitaire du crime ?<br />Le poste 37.<br />Derville se dirigeait vers le poste 37 lorsqu’il avait été abattu.<br />Des révélations urgentes à faire ? Des questions troublantes à poser ?<br />Cela pouvait expliquer la réponse, expéditive, qu’on lui avait fournie. Il n’aurait aucune question troublante à poser si les deux balles de .22 détruisaient complètement son système nerveux central.<br />Ce détail non plus n’avait probablement pas échappé aux flics du poste 37. C’est pour cette raison qu’ils avaient pisté Corzabal, son ami de la prison de Drummondville, c’est pour cette raison qu’ils avaient tourné sans cesse, eux aussi, dans tous les quartiers ou le Hell’s Angel avait vécu, c’est pour cette raison qu’ils s’étaient faits repérer.<br />C’est pour cette raison qu’ils avaient pris, eux, plus de soixante balles dans la peau.<br />Autre question-réponse : le différentiel, encore une fois, ce déséquilibre fondamental, pivotal, cet axe chaotique qui faisait pourtant tenir tout ensemble. Deux balles de .22 tirées en solo dans la nuque, d’une part, 4 hommes surarmés et une organisation de type militaire d’autre part.<br />Le décalage, le déraillement. L’abysse.<br />Alors voici comment fonctionne le cerveau de Verlande : c’est une sorte de moteur, de générateur, de réacteur nucléaire. Sa conscience se tient aux ordres d’un étage psychique qui est précisément l’inverse du subconscient, tout en restant aussi indécelable aux sens qu’à la pure cognition.<br />C’est la Direction du Renseignement du cerveau.<br />Si deux questions parallèles sont aussi obscures l’une que l’autre, il est probable que la solution se situe à leur croisement orthogonal, là où ça fait vraiment mal.<br />Verlande se souvenait du stage d’entraînement qu’il avait suivi au Groupe des Commandos de Montagne avec des instructeurs venus du SAS britannique. Les SAS s’étaient servis abondamment du calibre 9 mm depuis les années 80. Pour compenser le manque d’impact à moyenne distance, ils avaient rapidement développé une méthode très simple.<br />Tirer deux fois de suite, le plus vite possible, en contrôlant au maximum le recul.<br />Il y avait là, sous les apparences d’une logique dispersée, la possibilité d’une connexion réelle entre Derville, Corzabal, les deux flics montréalais, et la bande de tueurs militarisés.<br />Ce n’était peut-être pas une exécution modèle mafia italienne.<br />C’était peut-être bien une exécution dans le plus pur style SAS.<br />C’était bien la guerre, plus aucun doute n’était permis.<br /></p></div>]]></content:encoded>
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    <title>A l'enfant pendu par les Taliban</title>
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<div align="center"><h1>Prière de Maurice G. Dantec dédiée à l'enfant de 7 ans pendu publiquement mercredi par les Taliban</h1><p><br /><img height="500" width="500" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/ggg.jpg" /><br /><br />Mots inscrits sur l'écran CNN : <br /><br />7 years old child executed this morning by talebans for spying.<br /><br />Je ne te connaissais pas<br /><br />personne n'a prononcé ton nom<br /><br />Celui qu'on pend au petit matin<br /><br />À l'heure où l'humanité dort...<br /><br />c'est anonyme que j'ai appris ton existence, par ta mort.<br /><br />Maurice G. Dantec<br /><br />Début de la prière à 8 minutes 15 :<object height="420" width="560"><br /></object></p></div><object height="420" width="560"><param value="http://www.dailymotion.com/swf/video/x95ol9?width=560&amp;theme=eggplant&amp;foreground=%23CFCFCF&amp;highlight=%23834596&amp;background=%23000000&amp;additionalInfos=1&amp;hideInfos=1&amp;autoPlay=1&amp;start=495&amp;colors=background%3A000000%3Bforeground%3ACFCFCF%3Bspecial%3A834596%3B" name="movie" /><param value="true" name="allowFullScreen" /><param value="always" name="allowScriptAccess" /><embed height="420" width="560" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/x95ol9?width=560&amp;theme=eggplant&amp;foreground=%23CFCFCF&amp;highlight=%23834596&amp;background=%23000000&amp;additionalInfos=1&amp;hideInfos=1&amp;autoPlay=1&amp;start=495&amp;colors=background%3A000000%3Bforeground%3ACFCFCF%3Bspecial%3A834596%3B" type="application/x-shockwave-flash" /></object>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-geek-magazine-pour-metacortex">
    <title>Interview Geek Magazine pour Métacortex</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-geek-magazine-pour-metacortex</link>
    <dc:date>2010-02-25T00:00:00+00:00</dc:date>
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    <content:encoded><![CDATA[
<p><img height="818" width="600" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/444.jpg" /> <br /><strong><em>Par Rodolphe Lachat</em></strong><br /></p><div align="justify"><p><strong>GEEK LE MAGAZINE&nbsp;: Après Villa Vortex, Métacortex s’inscrit dans la trilogie Liber Mundi. Comment définiriez-vous cette entreprise&nbsp;? Quels sont les liens entre les deux premiers tomes&nbsp;?</strong><br /></p><div align="justify"><strong>MAURICE G. DANTEC&nbsp;: </strong>Comme toujours, je n’ai établi aucun «&nbsp;plan&nbsp;» à l’avance, c’est le processus de l’écriture qui a de lui-même imposé ses propres desseins. Au cours de l’écriture de Villa Vortex, l’évidence s’est imposée. Il s’agirait au final d’une trilogie, dont les caractéristiques seraient de n’avoir aucun personnage humain en commun, ni même une «&nbsp;intrigue&nbsp;», mais plutôt des données physiques et métaphysiques. La ville, la «&nbsp;Polis&nbsp;», le Crime, la Police, le nihilisme intégral, l’arraisonnement de la Technique-Monde, la Chute, la Machine, le cerveau humain, la «&nbsp;génétique&nbsp;» (dans tous les sens du terme), l’Invisible, la désintégration post-nationale corrélative à la mise en place d’une Gouvernance Globale, le terrorisme comme mode de vie, la nouvelle forme du Mal comme pure immanence, simple agencement mécanique de données psycho-sociales. D’autre part, chaque roman s’est constitué autour d’une tension spécifique entre le début et la fin d’une «&nbsp;époque&nbsp;». 1989-2001, pour Villa Vortex. 1945-2018 pour Métacortex.<br /></div><p><br /><strong>Villa Vortex semblait achever un cycle (entamé avec La Sirène rouge). Est-ce que, de la même manière, Métacortex clôt celui débuté avec Cosmos Incorporated, en attendant un retour, annoncé, au «&nbsp;noir&nbsp;»&nbsp;?</strong><br /><br />Je ne crois pas que Villa Vortex ait achevé un «&nbsp;cycle&nbsp;» commencé avec La Sirène rouge. Il n’y avait là encore aucun plan préconçu lors de l’écriture de ce premier roman. C’est avec Babylon Babies, quand j’ai eu l’idée de reprendre les deux personnages principaux des premiers livres afin de les faire entrer en «&nbsp;collision&nbsp;», que le «&nbsp;cycle&nbsp;» est né, après coup, donc.<br />Métacortex se situe de la même façon en «&nbsp;oblique&nbsp;» avec les derniers romans publiés, qui se produisent et se détruisent les uns les autres. J’espère sincèrement que les défauts présents dans le premier volume de Liber Mundi ont été surpassés. En ce sens, les ouvrages publiés entre temps auront probablement joué leur rôle.<br />Il n’y a pas de «&nbsp;retour au noir&nbsp;», genre que je n’ai jamais quitté. Même si ce noir peut se situer dans le futur, voire sur plusieurs époques, comme dans Métacortex.<br /><strong><br />Avec Villa Vortex, vous avez déconcerté beaucoup de vos lecteurs. Pour les retrouver ensuite avec Cosmos Incorporated. Un journaliste vous a même reproché de «&nbsp;penser trop&nbsp;»… Considérez-vous ces tentatives de «&nbsp;roman-total&nbsp;», si c’en sont, comme la partie la plus personnelle ou la plus exigeante de votre œuvre&nbsp;?</strong><br /><br />Il est absolument logique qu’un journaliste contemporain vous accuse de «&nbsp;penser trop&nbsp;». Vous imaginez un peu le niveau de l’insulte. Vous essayez de faire fonctionner les 1300 centimètres cubes de matière cervicale dont la «&nbsp;nature&nbsp;» (ou la surnature) vous a doté, mais vous devriez surtout ne pas en faire usage, comme tous les pigistes culturels de sa corporation de boutiquiers de l’information.<br />Ensuite, tout vrai roman est «&nbsp;total&nbsp;». Le cycle de Dune est une totalité. Crash&nbsp;! est une totalité, Ubik aussi. Les romans de Dostoïevski n’échappent pas à la règle, ceux de Conrad non plus, et je pourrais remonter à Homère, le tout premier des romanciers. C’est l’anémique littérature française qui n’est plus le moindrement capable d’éclairer le monde dans lequel nous vivons, pas plus que nos existences piégées dans ce néo-paramétrage de l’humanité, qui s’est coupée du romanesque, et en fait de la fiction, qui est justement (re)création du monde.<br /><br /><strong>Devrons-nous attendre sept nouvelles années pour lire le dernier opus&nbsp;?</strong><br /><br />On ne peut rien vous cacher.</p><p><img height="730" width="550" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/77877.jpg" /><br /><br /><strong>CHAPITRE II&nbsp;: MÉTACORTEX. <br /><br />On retrouve dans ce roman l’importance que vous accordez à la ville. «&nbsp;La ville est un code. La ville est chair et sang&nbsp;», écrivez-vous. Pourquoi et quel sens donnez-vous à la polis&nbsp;?</strong><br /><br />La «&nbsp;Polis&nbsp;» n’est pas la ville, c’est son ordre secret. C’est à la fois la «&nbsp;politika&nbsp;», mais aussi la «&nbsp;Police&nbsp;», c’est-à-dire la guerre souterraine entre la Loi et le Crime, et c’est aussi ce qui se situe au-delà d’elle, mais dans le rayonnement de son existence&nbsp;: le darwinisme social, c'est à dire la Mort et la Violence faite aux plus faibles (qui sont en fait les «&nbsp;meilleurs&nbsp;»).<br /><br /><strong>Verlande, le personnage principal, est comme beaucoup de vos héros, un super-flic. En tant que tel, sa mission est de «&nbsp;défendre les forts contre les faibles&nbsp;» (Nietzsche). Qu’entendez-vous par là&nbsp;?</strong><br /><br />Je l’évoquais dans la question précédente. Nietzsche pratique l’inversion des valeurs d’une façon continuelle. Lorsqu’il évoque cet apparent paradoxe, il indique aussi où sont les vrais forts et les vrais faibles. L’authentique faiblesse, parée des pouvoirs de la force «&nbsp;démocratique&nbsp;» est représentée par l’Homme Moyen, l’Homme des Masses, celui qui a le nombre et la «&nbsp;morale&nbsp;» pour lui. Les authentiques «&nbsp;forts&nbsp;» sont en fait «&nbsp;les meilleurs&nbsp;» -aristos en grec- et ils forment par nature une minorité et un simple «&nbsp;réseau&nbsp;» de solidarités-singularités. Ils sont donc directement menacés par la grégarisation accélérée du «&nbsp;Parc Humain&nbsp;», comme dit Sloterdijk, mais déjà sensible, en tout cas pour Nietzsche, à la fin du XIXe siècle. C’est pour cela que Verlande n’est pas un «&nbsp;super-flic&nbsp;». Il est un soldat perdu dans une guerre qui ose à peine dire son nom.<br /><strong><br />«&nbsp;Nous sommes destinés à être des soldats au moment où la cité va disparaitre&nbsp;», dit Verlande. Effectivement, le monde que vous décrivez, en 2018, est celui de la guerre totale. Qu’est-ce qui vous inspire un tel pessimisme, à si brève échéance&nbsp;?</strong><br /><br />Rien du tout, je vous assure, comme je me tue à le répéter&nbsp;: TOUT VA BIEN.<br /><br /><strong>Métacortex est le roman de la Chute de l’Homme, mais cette Chute, la seconde, ouvre pour vous une nouvelle époque&nbsp;?</strong><br /><br />La Seconde Chute, comme la première, ouvre sa propre époque. Elle est décrite, mais selon un autre angle de vue, «&nbsp;oblique&nbsp;», et un demi-siècle plus tard, dans Cosmos Inc. et Grande Jonction.<br /><br /><strong>«&nbsp;Désormais la science ne servait plus qu’à amplifier la violence de la Chute&nbsp;». Ce roman est aussi une réflexion sur la technique. Et lorsqu’on vous lit, on pense à Jacques Ellul («&nbsp;Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique&nbsp;») et surtout à Bergson sur la technique et le supplément d’âme.</strong><br /><br />La phrase de Jacques Ellul que vous citez, j’aurais pu la placer en exergue du roman.<br /><br /><strong>L’un des grands thèmes du livre, c’est que la Deuxième Guerre mondiale ne s’est jamais éteinte. «&nbsp;Le nazisme représentait l’état psychique du monde du XXe siècle et ainsi il conditionnait la direction que la technique allait emprunter&nbsp;». Comment doit-on comprendre cela&nbsp;?</strong><br /><br />Je crois que je l’explique très clairement dans le livre. Si nous laissions les lecteurs le découvrir par eux-mêmes&nbsp;?<br /><br /><strong>Au fond, dans ce livre comme dans d’autres de vos romans, ne tentez-vous pas à donner une représentation littéraire du mal&nbsp;?</strong><br /><br />«&nbsp;Représentation&nbsp;» n’est pas le mot exact, je crois. Le Mal n’est pas représentable puisqu’il est pur néant, son seul principe moteur il le tire précisément de l’humanité, grâce à laquelle il peut agir sur le monde, par l’influence qu’il exerce sur les Masses. Le Diable ne peut vraiment s’incarner dans un «&nbsp;indivis&nbsp;», une personne, sinon en lui faisant perdre son unicité et en l’anonymisant dans un collectif quelconque.<br /><br /><strong>CHAPITRE III&nbsp;: DE L’IMAGINAIRE</strong><br /><br /><strong>On connait votre admiration pour Léon Bloy. On vous découvre fin connaisseur de Joseph de Maistre. Quelles leçons tirer au XXIe siècle de l’auteur des Considérations sur la France&nbsp;?</strong><br /><br />Qu’un homme du XVIIIe siècle peut avoir raison contre toute son époque et, par conséquence, contre tous nos contemporains.<br /><br /><strong>Lisez-vous encore de la SF&nbsp;? Quels sont vos auteurs de prédilection&nbsp;?</strong><br /><br />Je lis beaucoup de science-fiction, je viens d’attaquer Saint Grégoire de Nysse.<br /><br /><strong>La fantasy connait aujourd’hui un engouement sans précédent. Goûtez-vous ce genre de littérature&nbsp;?</strong><br /><br />Uniquement ceux qui osèrent en transgresser les codes, Michael Moorcock, Fritz Leiber, Jack Vance d’une certaine manière, quelques autres, très rares. Les histoires de sorciers, de donjons-et-dragons et de chevaliers interstellaires me laissent totalement indifférent. Il y a plus d’imagination véritable, c'est-à-dire de dévoilement du «&nbsp;contenu latent de la réalité&nbsp;» comme le dit Ballard, dans une minute de Ghost In The Shell ou d’Avalon que dans toute cette quincaillerie techno-mystico-médiévale.<br /><br /><strong>Plus généralement, on assiste à une sorte d’union sacrée entre l’entertainment de masse et les cultures de l’imaginaire. Après Philippe Muray qui contemptait Festivus, Festivus, d’autres crient aujourd’hui à «&nbsp;l’infantilisation générale&nbsp;». Qu’est-ce que cette frénésie mondiale autour d’Harry Potter, du Seigneur des anneaux, de Spider-Man ou de la famille Simpson vous inspire&nbsp;?</strong><br /><br />Ne confondons pas les authentiques œuvres de l’imaginaire et la culture de masse globale qui est un entertainment collectif «&nbsp;individualisé&nbsp;» ou plus exactement «&nbsp;tribalisé&nbsp;», ciblé par niches marketing. Je ne place pas tout à fait sur le même plan le Seigneur des Anneaux et Harry Potter, par exemple, ne serait-ce que par les œuvres dont ils s’inspirent. Spider-Man, je ne saurais trop dire, mais la famille Simpson, ma fille regardait l’émission jusqu’à l’âge de ses douze ans, je n’ai rien trouvé à y redire.<br /><strong><br />Pour finir, deux questions sur vos projets. D’autres adaptations audiovisuelles de vos romans sont-elles en cours ou envisagées&nbsp;? La suite de Babylon Babies est très attendue, pouvez-vous nous dire un mot à ce sujet&nbsp;?</strong><br /><br />Les adaptations cinématographiques de mes romans m’ont quelque peu laissé sur ma faim, pour employer un euphémisme. Je ne sais trop si des réalisateurs sont intéressés, mais je préfère prévenir&nbsp;: désormais je surveillerai bien plus attentivement les tenants et les aboutissants des projets proposés.<br /></p></div>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-pour-noise-dantec-metacortex">
    <title>Interview pour Noise (Métacortex)</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-pour-noise-dantec-metacortex</link>
    <dc:date>2010-02-05T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator></dc:creator>
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</p><p align="center" class="MsoNormal" style="text-align: center;"><strong><span lang="FR-CA" style="font-size: 10pt; font-family: Arial;">INTERVIEW
MAURICE G. DANTEC<o:p /></span></strong></p>

<p align="center" class="MsoNormal" style="text-align: center;"><strong><span lang="FR-CA" style="font-size: 10pt; font-family: Arial;">NOISE
MAGAZINE - NUMÉRO 15<br /><br /></span></strong></p><p align="center"><img height="500" width="500" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/u.jpg" />&nbsp;</p>

<p class="MsoNormal"><em><span lang="FR-CA" style="font-size: 10pt; font-family: Arial;"><o:p>&nbsp;par Fabien Thévenot, Pour Noise</o:p></span> </em></p>

<p align="center" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-size: 10pt; font-family: Arial;">_____ 1 _____</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-size: 10pt; font-family: Arial;"><o:p /></span></p>

&nbsp;<p>&nbsp;</p><p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; font-size: 10pt;">- <em>L'écrivain 
rock'n'roll</em>. C'est presque un cliché. Pourtant, si on y regarde bien, peu 
d'écrivains français ont su faire de la littérature avec cet héritage électrique 
qu'on leur a légué. On a toujours beaucoup écris <em>sur</em> le rock'n'Roll, 
mais peu de romanciers ont su écrire <em>avec</em> le rock'n'roll. Votre 
littérature à vous est indissociable du rock'n'roll. De l'influence du rock 
psyche et du glam sur vos jeunes années à votre parcours en tant que musicien en 
passant par votre curiosité toujours vive pour ce que continue de produire cette 
musique à l'aube du XXIème siècle, est-il sérieux de dire que votre verbe a été 
forgé dans la musique électrique ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">C’est 
extrêmement sérieux en effet. Vous citez le rock psychédélique des années 60, le 
glam-rock des early 70s, il ne faut pas oublier Bowie, Iggy, Lou Reed, Roxy 
Music, Eno, la demi-décennie punk/new-cold-wave (76/77-82/83), la transmutation 
fondamentale SexPistols/PIL, Joy Division,<span>&nbsp; </span>mais aussi les formes 
originelles du hip-hop (electrofunk new-yorkais, gogo-music de Washington DC), 
l’électro-industriel allemand, belge ou britannique, le mouvement techno de 
Detroit (Kraftwerk mixé avec le funk de Motor-City), l’aventure Hacienda, 
Happy<span>&nbsp; </span>Mondays, Stone Roses, etc, des groupes<span>&nbsp; </span>majeurs 
comme U2, Nine Inch Nails, ou Prodigy. Je ne cherche pas à « être au courant », 
c’est le courant qui cherche à être en moi, bref, le rock à joué en ce qui me 
concerne le rôle que le « polar » a je pense joué pour Manchette : l’expression 
artistique fondamentale du XXe siècle, c’est à dire celui de<span>&nbsp; 
</span>l’arraisonnement de l’Homme par la Technique-Monde.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">On pourrait 
rajouter néanmoins d’autres éléments clés :`<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- la 
musique « classique » russe, il conviendrait mieux de dire « romantique » ou « 
post-romantique », ainsi que Mahler, et Beethoven.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Des 
musiciens « contemporains » aussi différents que Debussy, Bartok, Messiaen, 
Ligeti.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- La 
musique « répétitive » : Terry Riley, La Monte Young, Steve Reich, Philip 
Glass.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- La 
musique du « Grand siècle baroque », selon moi 1650-1750 : Bach, Pergolèse, 
Haendel, et jusqu’à Mozart.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- La 
musique populaire celtique (j’y inclus certaines formes de country-music 
américaine).<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous avez 
fait partie du groupe État d'Urgence (plus tard rebaptisé Artefact) entre 1977 
et 1980.<span>&nbsp; </span>Un autre écrivain (qui est aussi devenu cinéaste) a 
également traversé ces années dans le même milieu. Je pense à F.J. Ossang, qui a 
marqué la scène post-punk avec son groupe MKB-Fraction Provisoire. Souvent 
associée au Rock Alternatif naissant, leur musique était pourtant très proche de 
vos centres d'intérêt de l'époque (même goûts pour la musique industrielle à la 
Throbbing Gristle et la littérature anglo-saxonne des 
Ballard/Burrough).</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">J'ai connu 
MKB-Fraction Provisoire au tournant de la décennie 70/80, après le split 
d'Artefact en tout cas. Je me souviens les avoir vu sur scène, mais avec 
d'autres groupes, un festival peut-être, je ne me souviens plus des 
circonstances exactes. J'avais noté la proximité de certaines influences, mais 
musicalement je m'éloignais déjà de cette scène post-punk alternative, je 
n'écoutais plus que de la cold wave, et les prototypes electro-indus. J'ignorais 
qu'Ossang faisait partie de ce groupe.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Dès 1983/84 
j’ai commencé à abandonner le navire de la scène rock française. Fin 1985, je 
travaillais déjà pour le Capital-Simulacre.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- En 
parlant de scène post-punk française dans American Black Box, vous dites &quot;<em>Au 
début des années 80, on pressent que bientôt nous aurons le choix entre les 
Béruriers Noirs et Indochine</em>&quot;. Votre génération n'aura donc jamais pu 
concrétiser le projet que chérissait Yves Adrien d'inventer le &quot;Rock Nucléaire 
des années 80&quot;, mission qu'ont en revanche très bien remplis les anglais (PIL, 
Throbbing Gristle), les Allemands (Einstürzende Neubauten) et les Américains 
(Suicide). Qu'est-ce qui selon vous a foiré en France ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Comme 
d’habitude. Les Français.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Le rock 
en France : Les américains ont inventés le rock'n'roll, nous avons eu les yé-yé. 
Le monde anglo-saxon a donné naissance au Punk, nous avons eu Plastic Bertrand. 
Les anglais et les américains ont fait naitre le post-punk et le hardcore, nous 
avons eu le rock alternatif. Au milieu de ce cimetière de mouvements morts-nés 
sur notre sol, de quels groupes &quot;hors normes&quot;, ou &quot;hors-genres&quot; pouvons-nous 
tout de même être fiers ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Métal 
Urbain, sans doute, pour commencer. Inventeurs avant tout le monde (76-77) de 
l’électropunk.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Kas 
Product, qui furent d’une certaine manière leurs successeurs au début des années 
80.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Des groupes 
comme The Dogs. Electric Callas. Marquis de Sade. Je pense aussi à toute une 
micro-scène proto-electro qui tournait à Poissy sous le nom d’Usinor-Dunkerque, 
puis des Officiels, puis Century Boys, dont est sorti quelqu’un comme Claude 
Arto (Mathématiques Modernes), ou « Pat » et « Robert » qui donnèrent leurs noms 
à l’album des Rita Mitsouko. Que je peux sans problème ajouter à cette liste non 
exhaustive. Tout comme Alain Bashung, qui reste une singularité, comparable à 
Gainsbourg. Je n’ai pas très bien suivi ce qu’il a fait par la suite, un peu 
quand même, mais ce que produisit Daniel Darc avec Mirwais au cours des années 
80 était franchement salvateur. Pour terminer, il existe un groupe qui est 
obscurci par la « renommée » - toute relative - d’Artefact. Je veux parler d’un 
projet que le groupe a conduit avec le chanteur Gregory Davidow, sous le nom de 
Spions Inc puis « The Party », avec la participation de Claude Arto, et qui se 
situe selon moi un cran au-dessus de ce qu’Artefact avait produit de son côté à 
la même époque.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Le DVD de 
La Brune et Moi sort en ce début d'année. Votre groupe Artefact y fait une 
apparition. Vous rappelez-vous du tournage de ce film, et de quelle manière vous 
y avez été impliqués ? Quels souvenirs gardez-vous de cette période 
effervescente ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Pas 
toujours si <em>effervescente</em>. C’est précisément ce que ce genre de films 
avait tendance, immédiatement, à oublier. Il y avait aussi beaucoup 
d’<em>ennui</em>, ce qui n’était pas pour déplaire à certains d’entre nous, plus 
sensibles au spleen solitaire qu’aux diverses formes d’enthousiasmes 
collectifs.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Dans 
American Black Box vous évoquez à de nombreuses reprises Yves Adrien. Pourquoi à 
votre avis la scène Rock en France a donné aussi peu d'authentiques écrivains, 
juste des écrivaillons de la veine de Virginie Despentes ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Pour les 
mêmes raisons que soulève votre question concernant la non-survie du rock 
français comme entité singulière à partir du milieu des années 80. L’esthétique 
de dandys atomiques des fulgurances initiales a été transformée en une panoplie 
«&nbsp;destroy&nbsp;» anarcho-misérabiliste qui ne pouvait conduire qu’à la bennes à 
ordures, en effet.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Que 
pensez-vous de la presse qui traite du Rock aujourd'hui ? Suivez-vous toujours 
de près ou de loin la presse spécialisée ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Il n’y a 
rien à en PENSER. Je ne «suis&nbsp;» ni de près, ni de loin, une «&nbsp;presse rock&nbsp;» qui 
ne traite de la littérature que dans une rubrique à part.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Qu'en 
est-il du projet Aircrash Cult, groupe dont vous êtes parolier, dans lequel on 
découvre David Kersan (son agent littéraire, ndr) au chant, le musicien français 
Lionel Pezzano, et produit par David Coquart, Black Box United.<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">On a pu 
voir quelques vidéoclips/démo sur le net, un album est-il en cours 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Un album 
est en cours de mixage. Le second est déjà prêt à être enregistré.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- &quot;<em>La 
beauté c'est ce qui en ce monde n'est pas de ce monde</em>&quot; (American Black 
Box). Dans vos romans, seuls les femmes, les paysages et les phénomènes naturels 
(les aurores boréales, pour ne citer qu'elles) sont les agents de cette grâce. 
Si cette beauté que vous évoquez fréquemment dans vos livres s'est incarnée au 
cours du XXème siècle dans un disque de votre collection, lequel serait-il 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Non. Je 
suis prêt à éradiquer toute une ville pour sauver l’intégralité de ma 
bibliothèque. Je peux faire quelques concessions pour mes disques. Mais pour ne 
m’en faire conserver qu’un seul, je vous conseille l’usage d’armements non 
conventionnels.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Que vous 
inspire en tant que catholique les pétitions que certains groupes religieux font 
circuler contre certains festivals de rock ou de métal, considérés comme 
&quot;sataniques&quot; ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Ils 
feraient mieux de s’occuper des vrais agents de la régression 
satanique/matérialiste, dont certains oeuvrent désormais au sein même de 
l’Église.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">J’ajoute 
que la mouvance «&nbsp;dark metal/sataniste&nbsp;» me désintéresse au plus haut 
point.<span>&nbsp; </span><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="center" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><strong>____ 2 ____</strong><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Dans vos 
fictions comme dans vos trois TdO, la musique tient toujours une place très 
importante. On a même l'impression à vous lire que chaque livre possède sa 
propre playlist. Certains titres jouent même un rôle très importants dans la 
narration en elle-même. Quel rôle dynamique joue le rock sur l'écriture en 
elle-même ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Le rock 
s’inscrit naturellement dans l’ensemble des autres influences musicales, je peux 
sans problème passer de Ligeti à Renegade Soundwave, de Stravinsky à Bob Dylan, 
puis de Suicide à Pergolèse. Les «&nbsp;play-lists&nbsp;» sont facultatives, et 
provisoires, sans compter qu’elles évoluent avec le temps, il m’arrive d’écrire 
dans le plus total silence, voire avec CNN dans le fond, comme c’est le cas à 
présent.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous 
souvenez-vous précisément quelle a été votre playlist lors de l'écriture de 
Metacortex ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Oui, je 
l’ai fournie à l’Association des Lecteurs. Une trentaine de titres, mais en 
prenant en compte son évolution dans le temps (ndr : en gros on y trouve entre 
autre Archive, Blue Öyster Cult, Brian Eno &amp; Boards of Canada, Depeche Mode, 
Suicide, T-Rex, Youth Engine Records, The Who, The The, Hooverphonic, John 
Carpenter, Gary Numan, Front Line Assembly, Foo Fighters, Sisters Of Mercy)<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- 
Écoutez-vous systématiquement de la musique quand vous écrivez ? Si oui, comment 
gérez-vous votre playlist par rapport aux différents stades d'écriture du livre 
? L'écriture d'un livre comme Metacortex a dû se dérouler sur plus d'un an, dans 
ces conditions j'imagine qu'une playlist-type doit considérablement bouger 
durant cette période.<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Concernant 
la première question, je vous réponds un peu plus haut.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Un noyau de 
base reste en place, généralement, puis la playlist se développe avec 
l’écriture, et enfin une sélection s’opère d’elle-même, je termine généralement 
avec un noyau dur à la fin, qui peut être le même que celui du départ ou tout 
autre chose. Il n’y a aucune règle pré-établie.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Dans une 
interview réalisée six mois avant la sortie de Metacortex, vous aviez parlé de 
l'influence qu'avait pu avoir l'album &quot;Tyranny and Mutation&quot; de Blue Öyster Cult 
sur l'écriture du roman. Pourtant à la lecture du livre, on ne retrouve aucune 
référence directe à ce disque. L'influence de ce disque a donc du travailler 
dans l'ombre. Pourriez-vous nous expliquer de quelle manière ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Rapport 
Politique/Culture, Rouge/Noir, Méthédrine/Quaalude, Science/Fiction, 
Cube-Monde/Métacortex. J’ai bien expliqué ? (rires)<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Le livre 
s'ouvre sur une citation tirée d'une chanson de Dead Or Alive (non&nbsp;: ABC), puis 
sur une autre de Joseph de Maistre. Dans American Black Box, vous dites &quot;<em>Il 
n'y a aujourd'hui rien de plus conservateur qu'un groupe de Rock-music</em>&quot;. Le 
rock est-il pour vous une forme de réaction contre le monde moderne, comme 
Maistre a pu être lui-même une réaction aux idéologies progressistes du XVIIIème 
siècle ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Cette 
confusion est de ma faute. Je n’utilisais pas le terme «&nbsp;conservateur&nbsp;» dans le 
sens où vous l’avez compris, son sens original, «&nbsp;contre-révolutionnaire&nbsp;», j’ai 
usé du sens qu’il a pris aujourd’hui, à savoir que des groupes comme Metallica 
(qui est celui que je prenais en exemple, je crois) se contentent de répéter les 
sempiternels mêmes riffs «&nbsp;métal&nbsp;», avec les postures-clichés qui vont de pair, 
et les textes niveau secondaire qui les «&nbsp;accompagnent&nbsp;».<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- On a 
tendance, encore aujourd'hui, à considérer le rock comme une musique subversive, 
pourtant cela fait bien longtemps qu'elle a totalement été avalée par 
l'économie-monde. Sous quelle forme pensez-vous que le rock va subsister durant 
le siècle qui vient de débuter ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Je me fiche 
complètement qu’une musique soit «&nbsp;subversive&nbsp;» ou pas. Bach «&nbsp;subversif&nbsp;» ! 
<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Il n’y a 
que les trotskystes pour croire ce genre de balivernes. Le rock subsistera à 
tout, il a survécu à plusieurs explosions atomiques. Il pourrait même survivre à 
ce monde. Et à son «&nbsp;économie&nbsp;».<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Par 
extension, dans un monde où &quot;jouer le subversif&quot; est un moyen de prendre du 
galon dans la sphère médiatique, les conservateurs sont-ils les derniers à être 
capable de créer un authentique scandale ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Je vous 
l’ai dit, le mot «&nbsp;conservateur&nbsp;» n’est plus adéquat, car qu’avons-nous à 
conserver de ce monde merdique, l’autre ayant disparu depuis plus de deux 
siècles ? Je ne me considère même pas comme un «&nbsp;réactionnaire&nbsp;», réagir ne 
suffit pas, même si cela prouve qu’on est encore vivant. Je crois au principe 
d’affirmation nietzschéen. C’est la raison pour laquelle je me définis comme un 
Catholique-Futuriste.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="center" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><strong>_____ 3 _____</strong><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Du 
personnage de Alice dans La Sirène Rouge (qui a l'age de douze ans a déjà 
dévorée des tonnes de livres de toutes sortes) jusqu'à vos bikers qui lisent 
Joseph de Maistre dans Metacortex, vos personnages sont depuis toujours des gens 
érudits. Leur rapport au monde semble systématiquement passer par le livre. Le 
vrai challenge serait-il pour vous de raconter une histoire du point de vue d'un 
homme ordinaire ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Un 
homme&nbsp;«&nbsp;ordinaire&nbsp;» n’a aucune histoire à me raconter, quelque soit son «&nbsp;point 
de vue&nbsp;». <o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Dans 
votre roman Villa Vortex, on fait exploser des usines en écoutant le &quot;Diamond 
Dogs&quot; de Bowie, dans American Black Box vous dites avoir aimé écouter 
&quot;Nightclubbing&quot; de Iggy Pop en pleine guerre des Balkans. Metacortex, lui, se 
déploie entre deux époques qui circonscrivent plus ou moins la naissance du Rock 
et la fin supposée du monde telle que nous l'avons connus. Pourquoi le rock 
est-il chez vous toujours associé à la guerre ou à la 
destruction?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Ce n’est 
pas «&nbsp;chez moi&nbsp;». Le rock est la bande sonore de la seconde moitié du XXe 
siècle, cela devrait répondre à votre question. Le véritable lieu de naissance 
de cette musique n’est sans doute pas Memphis, Tennessee, mais Los Alamos, 
Nouveau-Mexique.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous 
dites souvent que chacun de vos livres est écris contre le précédent. J'ai 
cependant l'impression que depuis Villa Vortex (depuis votre conversion au 
christianisme, en fait), chaque nouveau volume de votre œuvre est un 
approfondissement de vos préocuppations et une amélioration perpétuelle de la 
forme. Les questions théoriques me semblent à chaque fois mieux fondues dans la 
matière narrative, à tel point que Metacortex est de loin votre roman le plus 
fluide. Est-ce que c'est genre de chose à laquelle vous travaillez, ou bien 
est-ce que vous laissez l'expérience faire son œuvre ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Vous avez 
répondu à la question. L’expérience narrative est précisément celle qui me 
permet de continuer d’affirmer que chaque livre naît de la <em>destruction 
créative</em> du précédent. Le Christianisme est basé sur le principe du dogme 
évolutif et comme le dit Nicolà Gomez d’Avilà, il naît d’une tension toujours 
entretenue entre hérésie et orthodoxie.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">La 
nécessité d’entrelacer au plus profond du matériau littéraire les questions 
théoriques et les diverses formes de narration comme des «&nbsp;échos&nbsp;» les unes des 
autres est une conséquence directe de cette expérience.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Cosmos 
Inc et Grande Jonction nous mettaient en garde contre l'avènement d'un monde 
&quot;mégamachinique&quot; où les hommes seraient devenus les rouages isolés d'une 
gigantesque machine qu'ils ne parviendraient plus à se représenter dans son 
ensemble. Dans Metacortex, on est paradoxalement dans un monde où la condition 
sine qua-non pour survivre est justement de devenir machine (machine à tuer, 
machine à traquer, machine à décoder les secrets du monde). Metacortex nous dit 
donc en substance que la machine n'est pas un danger en soi, mais que c'est le 
manque d'Être face à la machine, notre incapacité a inventer une authentique 
relation metaphysique homme/machine qui pourrait nous perdre. J'ai bon, m'sieur 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Tout bon, 
jeune homme. Vous êtes donc recalé pour un poste aux 
<em>Inrockuptibles</em>&nbsp;.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Dans vos 
romans, survient toujours ce moment où la rencontre d'un imprévu scientifique 
avec une singularité humaine amène une évolution radicale de l'espèce, ou signe 
l'avènement du post-humain, ou d'un humain hybride (capable, par exemple, de 
parler le langage des machines, où de décrypter l'invisible). La technique 
semble être le seul vecteur qui puisse permettre à l'homme d'accéder au salut. 
L'homme ne peux t-il se sauver seul ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Entièrement 
d’accord avec votre première analyse. Pour la suite&nbsp;: non, non. Relisez votre 
question précédente. La Technique ne risque pas de «&nbsp;sauver&nbsp;» l’Homme, si 
quelque chose le peut. La Technique comme «&nbsp;pensée autonome&nbsp;» comme «&nbsp;agent 
intelligent&nbsp;» à la manière d’Averroes, est née de la séparation absolue établie 
entre Science et Révélation. Depuis les Racines du Mal j’envisage la question 
sous cette forme.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Quant à 
savoir si l’Homme peut se sauver <em>seul</em>, cela consiste d’abord à 
présupposer qu’il puisse SE sauver. Si c’était le cas, pourquoi ne l’a-t-il pas 
déjà fait ?<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">En fait 
l’homme <em>est</em> sauvé, mais il ne le sait pas, ou refuse de le croire, ou 
ne veut pas l’être.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">C’est la 
raison pour laquelle la Chute ne s’arrête pas.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Ce saut 
quantique dans l'évolution de vos personnages de fiction représente t-il à votre 
échelle d'écrivain la découverte de certains livres décisifs 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Livres ou 
événements «&nbsp;vécus&nbsp;», car c’est la même chose. En fait, bien souvent, ce sont 
mes personnages qui me guident vers certains ouvrages.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- En 
parcourant ce qu'on raconte de vous dans la presse et sur la toile, je vois 
parfois votre nom associé aux mots &quot;islamophobie&quot;, &quot;réactionnaire&quot; et autres 
noms d'oiseaux. Pourtant quand j'ouvre vos livres, me viennent tout de suite à 
l'esprit les mots &quot;Lumière&quot;, &quot;Espérance&quot;, &quot;Beauté&quot;, &quot;Poésie du territoire&quot;. 
Qu'est-ce qui produit selon vous un tel écart ?<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">S’occuper 
de politique c’est inévitablement entrer dans les ténèbres humaines. Je ne suis 
pas «&nbsp;islamophobe&nbsp;», étymologiquement cela signifierait que j’aurais <em>peur 
</em>de l’islam, ce qui est une bonne blague. Je considère l’islam comme un 
totalitarisme religieux régressif à la base, je constate que depuis 14 siècles, 
malgré leur prétendue maîtrise d’Aristote et des chiffres qu’elles ont 
soi-disant inventé, les différentes sociétés islamiques n’ont pas su produire 
une seule théorie scientifique d’importance, aucune technologie nouvelle, 
rien.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Il ne faut 
d’ailleurs jamais dire que les émirs de la Péninsule Arabique sont devenus 
riches grâce à <em>leur</em> pétrole. Ils sont devenus riches grâce à 
<em>notre</em> moteur à explosion.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- 
Metacortex est probablement le roman dans lequel on trouve le plus grand nombre 
de morts. Paradoxalement, il est aussi celui qui laisse percer le plus d'espoir. 
J'ai un peu la même sensation à la lecture de vos textes dits &quot;polémiques&quot; 
(publiés dans les Théâtre des Opérations, dans Égards ou dans Ring), comme si la 
colère avait laissé place à une grande sérénité, une grande quiétude face aux 
catastrophes à venir. Qu'est-ce qui a changé en vous en l'espace d'une petite 
décénnie ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">La Paix est 
un moment de la Guerre.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- La notion 
de sacrifice est omniprésente dans Metacortex. Vous citez Joseph de Maistre, qui 
a énormément écris sur le sujet, mais on devine aussi en sous-texte une lecture 
très studieuse de René Girard. Cette notion de sacrifice, j'imagine qu'on la 
retrouve jusque dans l'acte même d'écrire. Metacortex vous a probablement pris 
un an / un an et demi de votre vie, que sacrifie t-on en tant qu'écrivain pour 
accoucher d'un tel livre ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Plusieurs 
bons millions de neurones pour commencer. Un sacrifice qui ne comporte pas un 
don <em>physique</em> du corps n’est… qu’une vue de l’esprit, justement.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous avez 
toujours revendiqué ne pas réellement être l'auteur de vos romans. Vous dites 
toujours que le &quot;Je&quot; n'existe pas, que l'écrivain est multiple, que ce sont les 
histoires qui cherchent à exister à travers vous, que ce sont les voix des morts 
qui s'expriment à travers votre plume, que l'écrivain n'est rien de plus que le 
vecteur de forces qui le dépassent. Dans Metacortex, la relation 
machinique/métaphysique qui va connecter Verlande avec l'invisible, lui ouvrir 
les secrets qui recouvre le monde, est t-elle une façon absolue de parler de la 
relation qui vous lie avec ces mondes qui ne demandent qu'à naître ? Metacortex 
n'est-il pas au fond une allégorie de votre condition d'écrivain 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Oui, bien 
sûr, mais tout écrivain, me semble-t-il, est confronté à cette problématique. À 
lui d’oser l’affronter, ou pas.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Comme tous 
mes romans depuis les origines, Métacortex n’échappe pas à la régle. Je 
circonscris de plus en plus la «&nbsp;chose&nbsp;», c’est tout. </span><em><span lang="EN-US" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Network-Centric Schizo-narration.<o:p /></span></em></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="EN-US" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous ne 
cachez jamais dans vos romans les livres qui vous ont aidés à les concevoir. Au 
contraire, les livres des autres interviennent toujours en tant que processus 
dynamique, à tel point qu'on peux entrevoir au fil des années la transformation 
de votre pensée rien qu'en parcourant cette &quot;bibliothèque virtuelle&quot;. Vous jouez 
le jeu d'une transparence totale, là où la plupart des écrivains restent plutôt 
discrêt concernant les livres qui les 
influencent/transforment.</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Les livres 
sont des formes de vie. <o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Si beaucoup 
d’écrivains restent «&nbsp;discrets&nbsp;» au sujet de leur influence réelle sur leur 
propre production c’est parce que cette conception leur est étrangère et que par 
conséquent la «&nbsp;transformation&nbsp;» - à laquelle ils font d’ailleurs souvent 
référence – reste de l’ordre «&nbsp;intellectuel&nbsp;».<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Or un livre 
est une expérience <em>physique. Neurophysique</em>. <o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Quelle 
leçons avez-vous tiré des faiblesses de Villa Vortex (premier tome de la 
trilogie Liber Mundi) avant d'attaquer la conception de ce deuxième tome 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Que ses 
faiblesses étaient sans doute des forces mal exploitées. J’ai donc attendu 
plusieurs années avant de laisser place à ce second volume de Liber Mundi, je ne 
devais plus pêcher par précipitation, je devais donner le temps à Métacortex de 
réunir toute la masse critique avant de le laisser détoner.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Depuis 
Villa Vortex (depuis votre conversion au christianisme, en fait), vous me 
semblez produire une authentique littérature de l'invisible, la foi, les anges, 
le chaos, l'amour, l'entropie. L'essentiel dans la vie terrestre semble être à 
vos yeux tout ce qui est invisible à l'œil nu. Parmi tous vos livres écrits 
depuis 2003, Metacortex me semble être le premier a livrer un mode d'emploi, le 
premier à offrir une arme de guerre littéraire pour décoder le 
réel.</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Vous me 
permettrez de prendre cela comme un compliment. Tous mes livres convergent vers 
ce but «&nbsp;viral&nbsp;», mais il est vrai que pour la première fois, avec ce roman, 
j’ai eu l’impression de toucher pleinement la cible, et pas très loin du centre. 
<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- La 
chanson &quot;Massacre à l'électrode&quot; que vous chantiez avec votre groupe Artefact à 
la fin des années 70 commençait sur ces mots : &quot;<em>Fillette qui pleure dans la 
souffrance</em>&quot;.<o:p /></span></strong></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Pourchassées dans La Sirène Rouge, assassinées dans Les Racines du 
Mal/Artefact/Metacortex, torturées et transformées en automate dans Villa 
Vortex, la fillette suppliciée est une image récurrente dans l'imaginaire 
Dantecquien depuis plus de 30 ans. D'où vous vient cette obsession 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Mon côté 
sentimental, je présume.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Plus 
sérieusement, je ne sais pas, et peu importe. Elles, elles le savent, c’est 
amplement suffisant.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- De la 
même manière, le symbole de la bibliothèque est un élément central, aussi bien 
dans votre vie que dans vos romans. Je ne ferais pas l'affront de vous demander 
pourquoi cette récurrence, j'aurais plutôt tendance à me demander pourquoi cet 
élément est si peu cet élément dans la littérature des 
autres.</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Parce 
qu’ils font de la «&nbsp;littérature&nbsp;» avec leur moi.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">En ce qui 
me concerne, ma littérature a pour objectif la destruction de ce qu’il en 
reste.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Que 
trouves t-on comme acquisitions récentes dans votre bibliothèque 
?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">De la 
Patristique essentiellement. <o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><em><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">La 
Route</span></em><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"> de Mc Carthy. Les dernières productions de JG Ballard. Novalis 
(<em>Le Brouillon Général</em>).<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Le dernier 
catalogue Sig-Sauer.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous 
associez également le rock au Christianisme. Dans American Black Box vous dites 
&quot;<em>j'ai trop aimé le rock'n'roll pour autre chose que catholique</em>&quot;. Plus 
loin, vous récidivez en disant &quot;<em>sans la Très Sainte Électricité de quelques 
dandies du XXème siècle finissant, jamais sans doute je n'aurais pu adhérer à la 
religion catholique</em>&quot;. L'Électricité, la Lumière, le Verbe, la Beauté, 
pourquoi ai-je l'impression que dans votre littérature tout a l'air de provenir 
de la même source ?</span></strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">Parce que 
c’est le cas. Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou 
non.<o:p /></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;"><o:p>&nbsp;</o:p></span></p>

<p align="justify" class="MsoNormal"><strong><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; color: black; font-size: 10pt;">- Vous 
venez récemment de changer d'éditeur et venez de rejoindre James Ellroy, Dennis 
Lehanne, mais aussi Giorgio Agamben et Günther Anders chez Rivages. Quel 
influence va avoir sur votre écriture un tel changement d'éditeur, connu pour le 
prestige de sa ligne éditoriale, aussi bien dans le roman noir que dans 
l'édition d'essais ?</span></strong></p>
<p><link rel="File-List" href="file:///C:UsersDavidAppDataLocalTempmsohtml1%uFFFD1clip_filelist.xml" /><o:smarttagtype name="PersonName" namespaceuri="urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags">
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<p class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; font-size: 10pt;">&nbsp;</span><o:p /></p>
<p class="MsoNormal"><span lang="FR-CA" style="font-family: Arial; font-size: 10pt;">Vous avez cité les quatre pôles – je remplacerais peut-être Lehane 
par J. Lee Burke – par lesquels ma littérature prend forme. Les auteurs de 
<st1:personname w:st="on" productid="la Technique-Monde">la 
Technique-Monde</st1:personname> devenue omnipotente (avec certains écrivains de 
SF), et les théoriciens critiques de cet arraisonnement.</span><br /></p>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-quotidien-bresilien">
    <title>Interview quotidien Brésilien</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-quotidien-bresilien</link>
    <dc:date>2010-02-05T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator></dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h1>&nbsp;A l'occasion de la <a href="http://www.editorasulina.com.br/noticias_det_2.php?id=439">traduction des Racines du Mal au Brésil</a>, 25ème traduction mondiale du best-seller de Maurice G. Dantec, l'auteur répond aux question d'un grand quotidien Brésilien.</h1><h1>-------------------------------------------------</h1><h1><img height="450" align="left" width="300" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/kii.jpg" style="margin: 10px;" />par Juremir Machado da Silva</h1><div align="justify"><p><strong>1) Vous et Michel Houellebecq ont sécoué la littéraratura française aux années 1990. Houellebecq est parti en Irlande et après en Espagne. Vous êtes parti au Canada. Vous vous considérez un écrivain &quot;maudit&quot; comme um Rimbaud, un écrivain qui dérange et doit vivre isolé? Porquoi le Canada sera plus vivable que la France?</strong><br /><br />Non. Je ne me considère absolument pas comme «&nbsp;maudit. » Je crois plutôt être un privilégié. J’ai quitté la France parce que ce pays ne m’intéressait plus, qu’il se dirigeait droit dans le mur, et que je savais que mon destin se trouvait ailleurs. Je ne me suis jamais senti complètement Français, au demeurant, les origines celtiques maternelles probablement, ainsi que l’influence majeure de la Russie et des USA, très tôt dans mon enfance. Ce n’est pas parce que l’on vit au Canada que l’on est «&nbsp;isolé&nbsp;», même si par la configuration géographique du pays c’est un choix aisé. Pourquoi le Canada est-il plus vivable que la France ? Vivez un mois à Paris, puis un mois à Montréal, vous comprendrez.<br /><br /><strong>2) Vos livres se vendent comme des petits pains et ils sont adaptés au cinéma. Vous êtes célebre et au même temps une sorte d'écrivain marginal. &quot;Racine du mal&quot; dessine un sombre tableau du monde contemporain. Vous vous prenez comme un écrivain &quot;engagé' que doit dénoncer les misères du monde par la fiction ou vous voulez juste raconter des histoires?</strong><br /><br />Des petits pains ! Comme vous y allez ! Je ne suis ni Marc Lévy, ni Michel Houellebecq, ni Frédéric Beigbeder, ni Bernard Werber. Je vends plutôt comme une bonne&nbsp; vieille manufacture d’armes. Mes modèles les plus anciens continuent de se commercialiser de par le monde, à un rythme raisonnable, les nouveaux ne sont pas des «&nbsp;best-sellers&nbsp;» immédiats mais s’inscrivent dans la poursuite de ce mouvement à long terme.<br />Deux de mes romans ont été adaptés, certes, mais vu ce que le cinéma français en fait, je préférerais autant qu’il s’abstienne. Je suis «&nbsp;célèbre&nbsp;», si vous voulez.&nbsp; Disons que je suis connu d’un certain nombre de personnes, dont mes lecteurs. Et mes ennemis.<br />Marginal ? Étiquette aujourd’hui revendiquée par tout le monde, la marge est devenue le centre. Qui n’est pas un rebelle, un «&nbsp;radical&nbsp;», qui ne porte pas de t-shirt Che Guevara ou Free Tibet, tout en restant à lire son journal «&nbsp;alternatif&nbsp;» dans son salon Ikéa ?<br />Je ne crois pas en la posture de l’écrivain «&nbsp;engagé&nbsp;», je ne suis ni Simone Sartre ni Jean-Paul de Beauvoir. Les «&nbsp;misères&nbsp;» du monde ne m’intéressent que fort peu en elles-mêmes. Et encore moins les prétendues «&nbsp;solutions&nbsp;» qu’on nous propose pour les faire disparaître. La guerre, la violence, la haine, le crime, etc, sont des constantes de l’humanité, depuis la Chute. Elles forment l’arrière-plan «&nbsp;naturel&nbsp;» de tous mes récits.<br /><br /><strong>3) Vous vous présenter comme um écrivain français d'âme américaine. En quoi la littérature française vous déplaise?</strong><br /><br />J’ai dis que j’étais «&nbsp;un écrivain nord-américain de langue française&nbsp;», mais votre propre redéfinition ne me déplaît pas. Cela n’a rien à voir avec la littérature française, par ailleurs, que j’admire jusqu’à une certaine époque, c’est à dire durant le temps de son existence. Une littérature ne renaît pas par magie des décombres. Une&nbsp; littérature ne peut pas émerger d’un pays qui a effacé sa propre histoire.<br /><br /><strong>4) Vous êtes un écrivain polémique parfois associé à la droite, voire l'extrême-droite. Dans &quot;Les racines du mal&quot;, pourtant, on sent pas une posture idéologique affirmée. Vous séparez vos idées de votre fiction?</strong><br /><br />En France, si vous défendez le peuple juif vous êtes un nazi , si vous défendez la singularité de la civilisation européenne vous êtes un suprématiste, si vous défendez le christianisme vous êtes un&nbsp; fasciste, si vous défendez l’Amérique vous êtes un impérialiste.<br />En revanche, vous avez parfaitement le droit, et mieux la «&nbsp;légitimité&nbsp;», d’être antisémite, pro-islamiste, communiste, trotskiste, anarchiste, écolomystique, et toutes ces merveilleuses idéologies qui vont nous faire un monde meilleur.<br />Je n’ai rien à séparer. La littérature, c’est la seule politika digne de ce nom.<br /><br /><strong>5) Vous être un grand lécteur de Gilles Deleuze et ça se sent dans vos livres, particulièrement dans &quot;Racines du mal&quot;. Dans ce sens-là vous n'êtes pas un écrivain bien français?</strong><br /><br />Gilles Deleuze est un philosophe. C’est sa seule «&nbsp;nationalité&nbsp;» (natio, «&nbsp;famille&nbsp;» en latin)&nbsp;: la pensée.<br /><br /><strong>6) Fréquemment on dit que la littérature française est morte ou qu'elle est ennuyeuse à faire pleurer. &quot;Racines du mal&quot; pourtant est extraordinaire et bourrée d'action comme dans tout bon polar (et c'est un polar différent). Est-ce que la vraie littérature capable de faire penser, de distraire et d'attirer l'attention des gens est devenue la &quot;noire&quot;?</strong><br /><br />Non. La mienne.<br /><strong><br />7) On dit que vous êtes pour la peine de mort, contre l'islam radical et pour les États-Unis dans l'Irak. Cela fait de vous un réactionnaire ou un démocrate?</strong><br /><br />Je soutiens la peine de mort pour les tueurs en série, les tueurs d’enfants, les assassins de masse (comme les gangsters mexicains de Ciudad Juarez), les terroristes, les génocidaires, les criminels de guerre et les criminels contre l’Humanité. <br />Je suis bien clair ?<br />Il n’y a pas d’Islam «&nbsp;radical&nbsp;». Il y a l’Islam, point. (Re)-lisez le Coran, tout y est dit en toutes lettres.<br />L’Islam est à la fois le néo-totalitarisme synthétique du 21e siècle et l’origine archéo-historique de tous les totalitarismes.<br />Selon moi, la démocratie c’est la dictature des masses. La «&nbsp;réaction&nbsp;» n’est par définition qu’un mouvement «&nbsp;réactif&nbsp;», or même les morts peuvent avoir de tels réflexes. <br />Je suis un catholique-futuriste.<br /><br /><strong>8) Est-ce que vous connaissez des écrivains brésiliens? Est-ce que le Brésil existe dans votre imaginaire?</strong><br /><br />Je connais mal la littérature brésilienne, dans l’univers sud-américain je connais mieux les écrivains Argentins, Chiliens, ou Mexicains, mais paradoxalement, c’est parce qu’il est une «&nbsp;terra incognita&nbsp;» littéraire qu’il continue de focaliser mon imaginaire, grâce à des films surtout, comme Aguirre, Ô Cangaceiros, voire certaines bandes-dessinées de mon enfance.<br /><br /><strong>9) On dit que les gens lisent de moins en moins. Mais vous écrivez des pavés et ils se vendent très bien. Vous pensez qu'il y un mythe autour d'une crise de la littérature ou pour se faire lire il suffit d'être vraiment bon ?</strong><br /><br />La littérature est en crise par essence.<br />Pour être vraiment lu – ce qui est la seule chose qui importe - il faut braquer la banque&nbsp;: il faut commettre un hold-up dans le cerveau des lecteurs.<br /><br /><strong>10) Vous écrivez pour quoi? Besoin existentiel, pour l'argent, pour mener à bout un projet esthétique, pour tuer le temps?</strong><br /><br />Tout roman est une forme de vie qui vous demande de la mettre au monde.<br />Sinon il se pourrait bien qu’elle vous tue, elle.<br />C’est le plus implacable de tous les contrats<br />.Bien à vous –<br />MgD<br /></p></div>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/les-derniers-hommes-libres">
    <title>LES DERNIERS HOMMES LIBRES</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/les-derniers-hommes-libres</link>
    <dc:date>2009-12-04T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maurice G. Dantec</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<meta content="text/html; charset=utf-8" http-equiv="CONTENT-TYPE" /><title></title><meta content="OpenOffice.org 3.0  (Win32)" name="GENERATOR" /><style type="text/css">
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<p align="center">&nbsp;<img height="500" width="500" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/ol.jpg" /></p><p align="center" style="margin-bottom: 0cm;"><strong><font size="4">Les derniers
hommes libres</font></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p align="right" style="margin-bottom: 0cm;"><font size="2"><em>La nature
raisonnable a donc toujours </em></font><font size="2">le libre choix</font><font size="2"><em>,
</em></font>
</p>
<p align="right" style="margin-bottom: 0cm;"><font size="2"><em>puisqu’elle
a toujours le pouvoir de garder </em></font>
</p>
<p align="right" style="margin-bottom: 0cm;"><font size="2"><em>la droiture
de la volonté pour elle-même</em></font><font size="2">. </font>
</p>
<p align="right" style="margin-bottom: 0cm;"><font size="2">Saint Anselme
de Cantorbéry, </font><font size="2"><em>De Libertate Arbitrii</em></font><font size="2">
(10-11)</font></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em>Les États-Unis d’Europe comptent
26 Cantons</em></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il y a deux jours, un petit pays isolé
au centre de l’Europe occidentale, connu et moqué pour être un
vulgaire «&nbsp;coffre-fort&nbsp;», a démontré qu’il était une
<em>forteresse</em> du monde libre, une citadelle de la civilisation
chrétienne et européenne, un sanctuaire de nos souverainetés
historiques menacées par les agences humanitaires/néocommunistes de
la Gouvernance Globale, bref, tout ce que haïssent ou méprisent les
valets de la social-démocratie bruxelloise, comme tous les pitres
qui s’agitent avec leurs «&nbsp;alternatives&nbsp;néo-nationalistes&nbsp;».</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-left: 1cm; margin-right: 1cm; margin-bottom: 0cm;"><font size="2"><em>Pour
le Jamaat-ud-Dawa, aile publique présumée du groupe armé islamiste
pakistanais interdit Lashkar-e-Taïba (accusé par l'Inde d'avoir
perpétré les attentats de Bombay), &quot;cette nouvelle décision
viole les principes de compréhension mutuelle et de tolérance
religieuse&quot;.</em></font></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">On ne vantera jamais assez les talents
comiques, souvent mal reconnus, des abrutis islamistes. Mais rien
n’égale ceux de leurs esclaves nihilistes, égarés par troupeaux
entiers au sein de nos «&nbsp;démocraties&nbsp;».</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Car pour <em>Alain Bonnet de Soral</em>
et son comité «&nbsp;Égalisation-et-Réconcialité&nbsp;», le
diagnostic est très exactement le même. Ainsi que pour les
<em>Indigènes de la République</em>, les
«&nbsp;nationaux-révolutionnaires&nbsp;» dhimmisés, Daniel
Cohn-Bendit, Caroline Fourest, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélanchon,
le Parti Communiste, la droite carlabruniste, François Bayrou, Edgar
Morin, Bernard Kouchner, les Verts (dans tous les sens du terme), les
altermondialistes, les Francs-Maçons trotskistes, le «&nbsp;Nouveau
Centre&nbsp;», la «&nbsp;Nouvelle Droite&nbsp;» – autant dire la
Très-Vieille-Gauche –, bref pour l’ensemble du champ politique
français, à jamais circonscrit dans la mélasse laxative du
jacobinisme.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Pourtant, c’est désormais toute
l’Europe, la vraie, la seule, la nôtre, qui montre lumineusement
la direction. De la Hollande au Royaume-Uni, de l’Allemagne et de
l’Autriche aux pays slaves, du Danemark à l’Italie, et désormais
à la Suisse, la révolte des nations européennes prend l’allure
d’une authentique guerre ouverte contre les institutions mortifères
et liberticides du néo-communisme mondial et ses diverses
succursales régionales.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Mais la France fait-elle partie de
cette Europe ? En a-t-elle jamais fait partie ? Est-elle même prête
à songer la rejoindre dans sa lutte pour sa survie civilisationnelle
?</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Comme d’habitude, la République des
Droits de l’Homme saura fort bien se dresser contre le Devoir
d’être Libre, elle tentera d’abattre tous les autres peuples
européens s’il le faut, afin de préserver ses intérêts
financiers pétro-militaires arabiques, ses flux migratoires
islamisés, et son asservissement à l’UE et à l’ONU.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">La Suisse est donc le pays des derniers
hommes libres. À tous égards, leur conception de la démocratie est
bien plus proche de la notion d’un Nord-américain (d’origine
européenne, faut-il le rappeler ?) que de celle d’un descendant
des guillotineurs et des génocidaires de la République
franc-maçonne. Authentique fédération «&nbsp;trinationale&nbsp;»,
la souveraineté populaire n’y est pas un vain mot, les entités
territoriales y jouent un rôle décisif, analogue au Collège
Électoral américain, et tout citoyen y est un soldat. Sans parler
de sa liberté fiscale et de l’équivalent helvétique du second
amendement qui singularise à jamais cette nation de toutes celles
qui vivent sous la tutelle des agences de contrôle humanitaire de
l’Union Européenne.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Elle est le pays des derniers hommes
libres, on comprend mieux dès lors pourquoi cette nation d’esclaves
qu’est la République Française a réagi avec un tel <em>consensus</em>
à son initiative.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em>L’Hyperium des Nations Libres
contre la GoGlob</em></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Pendant que tous les tenanciers des
bordels idéologiques de la République braillent à qui mieux mieux
contre l’axe américano-sioniste, l’Histoire se fait, sous leurs
yeux de larves myopes, sous leurs nez <em>accommodés</em> à leur
propre pestilence, mais bien au-dessus de leurs anus féconds en
théories politiques pour vers solitaires. Aux États-Unis et à
Israël, il faut en effet ajouter les Cantons suisses qui ont voté
contre l’invasion, une demi-douzaine de pays européens où la
tension anti-islamique ne fait que s’intensifier chaque jour que
Dieu fait, l’Inde, berceau de notre civilisation, la nation
australienne, qui a déjà pris ses dispositions contre les adeptes
de la <em>sharia</em>, tout comme le Canada, sans parler du peuple
russe, qui ne s’en laisse pas conter et subit déjà les rétorsions
des hérétiques de la Mecque, ou des «&nbsp;hérétiques&nbsp;» de
ces derniers, en provenance de Téhéran.<br /><br /></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">La «&nbsp;France&nbsp;» de Dieudonné
montre ainsi son véritable visage&nbsp;: une unanimité de fond,
ontologique, définitive, et mortelle.</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cette nation de lopettes finira où
elle se doit, là où les vrais Européens l’enterreront, sans
fleurs ni couronnes, recouverte de ses propres cendres.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cette Europe-Monde surgira de la
destruction de ce qui se fait passer pour elle, ce simulacre onuzi
dénommé Commission de Bruxelles et dont Paris est le principal bras
séculier.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Elle recentrera le projet hégémonique
et civilisateur que nous avons propagé depuis trois millénaires
sans la moindre interruption, sinon celle des cinquante ou cent
dernières années, converties à la panoplie intégrale des
nihilismes, que la <em>GoGlob</em> se charge maintenant d’unifier à
l’usage de toute l’humanité.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Zentropa&nbsp;: l’Europe historique
enfin unie dans le respect de ses singularités et de <em>sa</em>
différence.<br />Westropa&nbsp;: l’axe trans-hémisphérique Amérique
du Nord/Extrême-Occident austral.<br /> Ostropa&nbsp;: la Grande Russie
orthodoxe, aux avant-postes depuis 10 siècles.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cette <em>Tri-Unité</em> de la
civilisation pan-européenne n’est rendue possible que par la
guerre de cent ans qui vient de commencer. Elle n’est rendue
possible que par la <em>disjonction</em> des &nbsp;civilisations (et
non leur «&nbsp;choc&nbsp;», avis aux bouffons qui me prennent pour
un thuriféraire de Huntington), j’oserais même dire qu’elle ne
peut s’actualiser que parce que cette guerre apporte la
démonstration qu’<em>il n’y a qu’une seule civilisation</em> à
l’œuvre aujourd’hui, contre les pathologies mentales devenues
«&nbsp;sociétés&nbsp;» ou «&nbsp;religions&nbsp;» et qui
forment désormais la majorité <em>démocratique</em> de l’Assemblée
Générale de la Gouvernance Globale.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cette civilisation est née de la
rencontre entre <em>trois</em> entités fondatrices&nbsp;: les nations
celtes, la culture gréco-romaine, les confédérations germaniques. 
</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Elle s’est ensuite divisée en <em>trois</em>
branches distinctes du Christianisme, ce qui n’est un «&nbsp;hasard&nbsp;»
que pour un républicain portant un nom à particule, mais c’est
précisément de cette disjonction trinitaire que le projet de
synthèse réunificatrice prend tout son sens. Cette guerre que les
pousseurs de désert croient nous imposer est inscrite depuis
longtemps dans le calendrier de l’Histoire.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il faut prier, vraiment, pour que les
Iraniens se dotent de leur bombinette atomique. Dès qu’ils la
posséderont, ils comprendront ce que signifie faire partie du «&nbsp;club
nucléaire&nbsp;» lorsque l’on dépend quasi-intégralement de
ressources extérieures pour y parvenir.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Du jour au lendemain, des milliers
d’ogives bien plus perfectionnées que les vôtres sont pointées
sur votre pays, chacune de ses cités, la moindre de ses villes.</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Et le temps que vous ayez à peu près
atteint le niveau requis, <em>la</em> civilisation que vous vouliez
menacer a déjà inventé <em>l’arme d’après</em>, celle qui
renvoie tout votre uranium enrichi au niveau de la poudre noire.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em>Delenda Est U.N.O.</em></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>
<p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Nul besoin d’un «&nbsp;burst&nbsp;»
solaire en 2012 pour venir détruire <em>the world as we know it</em>.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Nous allons fort bien nous en occuper
nous-mêmes. Il est temps.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il est temps, en effet, de refonder le
projet civilisateur qui a guidé l’humanité pendant 3000 ans, et
qui nous permet de concevoir la division irrémédiable qui est en
train de s’opérer comme la plus grande chance de <em>s’affranchir</em>,
au sens strict, de la dictature démocratique mondiale.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Désormais, la guerre pour la
restauration de l’Homme Libre, c’est-à-dire <em>historiquement
souverain</em>, va moins se livrer contre les adeptes de la Loi
Coranique que contre les collaborateurs, et ils sont myriades, de
cette entité post-nazie dénommée ONU.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Disons, pour être plus précis, que
les deux batailles n’en forment qu’une seule, dès lors que l’on
sait que la Conférence des Pays Islamiques et ses divers alliés
tiers-mondistes, socialistes, «&nbsp;bolivaristes&nbsp;» et
&nbsp;libéraux-démocrates, forment désormais un bloc majoritaire
au sein de la&nbsp;<em>GoGlob</em>. 
<br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">L’Hyperium des Nations Libres, cet
anneau de souverainetés solidaires, n’émergera donc, comme toutes
les civilisations fondatrices, qu’en tant que <em>résultante d’un
conflit nodal</em>, désormais planétaire, voire extra-orbital, et où
sa <em>Constitution</em>, organique comme écrite, ne pourra voir le
jour qu’en tant qu’Acte de Séparation absolu avec l’État
Supranational qui se met en place.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Le IV<sup>e</sup> Reich
écolo-eugéniste/multiculturaliste/socialo-islamisé qui forme
désormais l’Agence de Gestion du «&nbsp;Parc Humain&nbsp;» est
le pire complot jamais ourdi contre l’homme au cours de toute son
histoire, la plus ténébreuse obstruction à son devenir dont il ait
eu à forcer le passage, lui et l’ensemble des formes de vie de
cette planète. Les complices de ce totalitarisme démocratique sont
des blocs de pays, des partis politiques officiels, des commissions
des Droits de l’Homme, des juges, des dirigeants syndicaux, des
organisations humanitaires «&nbsp;non gouvernementales&nbsp;», des
institutions internationales, des&nbsp;«&nbsp;leaders d’opinion&nbsp;»,
des journalistes, des patrons de presse, des hommes d’affaires et
des lobbyistes professionnels, de petits fonctionnaires d’État, de
hauts administrateurs, des animateurs de télévision, des
«&nbsp;artistes&nbsp;», comme aux bons vieux temps de <em>toutes les
collaboration</em>s.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il est un outrage au Monde Créé. Il
est l’entité démiurgique usurpatrice de ces crétins de
gnostiques. Il est l’Ennemi.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il doit être détruit.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span lang="en-US"><em>By all means
necessary</em></span><span lang="en-US">. </span>
</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><br />
</p>

<p style="margin-bottom: 0cm;">Maurice G. Dantec, Montréal, le 1<sup>er</sup>
décembre de l’An de Grâce deux mil neuf -</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"> 
</p>

]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-etincelle-et-les-extincteurs">
    <title>NELLY ARCAN : L'ETINCELLE et LES EXTINCTEURS</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-etincelle-et-les-extincteurs</link>
    <dc:date>2009-10-12T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maurice G. Dantec</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr"><em>Du suicide de Nelly Arcan, et de ses causes 
probables dans le monde qui l'avait créée</em></span><span lang="fr-fr">.</span></font></font><font face="times new roman"><br /></font></p>
<p lang="fr-fr" class="western"><font face="times new roman" size="2"><img height="323" width="720" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/nellyarcan.jpg" /><br /></font></p>
<p lang="fr-fr" class="western"><font face="times new roman" size="2">Il existe deux 
manières de succomber au nihilisme. La première consiste à s'en faire l'esclave 
soumis et fier de l'être, adoptant d'instinct la posture du rebelle qui va de 
pair, et avalant avec délices toutes les couleuvres que la «&nbsp;post-modernité&nbsp;» 
lui présentera, pourvu que cela soit confectionné avec des ingrédients «&nbsp;verts&nbsp;» 
et «&nbsp;éthiquement présentables&nbsp;».</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">La seconde se termine plus tragiquement, elle résulte d'un combat 
perdu d'avance contre la fondation de toute forme de nihilisme&nbsp;:</span><span lang="fr-fr"><em> désirer rejoindre le néant</em></span><span lang="fr-fr">, pour 
s'affranchir de la Faucheuse qui a pris possession de la «&nbsp;vie&nbsp;», mais en se 
jetant sur sa lame.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Il faut bien comprendre l'aspect paradoxal de ce </span><span lang="fr-fr"><em>désir thanatique</em></span><span lang="fr-fr">, il ne s'agit pas 
en effet d'une quelconque «&nbsp;pulsion suicidaire&nbsp;» comme les magistrats 
psychanalytiques tentent de nous le faire accroire. Il s'agit bien plutôt d'une 
</span><span lang="fr-fr"><em>tension</em></span><span lang="fr-fr"> constamment 
exercée entre la spirale descendante d'un «&nbsp;dégoût de la vie&nbsp;» résultant tout 
autant d'expériences personnelles que de leur mise en relation avec l'univers 
social, et l'aspiration secrète, invisible, indicible, à une authentique 
illumination.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Nous allons voir comment cette aspiration s'avère au final la 
dernière boucle du piège que le </span><span lang="fr-fr"><em>relativisme 
intégral</em></span><span lang="fr-fr"> aura tissé dans les esprits, durant le 
temps, précisément, de la vie passée sur cette Terre par Nelly 
Arcan.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Le premier mensonge que la société québécoise post-modernisée est en 
train d'élaborer, c'est qu'elle n'est absolument pour rien dans cette «&nbsp;mort 
volontaire&nbsp;» (c'est en effet le mot juste), et surtout qu'il s'agit là de la 
«&nbsp;mort d'un être humain&nbsp;», entendez&nbsp;: </span><span lang="fr-fr"><em>comme tous les 
autres</em></span><span lang="fr-fr">. </span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Un «&nbsp;être humain&nbsp;» comme </span><span lang="fr-fr"><em>vouzémoâ</em></span><span lang="fr-fr">, avec ses pulsions 
maladives, ses problèmes personnels et professionnels, relationnels et intimes, 
bref, ce mensonge a pour but d'ôter toute singularité à ce qui fore le mystère 
du </span><span lang="fr-fr"><em>suicide d'un écrivain</em></span><span lang="fr-fr">. Car c'est en tant qu'</span><span lang="fr-fr"><em>écrivain</em></span><span lang="fr-fr"> que Nelly Arcan a été 
«&nbsp;suicidée&nbsp;»&nbsp;; comme le dit fort justement, et dans une perfection lapidaire, 
une certaine CalamitySandrine sur un blog québécois&nbsp;(1) </span><span lang="fr-fr">&nbsp;où j'ai vainement tenté de discuter, «&nbsp;on l'a tuée de sa propre 
main&nbsp;». Mais comment cette société, qui a produit les conditions suffisantes et 
nécessaires à l'émergence puis à la disparition d'un tel écrivain, aurait-elle 
le cran de se regarder bien en face, dans le miroir de ses constantes 
trahisons&nbsp;?</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Le blog en question est à ce titre tout à fait représentatif de cette 
tendance, j'oserais dire cette </span><span lang="fr-fr"><em>force d'attraction 
collective</em></span><span lang="fr-fr"> vers la pop-psychanalyse, l'humanisme 
new-age, l'égomanie consensuelle et le syncrétisme post-moderniste, on est ici 
pour verser quelques larmes, en précisant parfois que l'on n'a rien lu d'elle 
(quel intérêt, en effet, s'agissant d'un écrivain) et s'offusquer dès lors que 
l'on ose remettre en question le «&nbsp;modèle québécois&nbsp;», qui est précisément le 
seul et unique responsable de cette mise à mort dont il s'agit de supprimer 
toute la singularité en la mixant aussi vite que possible dans le «&nbsp;moule 
démocratique&nbsp;». Cet appendicule de la sphère internet aura forgé sans le savoir 
la nécessité d'écrire ce texte, tout autant qu'il aura servi de test «&nbsp;en temps 
réel&nbsp;» des formes diverses et variées qu'a prises le néo-conformisme 
démocratique. </span><span lang="fr-fr">Pour un blog se dénommant sans rire 
&quot;carnet résistant&quot;, c'était disons... cohérent avec 
l'époque.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Je me doute bien que le sort d'une </span><span lang="fr-fr"><em>écrivaine</em></span><span lang="fr-fr"> canadienne, comme il se 
dit ici, même québécoise et francophone, aura peu de chances de bouleverser les 
rédactions parisiennes, quoique, justement&nbsp;, le Québec post-moderne des années 
2000 se met à avoir la cote chez nos hommes politiques et intellectuels. Elle 
aura eut droit, n'ayez crainte, à sa rubrique nécrologique et commémorative dans 
quelque page culturelle d'un ou plusieurs de nos «&nbsp;grands quotidiens 
nationaux&nbsp;», à peine moins qu'ici-même.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Ce 
qui compte, en ce cas précis, c'est le nombre exact de poncifs bien-pensants et 
de critiques préformatées qui auront été pondus à la chaîne, par les sicaires de 
la presse ou les baronnets de la Blogosphère, pour occulter le fait que ce sont 
eux, qui formatent la structure de la parole au service du vide, qui sont les 
plus directement impliqués dans le meurtre, par victime interposée, de Nelly 
Arcan.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Autant dire dans son </span><span lang="fr-fr"><em>sacrifice</em></span><span lang="fr-fr">. </span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">C'est étrange, les meilleurs écrivains québécois finissent inévitablement 
par se donner la mort; Michel Tremblay les enterrera tous.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Hubert Aquin, dernier génie littéraire national, et nationaliste de la 
première heure, se suicide lors de l'accession du Parti Québecois au pouvoir en 
1976.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Nelly Arcan, une bonne génération plus tard, se donne la mort alors que 
le post-modernisme relativiste et multiculturaliste est à son sommet.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Ne 
cherchez pas, c'est le &quot;hasard&quot;.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Tout le monde s'entend - en tout cas - à vouloir effacer la 
singularité de ce &quot;suicide&quot;, qui n'est </span><span lang="fr-fr"><em>surtout</em></span><span lang="fr-fr"> pas lié à son existence 
d'écrivain. Cela demanderait à ce qu'on lise ses livres, pour commencer, effort 
semble-t-il hors de portée, les commémorations larmoyantes sont plus aisées, et 
permettent d'évacuer au plus vite l'essentiel.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Ce 
qui &quot;compte&quot; ce sont les &quot;conditions objectives&quot; de son suicide, c'est à dire ce 
qu'IL Y A DE COMMUN à TOUS LES ACTES SUICIDAIRES.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Chacun y va de son pathétique crédo, les précédentes &quot;tentatives&quot;, les 
immanquables «&nbsp;pulsions&nbsp;» de la circuiterie pop-psychanalytique, les 
«&nbsp;prédispositions&nbsp;» diverses et variées, les «&nbsp;peines d'amour&nbsp;», je passe 
rapidement sur les invocations pompeuses de &quot;dépressions chroniques&quot;, voire de 
&quot;psychose&quot;, jusqu'aux «&nbsp;problèmes financiers&nbsp;», sans oublier l'alcool, le sexe, 
les drogues, ne manque que le rock'n'roll.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Toute la société québécoise, ses medias en tête, a décidé d'aplanir ce 
qui fonde la singularité d'un écrivain, soit son jeu permanent avec les limites 
de sa propre destruction. Elle a refusé de comprendre les multiples 
contradictions qui fondaient son existence unique. Elle fera donc de Nelly Arcan 
une tragique icône pour tabloïd &quot;intello&quot;, et personne ne se sera posé les 
vraies questions&nbsp;: non pas pourquoi, ni comment ?</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Mais par qui ?</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Et 
pour combien (d'exemplaires) ?</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">La 
société &quot;démocratique&quot; aura une nouvelle fois fait valoir les droits de la 
masse, qui se reconnaîtra dans ce portrait falsifié, et pourra continuer de 
dormir, en attendant le prochain vol orbital de Guy Laliberté et de son nez 
rouge.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Nelly Arcan, comme tout authentique écrivain, n'était pas qu'une seule 
personne, elle était non seulement plusieurs mais elle était à la fois TOUTE 
personne possible et PERSONNE.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Ceux qui l'ont «suicidée&nbsp;», ses &quot;éducateurs&quot;, les officines de la 
Médiature, la (dé)génération nihiliste qui lui a donné le jour, tous ont 
toujours su ce qu'ils faisaient en l'instrumentalisant comme &quot;reine de 
l'autofiction trash&quot;&nbsp;: en l'emprisonnant dans ce qu'elle paraissait être, y 
compris à ses propres yeux, on était certain de faire en sorte </span><em><span lang="fr-fr">qu'elle ne devienne jamais ce qu'elle&nbsp;était</span></em><span lang="fr-fr">, comme Nietzsche l'aurait probablement 
dit.&nbsp;</span></font></font></p>

<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Je 
n'écris pas ce texte pour allonger un dithyrambe posthume de plus, et pas plus 
pour considérer cette mort avec le mépris convenu des écrivaillons du 6° 
arrondissement, ou de je ne sais quel cours de «&nbsp;cultural studies&nbsp;»&nbsp;, je vais au 
contraire m'efforcer de démontrer comment, simultanément, Nelly Arcan était un 
authentique écrivain, c'est-à-dire un être en devenir, tout autant que 
l'instrument pas totalement involontaire du &quot;piège&quot; dans lequel elle était 
enfermée, avec l'aide &quot;désintéressée&quot; des médias (dont celui qui l'avait 
embauchée), en répondant aux attentes d'un public amateur de &quot;transgressions 
autofictionnelles&quot;, avant, précisément, face au mur du réel, de changer de 
direction, et de n'être plus comprise, ni suivie par les critiques en 
vue.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Cette jeune femme était à l'image de l'époque, elle en était son clone, 
et elle le savait. Ses chirurgies plastiques n'étaient que la conséquence d'une 
profonde perte d'identité - liée aux nouvelles formes normatives 
post-modernistes, et ses précédentes tentatives de suicide démontrent, si besoin 
est, qu'elle avait outrageusement conscience du terrible VIDE que la génération 
précédente, celle qui lui a &quot;appris&quot; la littérature à l'Université (!), lui 
avait laissé comme legs.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Prise dans cet étau insoutenable, sa &quot;conscience&quot; d'écrivaine ( c'est 
à dire double par nature) ne pouvait finir que par imploser. C'est pour cette 
raison que j'affirme sans ambiguïté que c'est bien la société dont elle était la 
paradoxale image (sur)vivante qui l'a fait disparaître. Comme Hubert Aquin fut 
&quot;suicidé&quot; par le social-libéralisme indépendantiste de la société québécoise 
des années 70.</font></p>

<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">C'est par ses livres bien sûr, que l'on a une chance de pouvoir 
comprendre la destinée de cette jeune femme, éliminée par la société dont elle 
était un des produits les plus aboutis tout autant qu'un pôle de résistance 
inconscient.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Mais c'est moins par leur contenu manifeste que par leur contenu latent. 
En fait, lire un livre de Nelly Arcan relève d'une bizarre expérience 
apophatique, ce qui est dit orbite autour d'un abyssal vide ontologique qui est 
à chaque fois le secret littéraire de l'ouvrage, son secret, donc son 
axe&nbsp;.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Dés la parution de son premier roman, «&nbsp;Putain&nbsp;», tout était en place 
pour la grande bouffonnerie du monde de la Culture, en quête continuelle 
</span><span lang="fr-fr"><em>d'une idole à consommer</em></span><span lang="fr-fr">, jusqu'aux cendres si possible. Le livre de Nelly Arcan tombait à 
pic pour les pigistes nécessiteux de la critique «&nbsp;subversive&nbsp;», il arrivait en 
pleine vague «&nbsp;trash&nbsp;» et au moment où les «&nbsp;autofictions&nbsp;» en vogue, de 
Catherine Millet à Christine Angot, se focalisaient principalement sur les 
positions du kama-sutra à adopter avec tel ou tel éditeur ou écrivain à succès 
sur la banquette arrière d'une voiture de location.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Mieux encore, elle s'offrait ainsi aux petits jansénistes du web qui, 
s'autobombardant «&nbsp;défenseurs de la littérature&nbsp;», s'empressèrent de l'assimiler 
avec les nouvelles figures «&nbsp;féminines&nbsp;» de cette écriture «&nbsp;transgressive&nbsp;», 
qui n'est rien d'autre que la panoplie phantasmatique bourgeoise adaptée aux 
moeurs de notre époque sexuellement «&nbsp;libérée&nbsp;».</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">On a beaucoup glosé sur ce livre mais tout le monde s'entendit pour y 
voir «&nbsp;un cri de haine contre la gent masculine, doublé d'une haine de soi et 
d'un profond désespoir&nbsp;». Personne ne sembla prêter attention à la </span><span lang="fr-fr"><em>tension</em></span><span lang="fr-fr"> dont je parlais plus haut, 
et qui naissait d'un quatrième terme. Ce terme c'est </span><span lang="fr-fr"><em>l'écriture</em></span><span lang="fr-fr">. C'était tout ce qui 
tentait justement de résister à la haine et au désespoir, c'est à dire au 
nihilisme&nbsp;; Cette tension se faisait jour dans l'écriture disais-je, donc par la 
pensée en mouvement, mais on n'en était encore qu'aux premières secondes 
post-natales, il s'agissait déjà pour Nelly Arcan de se réapproprier son oeuvre 
et son destin d'écrivain, convoités par tous les réducteurs de têtes de la 
culture et de la communication.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Avec la parution de son second roman, «&nbsp;Folle&nbsp;», le processus de 
digestion par l'estomac du monstre culturel franchit un seuil qualitatif. Ce 
livre présente en effet comme sous une lumière chirurgicale tout ce que le 
premier avait jeté dans le chaos de l'électricité nocturne. Pourtant, déjà, 
Nelly Arcan sut jouer d'un paradoxe croisé&nbsp;: la vie d'une escort-girl est au 
final plus fatalement «&nbsp;réglée&nbsp;» que celle d'une jeune femme en quête de beauté 
et en proie au terrifiant conformisme de la «&nbsp;société normale&nbsp;», dans laquelle 
la seule issue est </span><span lang="fr-fr"><em>le pathos</em></span><span lang="fr-fr">, alors que la seule maladie réelle c'est précisément cette société, 
capable de fabriquer celle qu'elle avait traversée dans le premier roman. Peu de 
«&nbsp;critiques&nbsp;» ont, me semble-t-il, perçu ce lien mystérieux et pourtant si visible 
entre les deux ouvrages. L'autofiction semblait vouloir se libérer de sa gangue 
systémique, certains parlèrent même de «&nbsp;poésie&nbsp;», de petits profs subventionnés 
lui accordèrent un satisfecit en maîtrise de la langue française, on vanta une 
«&nbsp;narration&nbsp;» plus construite, mais c'était évidemment pour mieux la confondre 
avec ce qu'elle pensait être, pour l'identifier avec l'image 
collective/objective qu'elle se fabriquait d'elle-même, tout autant que l'image 
subjectivisée que le </span><span lang="fr-fr"><em>socius</em></span><span lang="fr-fr"> lui renvoyait, avec pour objectif d' encadrer sa littérature 
naissante dans les schèmes de la «&nbsp;critique&nbsp;» contemporaine, qui n'aurait plus 
qu'à débiter à l'avance ses saucisses de poncifs 
universitaires.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Comme d'habitude, celle-ci manqua l'essentiel, c'est à dire la naissance 
d'une tragédie. </font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Désormais la tension exercée par l'écriture se faisait plus sensible, 
quelque chose résistait au récit lui-même, et surtout résistait à l'écrivain 
elle-même. En fait quelque chose résistait de l'intérieur à sa propre 
écriture.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Cela ne pouvait conduire qu'à une crise - </span><span lang="fr-fr"><em>krisis</em></span><span lang="fr-fr">, changement - c'est à dire à 
une authentique </span><span lang="fr-fr"><em>catastrophe 
ontologique</em></span><span lang="fr-fr">, qui est ce moment ineffable où 
l'écrivain se découvre un </span><span lang="fr-fr"><em>être 
libre</em></span><span lang="fr-fr">&nbsp;.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Le 
moment le plus dangereux pour tout être humain, en particulier lorsqu'il s'est 
assujetti au verbe.</font></p>

<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><em>La Vérité nous rendra libre</em>, nous apprennent </font></font>les Saintes Écritures<font face="times new roman"><font size="2">, 
c'est pour cette raison que la Vérité ne l'est pas. Elle est non seulement le 
point nodal de toutes les contraintes du Monde Créé, mais elle est aussi la 
lumière qui se transfigure et s'incarne, jusqu'à l'état de dénuement le plus 
extrême.</font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">La 
Vérité gît au fond d'une cellule, ou saigne suppliciée sur une croix, si elle 
illumine c'est parce qu'elle prend sur elle toutes les ténèbres du monde. Si 
elle peut nous offrir la liberté c'est grâce au sacrifice qu'elle a consenti de 
la sienne propre.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">La littérature est un lointain reflet de cette étincelle paradoxale&nbsp;; 
écrire ne consiste pas à exprimer quelque chose venant de soi, mais à imprimer 
sur ce </span><span lang="fr-fr"><em>soi</em></span><span lang="fr-fr"> tout ce que 
le Cosmos est en mesure d'offrir et d'inventer à chaque 
instant.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">L'écrivain n'est pas un haut-parleur, sauf celui qui aboie avec ses 
maîtres, l'écrivain est une machine d'enregistrement, de décodage, une machine 
«&nbsp;en-statique&nbsp;» qui aspire l'univers vers elle, telle une «&nbsp;boîte noire&nbsp;», 
plutôt que de diriger son esprit vers les extases fusionnelles avec 
l'extérieur.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">A ce stade des hostilités entre l'écrivain Nelly Arcan et la société 
qui l'a conçue, la disjonction est déjà opérante, même si chacun des 
antagonistes n'en a pas encore pleinement conscience. Alors que la Médiature 
Générale et le troupeau démocratique qui la lit s'entendent pour vanter l'aspect 
«&nbsp;dérangeant&nbsp;», «&nbsp;intime&nbsp;», «&nbsp;cru&nbsp;» et «&nbsp;violent&nbsp;» de ses deux premiers romans, 
avec le «&nbsp;désespoir&nbsp;» qui va de pair, Nelly Arcan, lors d'une entrevue donnée à 
l'hebdomadaire VOIR, laisse percevoir la nature du choc dont je parlais un peu 
plus haut, cet impact laissé par l'irruption intempestive de la littérature au 
coeur du «&nbsp;soi&nbsp;» qu'elle est venue détruire. Pour la première fois depuis son 
apparition sur la «&nbsp;scène littéraire&nbsp;», Nelly Arcan laisse échapper quelques 
mots cruciaux qui démontrent qu'elle a déjà compris que toute poésie, et par 
extension toute littérature, se doit d'être </span><span lang="fr-fr"><em>impersonnelle</em></span><span lang="fr-fr">, comme le savait Georg 
Trakl&nbsp;:</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font color="#000000"><font face="times new roman" size="2"><em>Quand j'écris, je suis dans un état de grande 
neutralité. Je ne suis pas affectée par ce que j'écris. Je suis facilement 
affectée par la vie, les choses qui m'arrivent, mais dans l'écriture, il y a une 
grande distance qui s'installe. Je travaille énormément le rythme, les phrases, 
pour que le tout soit fluide. Je veux d'abord servir le sens du texte, et non 
pas une vérité qui serait personnelle.</em></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Personne ne prit acte de la rupture en fait déjà consommée. Personne, 
d'ailleurs, ne voulut jamais admettre cet état de fait, jusqu'aux derniers 
instants la conspiration des imbéciles s'acharna à répéter son mantra et à 
tenter, souvent avec succès, d'encager l'écrivaine dans un numéro ou un autre de 
son Magic-Circus culturel.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Pourtant, il suffit à Nelly Arcan d'une soixantaine de pages pour 
définitivement vitrifier cette critique journalistique amorphe qui, déjà plongée 
dans son coma générationnel, ne se rendit pas compte qu'elle venait d'être 
tranquillement irradiée par un «&nbsp;objet&nbsp;» qu'elle ne pourrait comprendre, un 
«&nbsp;objet&nbsp;» qui la rendrait aveugle ou l'obligerait à coudre ses paupières. 
</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Cet «&nbsp;objet&nbsp;» était un enfant. Un </span><span lang="fr-fr"><em>enfant 
aux miroirs</em></span><span lang="fr-fr">.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Il 
n'y a rien de plus dangereux qu'un miroir.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Sinon un enfant.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman"><br /></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Présenté comme un «&nbsp;conte&nbsp;», accompagné d'illustrations se faisant de 
plus en plus sombres et étranges au fil des pages, du format d'une nouvelle, ce 
texte semblait avoir été conçu, consciemment ou non peu importe, pour prendre à 
revers les dispositifs de la «&nbsp;critique&nbsp;» dont Nelly Arcan avait probablement 
décelé l'extrême dangerosité, bien plus élevée que celle des milieux interlopes 
qu'elle avait auparavant fréquenté dans le «&nbsp;red light district&nbsp;».</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Ce livre était à n'en point douter une forme de piège, un 
</span><span lang="fr-fr"><em>stratagème littéraire</em></span><span lang="fr-fr"> 
renvoyé à la face des petits tacticiens de la vie 
quotidienne.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Les thématiques de Nelly Arcan s'y révélaient cette fois avec une 
distance totalement assumée, l'impersonnalité ontologique devenait facteur de 
fulgurances narratives où la problématique de la falsification identitaire du 
corps «&nbsp;plastique&nbsp;» se faisait jour comme rapport sens/forme.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">On y vit la plupart du temps un récit sur l'&nbsp;«&nbsp;anorexie&nbsp;», les 
questions soulevées par «&nbsp;l&nbsp;´usage de la chirurgie esthétique&nbsp;», ou par la 
«&nbsp;surexposition médiatique&nbsp;» (les journalistes ne savent même pas parler 
correctement de leur fonds de commerce), &nbsp;certes on fit remarquer les problèmes 
d'&nbsp;«&nbsp;identité&nbsp;» que l'écrivaine semblait «&nbsp;subir&nbsp;» et «&nbsp;révéler&nbsp;» par son 
écriture, c'est à dire très exactement l'inverse que ce que cette même écriture 
était précisément en train de produire, y compris </span><span lang="fr-fr"><em>contre</em></span><span lang="fr-fr"> la volonté de l'écrivain qui 
la portait. </span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Ce que Nelly Arcan ne pouvait savoir à l'époque c'est qu'il était 
devenu impossible à la critique journalistique québécoise de se dédire. On avait 
fait d'elle bien plus qu'une «&nbsp;simple&nbsp;» écrivaine (il n'est jamais suffisant 
d'écrire, pour les cuistres), on l'avait couronnée impératrice de la relève 
littéraire québécoise, reine de la modernité autofictionnelle, elle avait 
impressionné Paris, elle était publiée au Seuil, elle était promise à un succès 
international, il aurait été anti-patriotique, et surtout contraire à ses 
intérêts bien compris, d'émettre la moindre opinion </span><span lang="fr-fr"><em>vraiment</em></span><span lang="fr-fr"> négative à son 
sujet.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Quelques uns, micro-exceptions à la méga-règle, firent un peu la fine 
bouche devant l'abandon de ce qui avait permis le succès initial de l'auteur, 
mais on peut affirmer sans risque de se tromper qu'ils n'étaient que les dociles 
instruments de la seconde mâchoire du piège socio-médiatique, ils donnaient du 
crédit (presque) gratuitement à tous les autres et surtout, ils ouvraient 
subrepticement la porte à l'incompréhension assumée comme telle.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Que l'on ait saisi la <em>dimension</em> spécifique de ce livre importait 
peu, il fallait continuer coûte que coûte cette comédie pathétique de la 
petitesse bourgeoise, qui consistait à encenser (ou «&nbsp;critiquer&nbsp;») l'écrivain 
non pour son oeuvre mais pour le personnage public que l'on avait fait d'elle et 
sur lequel tant de personnes avaient investi.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Ce 
livre, pourtant, marquait l'heure de la rupture intégrale.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">A l'autofiction, Nelly Arcan substituait un récit polymorphe, aux 
limites du fantastique, dans lequel l'invisible prenait corps et où, 
étrangement, le thème du miroir, ou plutôt </span><span lang="fr-fr"><em>des 
miroirs</em></span><span lang="fr-fr">, comme jeu labyrinthique, et piège à 
identité, occupait une place centrale.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">La 
fiction, seul véritable vecteur de la littérature, se libérait de son «&nbsp;auto&nbsp;», 
réflexif et emmurant, ce «&nbsp;self&nbsp;» qui n'a pour raison d'être que de finir 
détruit par l'écriture, l'imagination n'était plus contenue par la volonté de 
coller à la soi-disant «&nbsp;réalité&nbsp;» et se permettait dès lors de côtoyer des 
territoires mystérieux où les technologies cosmétiques du corps-objet 
dialoguaient avec les abysses forés au c½ur de l'âme de l'écrivain.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Une étincelle se mettait à scintiller pour de bon dans la cellule, un 
rayon de lumière prenait son autonomie au coeur de la machinerie humaine 
socioprogrammée, un départ de feu semblait en mesure de la court-circuiter pour 
de bon et de faire fondre la carapace de plastique qui séparait encore 
l'&nbsp;«&nbsp;individu&nbsp;» Nelly Arcan de la phase de «&nbsp;réunification&nbsp;», cette ultime étape 
de la quête alchimique, qui est celle de tout être humain qui se met à la 
disposition du verbe.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">C'était aussi le moment que le nihilisme préfère.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">La 
Mort pouvait se contenter d'attendre, ce ne serait plus très long 
maintenant.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">La société de la culture </span><span lang="fr-fr"><em>dé-singularisée</em></span><span lang="fr-fr"> était déjà prête à 
faire de la disparition de l'écrivain la chronique d'un suicide annoncé, la 
rubrique nécrologique était déjà dans toutes les têtes.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Elle ne pourrait éviter de s'inscrire dans celle de Nelly 
Arcan.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Il 
suffirait que le ciel s'ouvre.</font></p>

<p lang="fr-fr" align="justify"><font face="arial, sans-serif"><font size="2"><font face="garamond, serif">Le sommet bétonné d'un immeuble, </font><font face="garamond, serif"><em>à ciel ouvert</em></font><font face="garamond, serif">. La Cité «&nbsp;humaine&nbsp;» perçue depuis le zénith de la 
parfaite impersonnalité. Un triangle amoureux à la fois tragique et terriblement 
«&nbsp;banal&nbsp;». La trahison comme processus de survie, l'amitié comme bourse 
d'échanges entre les individus aux plastiques métamorphiques. Le regard de 
l'autre considéré comme chirurgie intrusive. La haine de soi par soi 
cristallisée en colère «&nbsp;du double&nbsp;» envers le «&nbsp;moi&nbsp;», désormais clairement 
désigné pour cible. Le mépris des hommes radicalement accompagné de son 
équivalent féminin, plus de vengeance et ses boucs émissaires, mais </font><font face="garamond, serif"><em>la justice</em></font><font face="garamond, serif"> 
dans toute sa terrifiante et universelle implacabilité, la violence de 
l'écriture désormais distribuée à tout ce qui se dénomme humanité, une rage 
glaciale quoique tout juste apparente envers les roitelets de la communication 
et les Miss-Culture de la modernité. La cosmétique générale comme régime 
universel des ontologies de remplacement, sentiments annihilés donc exacerbés 
jusqu'à l'ultra-violence. Le ciel orageux comme une immense blessure qui englobe 
le monde et dont l'ouverture, paradoxalement, incarcère ceux qui vivent sous son 
dôme électrique naturel.</font></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Unité de lieu, unité de temps, unité d'action.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Qui aurait pu se douter un seul instant que l'acte de liberté absolue de 
Nelly Arcan allait prendre la forme du trinôme multicentenaire de la pure prose 
classique&nbsp;?</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Pas ceux qui, en tout cas, durent avaler la pilule, si j'ose dire, tout 
en maintenant un semblant de maintien et de correction à la table des 
invités.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Certains allèrent jusqu'à susurrer des mots susceptibles d&nbsp;´évoquer, 
indirectement certes, la notion de «&nbsp;trahison&nbsp;» voire d'&nbsp;«&nbsp;ingratitude&nbsp;», sans 
comprendre (comment le pourraient-ils&nbsp;?) que la «&nbsp;fonction&nbsp;» d'un écrivain, s'il 
en est une, c'est justement de trahir ce monde et de ne devoir strictement rien 
à personne.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Les plus courageux d'entre eux parlèrent d'&nbsp;«&nbsp;abandon&nbsp;» certains firent 
même vaguement allusion à une possible «&nbsp;régression&nbsp;», voire, pire encore, à une 
«&nbsp;construction traditionnelle&nbsp;», beaucoup s'accordèrent pour trouver ce livre 
«&nbsp;moins intéressant&nbsp;» et «&nbsp;moins&nbsp;novateur&nbsp;» que les précédents.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Le 
titre était déjà tout un programme. Il ne laissait guère de doute quant à la 
direction empruntée par l'écrivaine. Il était grand temps de la ramener à de 
plus raisonnables ambitions littéraires.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Il 
était temps de lui rappeler par qui et pourquoi elle avait été 
fabriquée.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify"><font face="garamond, serif" size="2">Il était temps 
de lui rappeler qu'aucune étincelle de liberté ne résiste à la puissance 
ignifuge des extincteurs de la Culture.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Il 
était temps de lui rappeler que ce n'est pas l'immuabilité du silence qui peut 
condamner un écrivain, mais l'incessante insignifiance des 
bavardages.</font></p>

<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Le 
moyen le plus sûr pour qu'il ne puisse s'y soustraire est d'une simplicité 
effarante&nbsp;: Il suffit de le convaincre d'entrer dans le club de ceux qui les 
profèrent, en profitant de cette période de doute insufflée par la société 
elle-même. Lui offrir une «&nbsp;tribune&nbsp;» dans un journal ou un autre est une des 
méthodes les plus sûrement éprouvées par les maquereaux du nihilisme 
alphabétisé.</font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Peu de temps après la parution d'</span><span lang="fr-fr"><em>A ciel 
ouvert</em></span><span lang="fr-fr">, alors que la critique journalistique 
poursuivait ses valses-hésitations autour de la «&nbsp;nouvelle Nelly Arcan&nbsp;», 
l'hebdomadaire gratuit ICI-MONTREAL parvint à l'attirer dans ses colonnes même 
pas infernales, et le ciel enfin offert se transforma irrésistiblement en une 
nouvelle cellule carcérale, celle de la presse à poncifs humanitaires, celle des 
pigistes guévaristes à la petite semaine, celle des «&nbsp;transgressifs&nbsp;» à 
géométrie phantasmatique variable, celle qui aimait bien Nelly Arcan, mais sous 
la neige carbonique des idées reçues.</span></font></font></p>
<p align="justify" class="western"><font face="times new roman"><font size="2"><span lang="fr-fr">Ainsi Nelly Arcan devint chroniqueuse socio-culturelle pour une 
vulgaire machinerie du nihilisme soft alors même que les cieux littéraires 
s'étaient enfin ouverts dans l'orage de la </span><span lang="fr-fr"><em>krisis</em></span><span lang="fr-fr"> ontologique, avaient avalé le 
monde, et permis à </span><span lang="fr-fr"><em>toutes les identités de sa 
personne</em></span><span lang="fr-fr"> de se réunir tout en restant disjointes 
bref, au moment où elle était devenue un écrivain à part 
entière.</span></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify"><font face="arial, sans-serif"><font size="2"><font face="garamond, serif">Certes, je n'affirmerais pas ici qu'on a voulu sa mort 
</font><font face="garamond, serif"><em>stricto sensu</em></font><font face="garamond, serif">, qu'un complot conscient a déterminé son geste, mais 
plutôt qu'</font><font face="garamond, serif"><em>on</em></font><font face="garamond, serif"> a tout fait (ce «&nbsp;on&nbsp;» amorphe et venimeux du collectif 
anonyme social) pour que ce </font><font face="garamond, serif"><em>désir 
thanatique</em></font><font face="garamond, serif"> que j'évoquais au début 
puisse revenir à l'avant-plan par la voie même qui ouvrait sur l'espérance. 
L'Agence de Programmation Générale n'est ni vénale ni cruelle, elle ne poursuit 
aucun intérêt spécifique, elle est la nature même de l'Homme de la Chute, elle 
est juste la métaphore actualisée de la masse humaine et de tous les moyens dont 
elle dispose pour faire taire toute singularité émergente. 
</font></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2">Nelly Arcan risquait de devenir un être libre. Et elle risquait de le 
faire savoir. On comprend l'empressement qu'on a mis pour en faire une 
journaliste.</font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify"><font face="arial, sans-serif"><font size="2"><font face="garamond, serif">On comprend pourquoi on a voulu à ce point qu'elle reste 
dans </font><font face="garamond, serif"><em>le camp de la mort</em></font><font face="garamond, serif">.</font></font></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font size="2"><br /></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman" size="2"><em>Maurice G.Dantec, le 10 octobre 2009</em></font></p>
<p lang="fr-fr" align="justify" class="western"><font face="times new roman"><br /></font></p>

<p class="sdfootnote"><font face="times new roman">1- </font><a class="sdfootnotesym" href="/js/editeur/editeur.php?mm=900&amp;cm=5000&amp;icn0=1&amp;icn1=1&amp;icn2=1&amp;icn3=1&amp;icn4=1&amp;icn5=0&amp;icn6=1&amp;icn7=1&amp;icn8=1&amp;icn9=1&amp;icn10=1&amp;icn11=1&amp;icn12=1&amp;icn13=1&amp;icn14=1&amp;icn15=1&amp;icn16=1&amp;icn17=1&amp;icn18=1&amp;icn19=1&amp;icn20=1&amp;icn21=1&amp;icn22=1&amp;icn23=1&amp;icn24=1&amp;icn25=1&amp;icn26=1&amp;icn27=1&amp;icn28=1&amp;icn29=1&amp;icn30=1&amp;icn31=1&amp;icn32=1&amp;icn33=1&amp;icn34=1#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym"></a><font size="2"><font face="garamond, serif"><span lang="fr-fr">Il se reconnaîtra assez vite sans que 
j'ai besoin de le citer.</span></font></font></p>
<div id="sdfootnote1">
</div>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/metacortex-sept-questions-pour-la-fin-d-un-monde">
    <title>Métacortex : sept questions pour la fin d'un monde</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/metacortex-sept-questions-pour-la-fin-d-un-monde</link>
    <dc:date>2009-08-31T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maurice G. Dantec</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h1 align="justify">Métacortex, par Maurice G. Dantec – éditions Albin Michel</h1><p align="justify"><img height="500" width="500" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/i.jpg" /><br /><br /><strong>SEPT QUESTIONS POUR LA FIN D’UN MONDE.</strong><br /><br />Entrevue réalisée par Karen Sedviv&nbsp;;&nbsp;Route 138, Québec, Canada – <br />copyright 22 août 2009 - pour Black Box United<br /><br /><strong>Étant une des rares personnes privilégiées à avoir pu lire votre manuscrit sur épreuves, je ne vais pas m'appesantir ici sur l'intrigue, je dirais plutôt le &quot;noeud d'intrigues&quot; qui constitue la base «&nbsp;narrative&nbsp;» de votre roman. Je préfère par exemple vous demander en quoi consiste précisément la trilogie Liber Mundi et comment ce livre s'y insère. D'autre part, avez vous déjà pensé au volume trois ?</strong><br /><br />La trilogie <em>Liber Mundi</em> est tout sauf une saga à personnages récurrents, basée sur une «&nbsp;série&nbsp;» d’aventures. En fait, <em>Métacortex </em>n’est pas à proprement la «&nbsp;suite&nbsp;» de <em>Villa Vortex,</em> il est la «&nbsp;poursuite&nbsp;» de <em>Liber Mundi</em>.&nbsp; Les seuls «&nbsp;personnages récurrents&nbsp;» de ces romans sont INHUMAINS&nbsp;: la Cité/Polis/Police/Politique&nbsp;; l’impact des technologies et de la post-industrialisation sur l’être humain et les sociétés où il réside&nbsp;; la désintégration ontologique/phylogénique engendrée par la domination de la Technique-Monde&nbsp;; la seconde guerre mondiale&nbsp;; les grandes idéologies totalitaires du XXe siècle, la Loi, le Crime, le Châtiment, le Sacrifice, la notion de «&nbsp;personne&nbsp;», la présence d’une «&nbsp;Maison&nbsp;» (deimos). Chaque volume est une «&nbsp;reprise&nbsp;» de ces éléments fondamentaux, mais placés dans des contextes spatiaux et temporels différents. <em>Métacortex </em>se déroule au Canada, dans une dizaine d’années. «&nbsp;je ne pense pas&nbsp;» au volume trois, il est déjà en train de se penser, depuis longtemps, quelque part dans mon système nerveux central.<br />&nbsp;<br /><strong>Métacortex fait constamment référence à la Chute de l'Homme comme cause de la Chute du Cosmos, la narration nous guide droit vers une sorte de réplique finale de cette Chute Générale, comme si la fin de la Chute était le miroir de son début ?</strong><br /><br />Oui, d’une façon invertie&nbsp;: cette fois c’est la Chute du Monde tel qu’il se l’est construit qui entraîne la Chute de l’Homme tel qu’il s’est déconstruit. Cette «&nbsp;seconde&nbsp;» Chute ne termine pas la première, elle la poursuit, ou plutôt la «&nbsp;reprend&nbsp;», et ouvre ainsi une Époque en tant que telle.<br />&nbsp;<br /><strong>Le roman est constitué de deux lignes de vie constamment entrecroisées : celle du personnage principal, flic de la Sûreté du Québec, et celle de son père, ancien Waffen SS, pouvez vous expliquer pourquoi vous avez choisi de telle figures ?</strong><br /><br />Il y a plusieurs réponses à votre question.<br /><br />Tout d’abord, encore une fois, la trilogie <em>Liber Mundi </em>doit obéir à un certain nombre de lois structurales. Parmi elles, la présence d’une ligne de tension entre le point alpha et le point oméga d’une époque. Dans <em>Villa Vortex</em> on partait du 9/11/89 (chute du Mur) pour arriver au 11/9/2001 (chute des Tours). <em>Métacortex </em>demandait une autre synchronicité, celle de toute l’époque que nous avons vécue depuis la seconde guerre mondiale et qui, je pense, est sur le point de s’achever dans un chaos singulier que j’essaie de décrire&nbsp;: co-présence de conspirations politico-militaires et «&nbsp;criminalo-culturelles&nbsp;»,. co-présence d’organisations supranationales et de micronations néoféodales, co-présence de technologies de pointe et de la fin de la Technique, co-présence de la dictature du langage et de la fin du Logos, co-présence de tous les <em>matricules</em>. C’est le Monde qu’auront laissé les Nazis, avec l’ONU, à la charge du binôme impérial Russie/USA.<br /><br />Ce premier axe de tension se voit toujours <em>repris</em>, ainsi, dans <em>Villa Vortex</em>, la polarité Chute du Mur-Chute des Tours est-elle &quot;englobée&quot; par toute l'histoire&nbsp;du 20e siècle dont le nexus tout autant que les termes se trouvent à Sarajevo; De manière analogue, dans <em>Métacortex</em>,&nbsp;la ligne de tension 1945-2018&nbsp;apparut assez vite comme un dispositif &quot;historique&quot; de la guerre évolutionniste conduite et gagnée par les Mammifères contre les Sauriens depuis&nbsp;100 millions d'années.<br />Or, pour parler du nazisme sans tomber dans les pièges des «&nbsp;writer’s studies&nbsp;», il faut le comprendre comme l’entreprise de destruction créative qui a produit notre époque. Il fallait qu’une filiation concrète se fasse jour entre le moment où l’espèce crée les conditions objectives de son anéantissement total et celui où les conditions objectives de cet anéantissement deviennent les dispositifs de la Mécanique Générale du monde qui se met en place. C’est cette ligne «&nbsp;métapolitique&nbsp;» qui relie Paul Verlande et son père, plus que tout autre lignage.<br />Je devais aussi écrire sur les Sacrifices, puisque c’est le seul thème «&nbsp;théologique&nbsp;» abordé par le livre, un jeune Alsacien incorporé de force dans la Waffen SS, un simple prolétaire de l’Apocalypse, me sembla un choix plus judicieux qu’un haut fonctionnaire de la Solution Finale.<br /><br /><strong><br />Le monde que vous décrivez est comme piégé au milieu de contradictions insolubles&nbsp;: par exemple les solutions éco-énergétiques ont provoqué plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu, la dégradation du climat opère désormais avec une précision quasi mathématique, une méga-économie parallèle s’est constituée autour du pétrole et des produits non recyclables, la piraterie maritime s’est d’autant plus étendue que de véritables favellas nautiques de réfugiés transitent par les océans, bref une sorte de chaos auto-organisé. C’est une prospective basée sur des données vérifiables&nbsp;?</strong><br /><br />Disons qu’elles seront <em>vérifiées </em>bien avant.<br /><strong><br />Vous montrez deux organisations clandestines, les «&nbsp;entités tueuses&nbsp;», aux motifs très différents mais dont les destinées s’entrelacent et finissent par entrer en collision. Au téléphone vous m’aviez parlé d’une influence de l’album Tyranny and Mutation de Blue Öyster Cult, mais je n’ai pas trouvé de références directes à ce groupe dans le livre, pourriez vous éclairer ma lanterne&nbsp;?</strong><br /><br />En ce qui concerne les deux entités tueuses, pour commencer&nbsp;: elles sont les pôles actifs d’un rapport quadripartite qu’on retrouve aussi, sous une forme différente, dans<em> Villa Vortex</em>.<br />D’une part, si vous voulez, le territoire «&nbsp;politique&nbsp;», au sens de «&nbsp;Polis&nbsp;», avec ses formes extrêmes de violence devenues généralisées et indifférenciables, son contre-pôle «&nbsp;contre-terroriste&nbsp;» clandestin, paramilitaire est une variation d’intensité de haute magnitude dans cette dévolution générale, mais elle en est un aboutissement qui finit par faire partie intégrante du chaos qu’elle s’est donnée pour mission de réguler.<br /><br />La même chose se reproduit dans la sphère de la «&nbsp;culture&nbsp;». Une criminalisation générale indifférenciable qui produit finalement une cristallisation d’une perversité&nbsp;«&nbsp;extra-orbitale&nbsp;», c’est à dire en dehors de toute référence ontologique à l’humanité et, paradoxalement, à l’inhumanité elle-même. Or ce saut quantique est le moment où l’humanité se sépare pour de bon d’elle-même en coévoluant avec toutes ses formes séparées, aussi cette exorbitation finit-elle à son tour par être rattrapée par cette néo-humanité de la Seconde Chute et à devenir la nouvelle norme.<br /><br />Je crois comme René Girard en cette existence terrible de la violence, mais pas uniquement comme phénomène «&nbsp;extrême&nbsp;», autant dire «&nbsp;excentré&nbsp;». Je crois tout d’abord que nous avons dépassé le stade de la simple ex-centricité pour entrer dans celui de l’exorbitation, du transfert hors de l’attraction de toute humanité.<br /><br />Dans le même temps, si je partage sa conception d’un rapport conflictuel eschatologique entre violence et vérité, il ne peut être dualiste. Ainsi, si toute violence n’est pas porteuse de vérité, en particulier aux «&nbsp;extrêmes&nbsp;» pathologiques, on ne doit pas perdre de vue que la vérité est un acte d’une violence incommensurable puisqu’elle peut créer comme détruire un monde.<br />Ainsi il me semble qu’il existe une «&nbsp;violence-vérité&nbsp;» centrale, pré-sacrificielle, qui doit être probablement une manifestation de la Justice Divine et qui appartient à l’ordre de la Création même, dont il ne faut s’éloigner tout autant que s’approcher qu’avec de grandes précautions. Je pense à l’arbre de Vie et de Mort, qui est aussi celui du Logos, et celui de la Chute.<br /><br />L’album «&nbsp;Tyranny &amp; Mutation&nbsp;», de <em>blue Oyster Cult</em>, qui date du début des années 70, avait une face rouge et une face noire, un des titres de l’album s’appelle<em> The Red and The Black, </em>et dans une chronique du disque dont l’essentiel m’est resté jusqu’à aujourd’hui, Patrick Eudeline expliquait fort bien le multiplex rouge/noir-politique/culture-méthédrine/quaalude autour duquel les membres de ce groupe hors normes avaient conçu leur disque. Ce type de processus sert de carburant principal pour tout ce qui touche au projet Liber Mundi.<br /><br /><strong>à plusieurs reprises le personnage principal, particulièrement à la fin du roman, fait référence à la Fin du Monde non pas comme à une terminaison de toute histoire mais au contraire comme une Époque&nbsp;? pourriez vous expliciter un peu cette notion&nbsp;?</strong><br /><br />C’est ce que j’ai tenté de proposer comme réponse à une de vos questions précédentes.<br />Primo, un événement comme la seconde guerre mondiale ne peut s’arrêter, par nature, il est – au mieux – un facteur évolutionniste majeur.<br />Ensuite, il faut comprendre que la technique-monde a absolument besoin de la guerre totale pour imposer sa Paix Universelle.<br />Aussi l’anéantissement de l’homme ne se fera pas selon la logique initiale du flash mégatonnique, même si cet éclair terminal reste notre horizon, notre «&nbsp;délai&nbsp;» toujours remis, toujours présent, cet «&nbsp;événement&nbsp;» qui poursuit la course sans arrêt possible de l’homme exorbité va se présenter sous la forme d’un phénomène éminemment&nbsp;«&nbsp;naturel&nbsp;», cet anéantissement ce sera tout le processus de séparation ontologique terminale de l’Humanité d’avec son centre originel. Cet anéantissement, cette réduction à «&nbsp;zéro&nbsp;» n’est pas d’ordre numérique, le zéro-humain c’est le moment, c’est <em>l’Époque</em> où collectif <em>et </em>individu deviennent indifférenciables, c’est le moment du grand Monoclonage général.<br /><strong><br />Comme dans <em>Liber Mundi 1, Villa Vortex</em>, il y a une volonté narrative de dépasser la «&nbsp;porte fugace de la mort&nbsp;», vous inventez même un état «&nbsp;troisième&nbsp;» du vivant, ni homme, ni ange, ni spectre, ou plutôt les trois à la fois, par le biais d’une «&nbsp;métatechnologie&nbsp;» dont la fonction principale est de vous connecter à l’état psychique du Cosmos et d’accéder ainsi à une «&nbsp;cognition immédiate&nbsp;» voire «&nbsp;absolue&nbsp;». On y sent l’influence de Saint Thomas d’Aquin. Est-ce voulu&nbsp;? Pourriez-vous essayer de tracer les grands traits de ce «&nbsp;métacortex&nbsp;»&nbsp;?</strong><br /><br />Vous me demandez d’éclairer directement le mystère du roman. Ce que je peux dire de cette «&nbsp;métatechnologie&nbsp;» c’est qu’elle est d’ordre «&nbsp;spirituel&nbsp;», au sens où sa création, son existence, sa mission, appartiennent exclusivement au domaine du psychisme, il s’agit de processus imaginaux dont le «&nbsp;bootstrap&nbsp;» - le cerveau -&nbsp; est en même temps le terrain d’expérimentation, et plus encore, la plate-forme biologique mutagène vers ce troisième état du vivant, où l’homme ne fait même plus l’expérience de l’extase mystique (ex-stase&nbsp;: vers l’extérieur) mais où il devient surface d’impression infinie, boîte noire, incorporation du Cosmos, <em>En-Stase</em> disait je crois Mircea Eliade.<br />Pour tout ce qui concerne les rapports entre Science et Révélation, Saint Thomas finit inévitablement par croiser ma route. Ni Michel Onfray ni la plupart des «&nbsp;blogueurs&nbsp;» littéraires n’y parviennent, je me demande pourquoi.<br /><br /><strong>Enfin, l’inévitable question-surprise en surplus&nbsp;: j’irais vite, le 6 août dernier (personne n’a je crois remarqué à quel «&nbsp;anniversaire&nbsp;» historique cela correspondait), s’est ouvert à Montréal le Congrès Mondial de la Science-Fiction où fut remis le Prix Hugo, comme chaque fois lors de cet événement. Mais il s’agissait d’un véritable événement dans le sens où c’est la première fois qu’il se déroule en terre nord-américaine et francophone. Je n’ai pas été la seule à remarquer votre absence presque bruyante. Vous m’avez dit n’avoir été invité par aucune des instances en charge de l’événement, professionnelles, institutionnelles, culturelles, bref, vous avez l’ombre d’une explication&nbsp;?</strong><br /><br />Voyons cela sous l’angle d’une sorte de «&nbsp;théologie négative&nbsp;», d’ailleurs ce que vous avez noté sur la date oubliée d’Hiroshima s’inscrit peut-être dans le schéma général&nbsp;: Je suis trop pop pour les petits profs, je suis trop ésotérique pour les avaleurs d’intrigues au kilomètre, je suis trop «&nbsp;mystique&nbsp;» pour les sciento-matérialistes, je ne le suis pas assez pour les tenants de l’un ou l’autre des supermarchés spirituels du moment, je suis trop réac pour les progressistes-universalistes, je suis trop futuriste pour les «&nbsp;conservateurs-nationalistes&nbsp;», je suis trop chrétien pour les athées, je suis trop catholique pour les chrétiens, je suis peut-être trop européen pour les Américains, et trop américain pour les Européens, après tout, je suis peut-être un simple fantôme.<br /><br /></p>]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-pour-grand-junction">
    <title>Interview pour Grand Junction</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/interview-pour-grand-junction</link>
    <dc:date>2009-08-14T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maurice G. Dantec</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[<h1 lang="en-CA" align="justify" style="line-height: 200%;" class="western"><font color="#000000"><font face="Palatino Linotype, serif"><font size="3">Par Karen 
Sedviv, pour Black Box United, NewYorkCity – copyright août 2009 
</font></font></font></h1>

<p align="justify"><strong><font color="#000000"><img height="450" align="left" width="298" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/usgj.jpg" style="margin: 10px;" />La Major <em>Random House</em> va publier le 28 septembre prochain sa 
traduction de <em>Grande Jonction</em>. Je pourrais vous interroger sur ce que 
vous avez pensé de la publication antérieure, sur votre rapport avec votre 
éditeur américain ou sur votre perception de l’impact de votre œuvre ici, en 
Amérique du Nord, mais j’ai préféré à l’inverse m’intéresser de plus près, à 
cette occasion, sur la manière dont ce roman a été critiqué dans votre pays 
d’origine. En fait ma question part d’un constat affligeant&nbsp;: c’est à croire 
que, ou bien personne n’a vraiment lu votre livre, ou bien plus personne en 
France ne s’intéresse au rapport entre rock et littérature. Pas un seul 
chroniqueur, ou si peu, y a lu une immense métaphore sur la musique électrique 
du XXe siècle, et absolument aucun, cette fois, n’a fait la moindre allusion au 
fait que chacune de vos têtes de chapitre faisaient explicitement référence à 
des œuvres ou des groupes de rock’n’roll, de 1960 à nos jours. Comment 
expliquez-vous ce total décalage ?</font></strong></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Concernant le dernier point que vous 
soulevez, la dénomination des chapitres, je crois quand même avoir aperçu 
plusieurs remarques à ce sujet sur des blogs ou des forums de discussion, en 
revanche, je crois bien n’avoir rien lu en référence dans la presse écrite. Mais 
je ne lis pas toute la presse, tant s’en faut. Surtout française. 
<br /><br /></font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Concernant l’autre point, celui qui forme 
le centre de gravité «&nbsp;secret&nbsp;» du roman, il s’agit d’une illustration de la 
phrase d’Ernest Hello –L’électricité peut être considérée comme une extase de la 
matière – cet exergue a été mon guide durant tout le temps de l’écriture du 
roman, car je voulais en rendre toute la puissance <em>physique </em>tout autant 
que sa perspective <em>surnaturelle</em>. Le rock est né de l’électricité, sans 
laquelle rien de ce que nous connaissons aujourd’hui n’existerait. Par cela on 
peut dire que son acte de naissance officiel correspond au trauma collectif 
provoqué par les explosions atomiques de 1945, sorte d’extase planétaire 
invertie. Il en est la bande-son inconsciente, il se fonde lorsqu’il adopte, dès 
le tournant des années 50/60, le rôle d’icône de la destruction (les mythes 
Janes Dean, Marylyn Monroe, et les Gene Vincent, Vince Taylor, Jerry Lee 
Lewis…). Le rock <em>joue, </em>voire<em> surjoue</em> l’Antéchrist, il se sert 
de tout ce que le XXe siècle a inventé, les idéologies totalitaires, les 
innovations scientifiques, les guerres, la chute de nos sociétés, comme moteur 
principal de son esthétique.<br /><br /></font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Alors maintenant, revenons à la question 
que vous soulevez. Je crois qu’il faut d’abord établir un strict constat&nbsp;: mes 
positions politiques m’ont valu un «&nbsp;bannissement&nbsp;» de fait des colonnes des 
<em>Inrockuptibles</em>, sauf si une pigiste perruquière se fend de quelques 
lignes méprisantes. Concernant l’autre «&nbsp;pylône&nbsp;» de la presse rock française, 
<em>Rock’&amp;’Folk</em>, je ne crois pas que ma littérature les intéresse 
beaucoup, je ne rentre pas vraiment dans les canons des «&nbsp;livres rock’n’roll&nbsp;», 
c’est à dire ces biographies et essais «&nbsp;culturels&nbsp;» plus ou moins déguisés, ou 
cette autofiction «&nbsp;trash&nbsp;» qui n’est qu’un sous-produit marchand-underground du 
punk des origines. <br /><br /></font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">J’ajouterais que bien souvent ces revues 
ont voulu se construire une crédibilité littéraire et pour ce faire, en France, 
les genres comme le roman noir ou la science-fiction ne sont pas des voies 
royales.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">D’autre part, je connais les risques 
encourus, au pays de Descartes, Voltaire et de Rousseau, en mêlant impunément 
les noms de Nine Inch Nails et de Saint Thomas d’Aquin, ou plus généralement les 
limites de la (bio)physique quantique et les Saintes Écritures. Dans le meilleur 
des cas cela peut susciter le sarcasme, sinon je crois bien que tout simplement 
«&nbsp;les gens ne voient pas le rapport&nbsp;», quand ils ne s’en contrefoutent pas le 
plus totalement du monde. </font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Je suis prêt à prendre les paris, mais je 
crois que la presse rock anglo-américaine comprendra d’instinct de quoi il 
retourne. C’est ontologique, on n’y peut rien.</font></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><strong><font color="#000000">J’ai pourtant lu de nombreux 
exemplaires de la revue, <em>Rock’&amp;’Folk</em>, dont vous parlez, en 
particulier ceux datant des années 70 et du début des années 80, même chose pour 
ce qui fut je crois son concurrent à l’époque – <em>Best</em> – et j’y ai 
découvert sous la plume d’Yves Adrien et de Patrick Eudeline de nombreux 
«&nbsp;ponts&nbsp;» entre rock et littérature, et en particulier les littératures de 
genre. Aujourd’hui, dans le meilleur des cas on verra en effet <em>les 
Inrockuptibles</em> produire une apologie de Bourdieu ou de Milan Kundera. Que 
s’est-il passé au cœur même de la «&nbsp;contre-culture&nbsp;» ?</font></strong></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Quand vous parlez de cette époque, celle 
d’Yves Adrien et de Patrick Eudeline, le rock était encore un authentique lieu 
de croisement avec la littérature, ou d’autres formes d’art. Les chroniqueurs 
lisaient de vrais livres. La littérature traversait leurs critiques de disques 
d’une façon éminemment naturelle, Adrien pouvait parler de Baudelaire ou des 
Futuristes russes, Eudeline pouvait s’engager sur Burroughs ou sur Shelley, en 
plein milieu d’un article sur Iggy Pop, Blue Oyster Cult, Bowie, Kraftwerk ou 
Lou Reed. Aujourd’hui, la «&nbsp;rubrique livres&nbsp;», dans ces revues, est bien 
cadenassée dans sa double page où l’on «&nbsp;critique&nbsp;» les ouvrages du moment. Ce 
qui s’est produit ? C’est que la néo-bourgeoisie post-mitterandienne est 
parvenue à faire du rock une marchandise culturelle profitable, bien-pensante, à 
vocation humanitaire.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Il y a au moins un type qui n’arrête pas de 
se retourner dans sa tombe, au Père Lachaise.</font></p>

<p align="justify"><br /></p>


<p align="justify"><strong><font color="#000000">Pour terminer, je note que personne 
n’a remarqué le changement intégral de polarité que vous effectuez entre les 
deux romans, Cosmos Inc et Grande Jonction&nbsp;: Cosmos Inc est traversé d’une 
continuelle tension verticale, «&nbsp;transcendante&nbsp;» même&nbsp;: l’Espace comme Terre 
Promise quasi impossible, le retour de Vivian Mc Nellis à son état angélique, 
l’enfant-boîte comme anticosmos incarné. Alors qu’à l’inverse, Grande Jonction 
installe une horizontalité et une immanence de tous les instants, jusqu’à la 
transformation de l’écosystème en processus à la précision cybernétique. Ma 
question portera donc encore une fois sur l’incroyable aveuglement, à moins 
qu’il s’agisse d’une ignorance triste, non seulement de la «&nbsp;critique&nbsp;», mais 
aussi, au vu de certains commentaires sur les forums spécialisés, d’une bonne 
partie du lectorat. Êtes vous sûr d’être encore un écrivain français 
?</font></strong></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><font color="#000000">J’ai dit un jour que je me considérais 
comme un «&nbsp;écrivain nord-américain de langue française&nbsp;». En fait, dès mon 
baptême, en 2004, tous les romans ont rendu compte de cette mutation 
identitaire. De <em>Cosmos Inc</em> à <em>Artefact</em>, la question centrale 
reste celle de l’identité, et son caractère «&nbsp;métastable&nbsp;» - aurait dit Deleuze. 
Cette thématique est également un des <em>processus</em> à l’œuvre dans le roman 
à paraître en janvier prochain, <em>Métacortex</em>.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Cette «&nbsp;identité&nbsp; métastable», qui ne se 
conçoit que dans l’exil permanent vers l’Occident, et la nostalgie d’une 
civilisation perdue, est devenue ce que je suis à part entière.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Enfin, je suis bien obligé de constater que 
pour une part substantielle du lectorat «&nbsp;national&nbsp;», je suis un auteur «&nbsp;nazi&nbsp;» 
(parce que je défends l’existence du peuple juif !), «&nbsp;fasciste&nbsp;» ( parce je que 
défends la civilisation européenne contre le totalitarisme islamique) tout 
autant qu’illisible, parce que leurs cerveaux neuroprogrammés par 250 ans de 
jacobinisme et deux générations de socialisme culturel les rendent incapables de 
saisir une phrase comportant plus d’un mot à la racine grecque.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Contentez-vous de constater le «&nbsp;niveau 
critique&nbsp;» des insanités proférées à mon encontre sur le site rue89, par 
exemple, mais il y en a bien d’autres, un tel déversement de haine viscérale est 
tout à fait représentatif du ressentiment collectif dans lequel vit ce peuple de 
<em>losers</em>. Le Français gauchiste bien-pensant, c’est à dire le 
néo-bourgeois moyen d’aujourd’hui, croit encore que la littérature française 
extasie le monde entier, alors que pratiquement plus aucun des romans produits 
dans l’hexagone ne suscite le moindre intérêt passé les frontières de la 
République des Zarzélettres.</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Je suis plus «&nbsp;européen&nbsp;» outre-Atlantique 
que je ne le serais jamais au pays du Panthéon.</font></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Bien à vous –</font></p>

<p align="justify"><br /></p>

<p align="justify"><font color="#000000">MgD</font></p>

<p align="justify"><font color="#000000">Montréal -</font></p>







<p align="justify"><font color="#000000">Le 10 août 2009</font> </p>
]]></content:encoded>
</item><item rdf:about="http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-homme-de-nowhere-land">
    <title>L'HOMME DE NOWHERE LAND</title>
    <link>http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-homme-de-nowhere-land</link>
    <dc:date>2009-06-27T00:00:00+00:00</dc:date>
    <dc:creator>par Maurice G. Dantec</dc:creator>
    <description></description>
    <content:encoded><![CDATA[
<h3 align="center"><em><br /><strong>&nbsp;Pour Paul Marchand - 1962 - 2009</strong><br /><br /></em></h3><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;"><br /><img height="525" width="700" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/iiiiiii.jpg" /><br /><br />Il y a quelques jours de cela disparaissait un authentique héros. Un homme qui 
n'avait pas cinquante ans, et qui pourtant était mort plusieurs fois déjà. Ce 
héros n'était pas une «&nbsp;icône&nbsp;» mondiale, son nom n'était connu que de ceux qui 
savent, il ne vouait aucune admiration particulière pour les parcs à enfants et 
son épiderme n'était sujet à aucune variation de couleur.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il n'était «&nbsp;Roi&nbsp;» d'aucune «&nbsp;Pop&nbsp;», sinon celle 
rythmée par le tir des katiouschas et des fusils d'assaut.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">La crise cardiaque fatale qui a emporté la 
superstar bionique de Berverly Hills a très vite focalisé l'attention du 
troupeau mondialisé sur une mort d'autant plus anecdotique qu'elle était à la 
hauteur, terriblement banale, de la vie qui l'avait précédée. Celle d'un produit 
de grande consommation.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">L'homme dont je veux vous parler a dialogué avec 
les morts, et il n'a pas été entendu des vivants. Il a conversé avec les armes 
et les tueurs qui les tiennent, mais il y avait plus urgent à faire, et plus 
important à écouter, voter pour les Vélibs, lire le dernier ramassis de poncifs 
humanitaires d'un de nos auteurs nationaux, se pâmer pour un discours de 
Ségolène Royal, ou une analyse géopolitique de Jean-Luc Mélanchon, voire d'Alain 
Soral.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cet homme n'est pas mort dans l'indifférence 
générale. Cela aurait été, pour nos démocrates-pigistes, une marque d'honneur - 
apophatique certes - mais qui n'aurait pas convenu à leur méthodologie éprouvée 
pour tout noyer dans <em>l'in-différence relative</em>.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Deux ou trois entrefilets, dignes d'un vulgaire 
fait-divers, auront permis à la presse, que l'homme en question connaissait fort 
bien, de pouvoir se justifier à peu de frais, c'est le cas de le dire, et 
d'enterrer au plus vite le souvenir du défunt, si possible en même temps que le 
cercueil.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Je n'ai jamais rencontré Paul Marchand, puisque 
tel est son nom.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Nos chemins se sont sans doute croisé, je pense, à 
une certaine époque, quelque part dans l'ancienne «&nbsp;Europe de l'Est&nbsp;».<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Son nom était déjà connu à Sarajevo, bien avant 
que j'y transite. Considéré comme un fou, un paria, un non-journaliste (quel 
honneur), il défiait toutes les conventions de la médiature professionnelle, 
s'aventurait là où il ne fallait pas, voyait donc ce que les autres ne voyaient 
pas, bref accomplissait son authentique travail de <em>témoin</em>, qui ne 
consiste pas à s'engourdir de pseudo-objectivité, mais à vivre, jusqu'au bout de 
la nuit, l'expérience ultime de la «&nbsp;sympathy for the devil&nbsp;».<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Je n'ai jamais rencontré Paul Marchand, pas même 
alors qu'il vivait comme moi à Montréal. C'est peut-être pour cette raison très 
précise que c'est le personnage d'un de mes romans qui a croisé sa vie à 
Sarajevo. Il existe sans doute une loi physique inconnue qui empêche toute 
redondance entre la vie et la fiction. Si Paul Nitzos, dans <em>Villa 
Vortex</em>, devait rencontrer Paul Marchand, peut-être était-ce au prix d'une 
«&nbsp;véritable&nbsp;» rencontre, dans ce que certains osent encore dénommer 
«&nbsp;réalité&nbsp;».<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Une forme de pudeur, qui ne m'arrêterait plus 
aujourd'hui, m'a fait me sentir obligé de ne pas user de sa véritable identité. 
C'était une double erreur. Sur le plan littéraire, mais aussi sur celui de 
l'exigence absolue de la vérité, lorsque, précisément, elle s'est frottée pour 
de bon au feu du diable.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Quelques personnes, j'espère, l'auront reconnu 
sous les traits de « Chambard », car pour tous ceux qui, d'une manière ou d'une 
autre, traversèrent l'expérience de l'implosion yougoslave, quelques rayons de 
<em>courage</em> à l'état le plus pur permirent de conserver l'espérance, au 
milieu des bureaucrates de l'ONU, des journalistes planqués à l'Holyday Inn, des 
visites de Susan Sontag ou de Bernard-Henri Lévy.</p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Paul Marchand fut un des ces hommes là, et 
probablement le plus singulier d'entre tous.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Il ne savait pas faire le «&nbsp;moonwalk&nbsp;», car c'est 
sur les astres de la destinée qu'il dansait.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cela semble une raison suffisante pour que cette 
époque l'oublie au plus vite.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;">Cela semble la raison nécessaire pour que nous 
oubliions au plus vite cette époque.<br /><br /></p><div align="justify">
</div><p align="justify" style="margin-bottom: 0cm;"><strong>MgD<br /></strong>Le 26 juin 2009<img height="379" width="569" src="/sites/make-ai/-library-/images/usr_32153/89408.jpg" /></p>]]></content:encoded>
</item>

</rdf:RDF>