
Turbo-Réaction : Voici l'Homme
par Maurice G. Dantec le 07/07/2005 Egards

Épouvantés de nous-mêmes, de ce que nous sommes, de ce que nous faisons,
de ce que nous désirons, de ce que nous pouvons faire, nous demandons, comme
jamais on ne l'a demandé, le mot de l'énigme; et, à force d'en avoir besoin,
nous commençons à nous apercevoir que depuis longtemps, il est
prononcé.
Ernest Hello
Opus Dei
Le 4 avril, je finissais les corrections de la dernière partie du troisième volume du Théâtre des Opérations, juste 24 heures après la mort de Jean-Paul II. L'événement avait tenu les journuits en activité au-delà de la limite initialement prévue: 31mars, date à laquelle les bulletins de santé pontificaux se firent vraiment alarmants. J'avais terminé, la veille, sur quelques lignes qui ne semblaient pas avoir de relations directes avec le décès du Pape. La mort n'existe pas, et dans le cas d'un saint homme comme Jean-Paul II, né Karol Wojtyla, on sait d'avance dans quelle lumière son âme et son corps réunifiés vont se retrouver. Je priai, donc, devant la croix illuminée de violet au sommet du Mont-Royal. Ma prière fut ainsi bien plus un message d'accompagnement, et de remerciements, qu'une lamentation. Qu'avais-je à espérer de sa «survie» dérisoire dans un monde qu'il avait contribué à forger (sans lui pas de Solidarnosc polonais, et pas de chute du Mur!) et duquel il semblait pressé de partir en paix, qu'avais-je à demander en sa faveur, puisque cet homme était sauvé, et mieux encore, il était parvenu à maintenir en vie la mission salvatrice du Christ sur cette Terre abominable?
J'ai dit quelque part que peu importe les conditions dans lesquelles se déroulerait le naufrage du paquebot Frankistan, je m'abstiendrais désormais de faire le moindre commentaire à ce sujet. On me pardonnera j'espère de ne pas tenir cette promesse jusqu'au bout. Lorsque, aujourd'hui, j'ai pu lire le compte-rendu AFP des diverses réactions de la gaugauche franchouille à la simple mise en berne traditionnelle des drapeaux sur les édifices publics, comme pour tout décès d'un chef d'État (et le Vatican est un État de droit reconnu par la communauté internationale avec lequel la France avait noué des relations diplomatiques officielles), je me suis simplement fait la remarque qu'ils n'avaient rien trouvé à redire lors des funérailles du terroriste Yasser Arafat et j'ai alors prié pour que l'agonie soit longue et terrible. Car ce qui fut démontré lors de cette sinistre pantalonnade des rastaquouères de la «politique» nationale c'est ceci: Jean-Paul II est vivant. La République est morte, ou tout du moins en état de coma avancé. On peut émettre le souhait que ses convulsions ultimes soient à la hauteur de ses trahisons. La France, ses intellectuels, ses bureaucrates, ses journalistes, ses profs, ses politiciens, ses syndicats, ses étudiants, ses voyous, ses «citoyens», oui, la France presque tout entière, il faut bien le dire, va bientôt payer l'addition. Et elle sera salée. Nous voyons déjà le serveur se rapprocher de la table. C'est une serveuse en fait, toute de noire vêtue, une vaste robe de bure couleur nuit la ceint de toute sa hauteur, une sorte de grand instrument de coupe brille dans une de ses mains... Quand la République a mal à la tête, elle finit inévitablement par la trancher. Sa grande s½ur «Idéologie Révolutionnaire» sait généralement y pourvoir.
Seven
Dans le numéro VII de la revue Égards, auquel je n'ai malheureusement pu participer, je tombe sur cet aphorisme superbe de Jean Renaud, sans doute un des plus grands écrivains canadiens vivants: La séparation de l'Église et de l'État n'est que la métamorphose de l'État en Église. Et sa subséquente est: c'est donc la transformation de l'Église en «communauté culturelle», autant dire en condominiums de luxe.
La girouette sauce gribiche
Rien ne saurait plus m'étonner de la part du Roi des Ahuris, mais quand même! Il y a tout juste un trimestre, alors que le Caporal-en-chef de l'Élysée faisait tonner tous les gros calibres de son parti en faveur ET de la constitution zéropéenne ET de l'adhésion de la Turquie dans cette délétère «Union», Sa Très Haute Stupidité s'était cru obligé d'en rajouter une pleine louche sur le mode: «la Turquie a toujours fait partie de l'histoire européenne dont elle partage l'héritage». C'était beau. C'était fort. Ça sentait bon le sable chaud. Et l'odeur du sapin dont on fait les cercueils. Mais, ô ruse suprême de l'histoire résiliente à toutes les déconstructions, il semblerait que la faveur des peuples européens en regard de cette «constitution», et surtout de l'entrée de 75 millions de musulmans turcs dans leur maison commune, connaisse brusquement une période d'incertitude, pour ne pas dire plus. Au sein même de l'UMP, le parti chirakien, les défections se multiplient, les sondages font grise mine, la haute administration franco-bruxelloise aussi. Il y a environ un mois, en dernier recours, une députasse de ce parti de la bourgeoisie la plus bête du monde clamait que l'Europe n'avait pas d'identité spécifique! Un autre humanoïde post-gaulliste surenchérissait aussitôt en affirmant haut et fort que «le problème de la constitution et celui de l'adhésion de la Turquie étaient complètement séparés»! On s'attendait pour le moins à ce que l'on nous propose comme preuve irréfutable de la chose la séparation du ciel et de la terre, ou celle, non moins indubitable, de l'intelligence la plus élémentaire et du technocrate d'élite. Les deux ténors chirakiens furent alors rapidement rejoints par la chorale écolo-socialiste dont la destruction de la civilisation européenne est à la fois l'horizon politique terminal, et le moyen de parvenir à l'établissement de leur «utopie sociale». Le nihilisme a pour fins ses propres moyens, et inversement, c'est pratiquement cela qui le caractérise. Mais les sondages continuaient de pendre en berne, et cela ne semblait pas aller vers le mieux. L'érection constitutionnelle turcopéenne était gravement menacée. Pire encore, l'avenir politique de Son Altesse Abrutissime pouvait s'en trouver affecté. C'est alors que le grand tasteur national de la tête de veau sauce gribiche finit par se dire que, bon, puisque c'était ainsi, il ne fallait plus avoir peur de se risquer à invalider les impératives propositions précédentes - on n'est plus à ça près à l'UMP! - pour se mettre à pédaler vaillamment à la poursuite du peloton des citoyens. Conséquence exhilarante de l'intense brain-storming auquel Chirak et ses deux semi-hémisphères cérébraux se sont livrés, cette dépêche AFP, datée du 14 avril, jour historique entre tous: «Le président français Jacques Chirac a assuré jeudi que ''les valeurs, le mode de vie, le fonctionnement de la Turquie'' sont ''incompatibles avec nos valeurs'' en Europe.» AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! AH! Que l'on veuille bien m'excuser pour cette crise de fou rire. Il y a des talents de comiques qui se perdent malheureusement dans des carrières de haut fonctionnaire d'État.
Deus Mediorum
Un silence tout à fait remarquable des médias canadiens a entouré les violentes attaques anti-lycéennes du mois de mars, à Paris, organisées par des milliers de petites racailles racistes venues des «cités» de la République pour, selon leurs propres termes, «casser du Blanc». Il se serait agi d'un «groupuscule d'extrême droite», formé de 25 trublions portant je ne sais quels «insignes nazis», et le sujet serait encore en «une» de ces talk-shows où tout le monde (en) parle, surtout pour ne rien (en) dire. Mais puisque les agressions en direct ont été commises par des bandes ethniques talibanlieusardes, je veux dire, pardonnez-moi, par des rassemblements de jeunes défavorisés, l'information n'a tout bonnement pas pu franchir l'océan Atlantique. Il faut dire que l'océan Atlantique est un océan fort capricieux. Par exemple, la photo d'un enfant palestinien abattu par le tir de kalachnikovs palestiniennes - que l'on transformera frauduleusement en une «bavure» de l'armée israélienne - franchira sans le moindre problème les quelques milliers de kilomètres séparant l'Ancien du Nouveau Monde. Mais, on a pu le constater, l'image de Sections d'Assaut racistes, venus en masse des «cités» de la banlieue parisienne pour se la jouer Intifada-sur-Seine, éprouve quelques difficultés à dépasser l'ouest du Finistère. Le Dieu des Médias est une sorte de Zeus imprévisible, des perturbations électromagnétiques très particulières ont probablement empêché que Radio Canada, Télé-Québec, et les «desks» du Devoir ou de La Presse reçoivent ces images que j'ai pourtant moi-même pu voir sur le câble. Je devais me trouver selon toute vraisemblance, comme quelques millions de Français, dont des milliers de journalistes, en état d'hallucination avancée. Ainsi, cette brutale intrusion du RÉEL dans les discours préformatés de ceux qui m'accusèrent de je ne sais quelle «phobie» fascisante l'an dernier, alors que je ne faisais que décrire, en termes peu châtiés je le reconnais, la délirante réalité vers laquelle la République finissante a décidé de rouler pied au plancher: c'est-à-dire la guerre civile inter-ethnique, avec des répercussions européennes que j'ose à peine imaginer, cette brutale intrusion du RÉEL - disais-je - dans les consciences nécrosées de mes contemporains, aura, il fallait s'y attendre, produit son lot de conséquences, voisines de zéro, je parle du zéro absolu.
La croisée des chemins ou le chemin de croix
Lorsque ce numéro de la revue sera en vente, à partir du 21 juin, nous saurons alors depuis près d'un mois si OUI OU NON le peuple français se sera fait couillonner en beauté par les technocrates jacobins et les barons de Bruxelles, nous saurons si OUI OU NON le peuple français est prêt à accepter sans mot dire sa disparition politico-culturelle de la carte du monde, à ouvrir la porte à l'islamisation de toute l'Europe et à se faire le collaborateur de ce néo/archéo-totalitarisme terminal qui a pour but déclaré de soumettre - a'slama - toute l'humanité à l'absurde idole que cette «religion» a faite du Dieu unique. Nous saurons si OUI OU NON la France existe encore.
From Rome to the Skies
Un des talents les plus sûrs de la gauche mondiale se révèle dans sa gestion incomparable des «industries culturelles», dont elle a d'ailleurs inventé la révélatrice dénomination. En l'espace d'environ trente ans, les mass médias - radio, télévision, presse, puis Internet -, mais aussi l'ensemble de la «société culturelle», sont devenus les instruments d'une patiente entreprise de «reconstruction psychologique générale» visant à anéantir tous les fondamentaux du «monde d'avant», ce «vieux monde» sentant le moisi, les greniers, et les chapelles désertées, au profit d'une modernité qui n'ose même pas s'assumer comme telle, c'est-à-dire comme un contre-mouvement paradoxal dont on peut, éventuellement, tirer profit - en précipitant, tel un composé chimique, certains éléments - ou plutôt que l'on pourrait faire dériver vers des territoires inconnus, en premier lieu d'elle-même. Cela demanderait, au bas mot, la renaissance d'un authentique art chrétien au XXIe siècle. Il ne me semble pas acquis que nous soyons sur le point de voir ce terme se rapprocher. Ce constat est d'ailleurs vite établi lorsque l'on regarde d'un peu plus près l'état des lieux de la «résistance» conservatrice et catholique à ce monde immonde. Je vais avoir l'occasion, dans un prochain chapitre, de revenir en détail sur cette fameuse «résistance», mais tout d'abord, comme en préambule, il me semble urgent de rappeler quelques évidences, et de dynamiter au plus vite de fausses certitudes. Je vais, que l'on me pardonne, attaquer bille en tête par cette double assertion, que je tenterai ensuite d'étayer :
La Modernité est l'ennemie de toute Tradition parce qu'elle est la dictature
du Présent.
La Tradition est l'ennemie du monde moderne parce qu'elle est
l'absolutisme du Futur.
Comme le savait le grand Voegelin (dont Jean Renaud a évoqué le travail essentiel dans le précédent numéro d'Égards), toute notre modernité peut se résumer dans les quelques fantaisies pseudo-platoniciennes que les gnostiques des premiers siècles tentèrent d'opposer comme théories concurrentes à la Tradition catholique et apostolique qui s'établissait. Il est à ce titre intéressant de noter que des gens aussi différents qu'Alleister Crowley, Henry Miller, Lawrence Durrell, Cioran, Heidegger, Bataille, et quelques autres encore aient pu chercher dans les écrits de Marcion, Basilide, Valentin ou des Cathares, comme un substitut de transcendance et d'ésotérisme dans un monde dont ils savaient que le but, en voie d'être atteint à leur époque, était d'en évacuer jusqu'à la moindre trace, jusqu'au souvenir même. En dépit de leur génie, pour certains d'entre eux en tout cas, ils furent dans l'incapacité de comprendre que dans le christianisme la «révélation ésotérique» est entremêlée, j'oserais dire «synthétiquement disjointe», à l'Évangile exotérique. Pour le christianisme, le «mystère» n'est pas «caché» dans un «écrit» spécifique et localisable, ni même dans une «tradition orale» secrète - comme l'androïde ayant écrit Da Vinci Code semble le croire (une petite erreur dans le formatage du disque dur probablement): les Évangiles apocryphes, s'ils sont bien sûr, par définition, rejetés du Canon, n'en sont pas pour autant occultés, bannis, censurés par l'Église. Et pour cette raison toute simple: Le Christ lui-même est le Mystère, le Mystère du Verbe qui est venu ici-bas s'incarner. Je ne referais pas ici une exégèse du travail essentiel de Voegelin, mais il me semble important de rappeler que les agents de la résurgence gnostique du milieu du Moyen-âge, les Vaudois, Cathares, et autres Bogomiles, plus encore que de proposer d'habiles synthèses entre les «théologies» démiurgiques de leurs prédécesseurs, le nominalisme d'influence islamique et une «philosophie» qui tient tout autant du pélagianisme dont elle provient, que du rousseauisme qu'elle préfigure, oui, plus encore que de refourguer la camelote passée, les néo-gnostiques des XIIe et XIIIe siècles sont en train d'établir les fondements «révolutionnaires» de l'idéologie du Progrès et des «Droits» de l'Homme, qui se cristallisera par le schisme de la Réforme, mais qui sera définitivement formulée par le couple franco-allemand (déjà!) des prétendues «Lumières».
Examinons de plus près l'époque que ces Lumières auront finalement produite, la nôtre: dans l'ère de la simulation auto-ironique générale, tout, tout le temps, toujours, partout, vit synchroniquement à l'échelle du même présent, puisque tout, constamment, chaque «lieu», chaque instant, se doit d'être «éclairé» et rendu «transparent» par les nouvelles normes ethico-sociétales et surtout les discours qui les légitiment, comme dans une limbique journée indéfinie, celle, précisément, de la «vie quotidienne». Mieux encore, le temps lui-même est devenu la concaténation non linéaire d'instants présents, disposés à l'infini, puisque tout est possible, dans un pointillisme affolant qui évoque une terrifiante réalisation du paradoxe de Zénon, où rien n'arrive jamais vraiment, puisque chaque «instant» est une «fin» en soi. Cette métaforme du monde n'est pas une vue de l'esprit, ou plutôt elle est une vue de l'esprit qui a pris corps dans le monde, autant dire dans l'homme, et qui a pris corps jusque dans l'esprit, c'est-à-dire dans le langage: tout est possible (qui vient remplacer le modèle anarchiste «tout est permis», encore articulé dialectiquement à l'ancienne morale), l'instant présent comme seul référent temporel envisageable, en lieu et place d'un «avenir radieux» qui est désormais rabattu sur l'actualité en boucle, voilà ce qui semble circonscrire le c½ur même du discours qui, précisément, est en train de créer le monde à son image. En entrant dans ce présent perpétuel, l'homme moderne semble en effet être sorti de l'histoire. Mais peut-on vraiment en sortir? Peut-on sortir de l'univers créé? Cette «post-histoire» rigolarde et festive ne cache-t-elle pas le magma éruptif qui viendra, d'une façon proprement diluvienne, recentrer le «monde» autour de son «axe»? N'est-elle pas autre chose qu'une parenthèse narcoleptique entre deux orbites quantiques de l'anthropogenèse? L'histoire qui, un beau jour, va venir éclater de nouveau à nos oreilles n'aura que peu de choses en commun avec celle que nous avions connue jusqu'ici, disons: que nos parents avaient connue. Lorsque la miniature vacance post-moderne sera terminée, avec les «35 heures», le Club-Med, les idéologies en kit et la télé-réalité, nous ferons face à un différentiel équivalent entre le passage du paléolithique au néolithique, à l'âge d'avant l'invention du feu à celui d'après, et même, peut-être, à l'époque d'avant le Christ à celle qui suivit, nous serons, enfin, face à l'Homme.
Le huitième jour
19 avril. Réveil vers midi. Plein soleil sur Montréal. Après les exercices et les ablutions matinales, je me plante devant la télévision. Fumée blanche. À l'instant même où j'allume le poste, le nouveau Pape est élu. En moi, une attente insoupçonnée se fait jour. J'observe les battants de la large fenêtre s'ouvrir au balcon qui domine la Place Saint-Pierre, et le cardinal chargé d'apprendre au monde la bonne nouvelle s'installer au micro. Il sait ménager son suspens, le cardinal, il semble préparer son effet. En ce qui me concerne, et qu'on me pardonne, je n'imagine même pas possible ce qui va se produire dans quelques secondes, le nom de la personne qui va succéder à Jean-Paul II ne fait nullement partie d'une éventuelle liste de «nominés» que j'aurais pu, un soir d'errance intellectuelle, vouloir établir, en un conclave personnel. Alors les mots tombent, ou plutôt s'élèvent, de la bouche du prélat romain. Bonne Nouvelle, en effet: Habemus papam. Le Cardinal Joseph Ratzinger devient Benoît XVI, 265e saint Pontife de l'Église Catholique et Apostolique! Rien, sans doute, ne pouvait mieux prendre le monde de court, rien ne pouvait autant désespérer la post-modernité et ses prébendiers, rien ne pouvait ainsi aller à ce point CONTRE l'ordre des choses. Rien, sans doute, ne pouvait à ce point nous redonner le rayon d'espérance dont nous avons tant besoin.
Messieurs les conservateurs du musée de la nation québécoise
Durant mon absence, et peu après mon retour, un «débat», tel qu'on les pratique au Québec (retenons notre rire), s'est déroulé dans les médias locaux, en particulier sur les ondes de Radio-Canada et dans le journal Le Devoir, au sujet d'un hypothétique «retour de la droite au Québec». Les résumés divers que j'ai pu en lire sont parvenus à sustenter quelque peu ma soif d'amusements tranquilles, faisant ainsi le pendant à la Révolution paradoxalement adjectivée sur laquelle le Québec moderne s'est édifié, mais très franchement: Une droite au Québec?! Nous passerons rapidement sur l'attaque personnelle qui m'est lancée par M. Xavier Gélinas comme quoi non seulement j'appartiendrais à la «culture trash» - encore un histrion ne sachant pas différencier Nine Inch Nails de Metallica et osant en parler - mais plus encore, je serais un de ceux qui utiliseraient «le joual et l'argot qui n'ont pas leur place dans une revue conservatrice».
Je ne sais trop où M. Gélinas a été pêcher dans mes textes, fort peu
saumonés, une quelconque utilisation du joual, sauf peut-être lors d'une
occurrence ou deux, de façon probablement ironique, quant à l'argot,
c'est-à-dire la langue qu'utilisait en son temps M. Pierre Mac Orlan, je ne me
souviens pas non plus en avoir usé tant que cela dans les textes destinés à la
revue Égards. C'est que, comme ses prédécesseurs, M. Gélinas confond langage
imagé, même fortement, avec argot ou vulgarité. C'est contre ce même genre de
cuistres que, il y a un siècle environ, les Léon Bloy, Barbey d'Aurevilly,
Bernanos, et même Claudel devaient faire valoir leur PAROLE. C'est précisément
ce «conservatisme» frigide de bas-bleu que les auteurs précités - tous
catholiques! - conspuaient avec la dernière vigueur, et avec raison. Car ce
n'est pas avec le langage châtié des «conservateurs» post-modernes que
s'exprimaient Rabelais ou saint Irénée de Lyon, pas plus que sainte Jeanne
d'Arc, Tertullien ou saint Thomas d'Aquin, et pas plus que Kerouac, Jack, qui
fut en son temps traité de «réactionnaire» par la clique gauchiste, et pas plus
que M. Zimmermann, dit «Bob Dylan», à qui la même mésaventure arrive depuis sa
conversion au christianisme évangélique. Aussi, pour finir sur ce point, je
dirais simplement ceci à ceux qui pensent que la «culture électrique du XXe
siècle» n'est qu'un épiphénomène moderniste auquel les chrétiens ne doivent en
aucun cas s'attacher: la bataille culturelle a précisément été perdue à cause de
ces mêmes terreurs, ces mêmes frilosités, ces mêmes inversions jansénistes du
catholicisme royal, qui empêchent aujourd'hui un «conservateur
canadien-français» de lire Martin Heidegger, ou Giorgio Agamben, tout comme
d'écouter Brian Eno, ou David Bowie, d'aimer le cinéma de Bunuel comme celui de
Tarkovsky, de lire J.G. Ballard et Philip K. Dick, d'apprécier Salvatore Dali ou
les Futuristes russes et italiens, et d'oser s'exprimer avec les métalangages
que le XXe siècle - et tous ses paradoxes éminents! - nous aura légués. Nous ne
pourrons pas vraiment, faute de place, établir une complète et édifiante «revue
de détail» de cette fameuse «droite québécoise», jusqu'au moindre bouton de
culotte, mais après notre survol, nous allons probablement devoir retenir
l'agitation frénétique de nos maxillaires.
Lorsque tout aura été vérifié,
nous serons en effet en mesure d'affirmer la tragi-comique évidence: il n'y pas
de droite au Québec, tout simplement parce que le Québec moderne ne pouvait
faire autrement que de se fonder sur un «jacobinisme tranquille», importé d'une
France sartrienne déjà socialiste dans l'âme, préparant mai-68, et pire encore,
qu'il est même parvenu à inspirer ainsi les grandes tendances de la société
canadienne dans son ensemble. Sur le plan géopolitique, on peut dire sans risque
de se tromper que c'est en tant que «province», en tant qu'entité civile et
administrative, que le Québec est de gauche. Je veux dire par là: dans la
distribution des rôles que le spectacle de la politique a assigné à chacun, le
Québec, c'est la Gauche du Canada, c'est son «Ontario de l'Est», c'est sa «bonne
conscience», parfois embarrassante, mais ô combien pratique. Cela produit son
lot de conséquences très spécifiques dans la province même: entre le Parti
libéral et le PQ, le choix se situe entre une gauche fédéraliste et une gauche
indépendantiste. Quant à la prétendue «alternative conservatrice», qu'il
s'agisse de l'ADQ ou d'autres tendances politiques, nous allons le voir, il n'y
a plus ici la moindre trace d'un corpus d'idées cohérent qui puisse bâtir à la
fois un nationalisme civilisationnel (et non pas ethnique), impérial,
néo-atlantiste, pan-occidental, et une forme de «théologie métapolitique»
chrétienne, radicale, authentique, basée sur une analyse sans concession du
siècle qui vient de s'écouler, ce fameux «Siècle des Camps». À cela il faut
rajouter le fait décisif que l'isolationnisme francocentriste aura rompu toute
possibilité de dialogue entre les deux communautés fondatrices, creusant
toujours plus l'abîme entre les notions d'Empire uni et de Royaume catholique
(i.e.: universel) et bloquant, de part et d'autre, toute possibilité de
co-fondation réelle d'une civilisation franco-britannique d'Amérique du Nord,
mais plus encore: du jésuitisme tardif au catholicisme social, puis du
libéralisme ½cuménique à l'hyperdémocratie post-totalitaire, tous les
fondamentaux politiques originels du Canada français, qui formaient un corpus
monarchiste, catholique et apostolique, mais tout à fait singulier de son modèle
originel français, auront été pulvérisés par quarante à cinquante années de
révisionnisme historique intégral.
Je m'appuierai, pour établir ma thèse centrale, à savoir qu'il n'existe plus - et depuis longtemps! - de réelle pensée de droite au Québec (comme en France, par ailleurs), sur un vieil ouvrage que notre époque d'ahuris a eu le bonheur de rejeter dans une de mes bouquineries préférées. Le titre en soi est tout un programme: L'infiltration gauchiste au Canada français. Mais son auteur aussi est «tout un programme». Car il s'agit de M. Robert Rumilly, qui n'était pas n'importe qui, si je ne m'abuse, dans les lettres québécoises, et qui n'avait qu'un seul défaut, reconnaissons-le, celui d'être à l'origine un de ces «maudits français» qui ont le malheur d'avoir du talent. Mais observons ce qu'il annonce déjà, alors qu'il rédige ce livre au milieu des années 1950 :
«Le socialisme est, par définition, une doctrine étatiste, centralisatrice (....) on ne peut pas être nationaliste et centralisateur. On ne peut pas se dire nationaliste sans être un ferme partisan de l'autonomie provinciale. C'est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas être logiquement ''nationaliste de gauche'' (...) les prétendus ''nationalistes de gauche'', comme les ''catholiques de gauche'' qui leur servent de modèle, ne connaissent pas d'ennemis à gauche. Le Devoir, Cité Libre et Vrai, organes de la conspiration gauchiste, entretiennent d'évidentes complaisances avec les militants radicaux les plus notoires, les plus extrêmes, du Canada français. L'alliance des ''nationalistes de gauche'' englobe donc les radicaux sectaires. Qu'est-ce qu'un nationaliste irait faire dans cette galère? Je dis donc en résumé qu'un nationaliste ne peut accepter ni les thèses, ni les tendances, ni les alliances ''de gauche''. Un nationaliste ne peut pas être ''de gauche'' (...) les catholiques de gauche, en France, sont devenus plus gauchistes que catholiques, au Canada, les ''nationalistes de gauche'' deviendront plus gauchistes que nationalistes».
D'une certaine manière, et d'une manière certaine, tout déjà est dit en quelques lignes. Le nationalisme canadien-français, dont les origines se confondaient à la fois avec l'idée de la confédération canadienne, celle de la société française de l'Ancien Régime exportée en Nouvelle-France, et celle du catholicisme radical de la seconde moitié du XIXe siècle, va basculer très vite dans la forme post-moderniste du «libéralisme», mélange de «revendications politiques nationales», de modernisation économique transnationale et de gauchisme culturel. Plus encore, comme on l'apprend en lisant Nietzsche, Marx, Bainville ou De Maistre, le «nationalisme», en tant que tel, va montrer son vrai visage: à savoir, le facteur corrélatif à la naissance du libéralisme, dès le XVIe siècle, c'est-à-dire une idéologie qui trouvera son apogée «intellectuelle» avec l'époque des obscures «Lumières», une idéologie révolutionnaire par nature, fondamentalement antichrétienne, qui aura détruit l'Europe au moins une fois par siècle depuis la fin de la Grande Clarté du Moyen-Âge et qui, au début des années soixante au Québec, forme l'avant-garde de cette post-modernité «hyper-démocratique» qui va bientôt submerger les consciences de tout l'Occident. Il ne faudra pas une génération pour que l'infiltration produise son ½uvre: un Québec en effet «modernisé», c'est à dire déchristianisé, dont les modèles politiques «symboliques» sont des dictateurs marxistes, barbus, et tropicaux, et dont la réalité est celle de la social-démocratie dans toute sa grisâtre splendeur. Alors que jusque vers 1950, le nationalisme canadien-français est encore relativement pro-américain (par anti-canadianisme anglais), le basculement pro-marxiste puis tiers-mondiste va opérer sur les esprits des années 60 et 70 un profond changement de paradigme. Ce changement, nous en vivons aujourd'hui les conséquences et si, par la faute de la bourgeoisie libérale du Québec, cette nation devient soi-disant «indépendante», c'est-à-dire souveraine sans souveraineté, et de fait dépendante de l'Europe de Bruxelles (quel destin!), son effondrement sera bien plus rapide que celui qui menace déjà les fondations de son «modèle» jacobin plus ou moins caché, comme celles de la Grande Bibliothèque Mitterrand, dont les sous-sols menacent désormais de se lézarder pour de bon. Il n'y a donc plus de vraie droite au Québec qui puisse se prétendre à la fois confédérative et nationaliste-française puisque, comme le dit Rumilly: «L'influence des «catholiques de gauche» a rayonné au Canada français. Les étudiants canadiens en Europe sont encadrés par le groupe d'Esprit* et, s'ils n'ont pas une base solide sont endoctrinés et dénationalisés. On leur inculque une mentalité de mépris et de haine, des aspirations révolutionnaires, et des idées confuses où la lutte des classes joue un grand rôle (...) il n'en reste pas moins que les professeurs et les étudiants n'auraient pas atteint ce degré d'abdication si le réseau gauchiste ne les avait travaillés comme il l'a fait depuis une dizaine d'années. Les gauchistes les plus conscients adhèrent à une doctrine centralisatrice, à un parti centralisateur (...) si l'on brise l'autonomie provinciale, si on démantèle, par conséquent, la forteresse de Québec, on livre le Canada français à la merci des assimilateurs, et il ne faudra peut-être pas deux générations pour ruiner l'½uvre édifiée, à grands sacrifices, par dix générations de Canadiens français.» La prédiction de Rumilly est terrifiante de netteté et de lucidité. En effet, 45 ans plus tard, en lieu et place, nous avons en gros ceci :
- Une droite bourgeoise, regroupée autour de l'ADQ et des conservateurs
fiscaux les plus modérés.
- Une droite néo-bourgeoise, «libertarienne», donc
en fait «post-marxiste», rassemblant la frange des conservateurs fiscaux les
plus radicaux.
- Une droite post-bourgeoise dite «nationaliste», qui regroupe
à la fois des éléments de la droite traditionnelle catholique et quelques
vecteurs venus d'un conservatisme québécois plus «moderniste», le tout rassemblé
autour de la Lettre conservatrice.
C'est dans cette Lettre conservatrice que nous sommes le plus durement attaqués par quelqu'un qui n'a pas peur d'écrire les mots suivants, après Auschwitz, le Goulag, les Laogaï chinois ou cambodgiens, et tous les ethnocides de la modernité: «Le traditionalisme canadien-français et québécois est national et social.» On comprend mieux à ces mots par quels moyens rhétoriques il fut maintenu dans l'incapacité de sortir de sa quadrature du cercle: comment en effet pouvoir échapper à la modernité en se basant sur ses fondations politiques fondamentales (État-nation, socialisation économique/culturelle), comment penser se battre pour la tradition catholique en proposant une perspective nationale/sociale (pour ne pas dire nationale-socialiste) qui, depuis des siècles, a été le principal obstacle à l'édification d'un authentique projet (méta)politique chrétien en Europe, puis en Amérique du Nord? L'option adéquiste de l'«autonomie» pourrait tout à fait représenter la «troisième voie» qui manque si cruellement tant au Québec qu'au Canada. Mais encore faudrait-il que cette proposition s'appuie sur un authentique corpus politique, or ce n'est pas le cas. Il y a loin de la vision autonome/unitaire d'un Rumilly aux pauvrettes versifications politiques du parti de Mario Dumont! Et il y a une raison fort simple à cela: une autonomie politique du Québec DANS un Canada authentiquement franco-britannique demande non seulement une réforme profonde de l'État québécois mais, et de manière concomitante, une réforme plus profonde encore de l'État canadien. L'autonomie québécoise dans un Canada réformé, c'est la seule et véritable option politique pour ce pays qui reste à construire, et c'est la seule idée qui puisse se prévaloir de la tradition maistrienne et maurrassienne. C'est donc bien très certainement la seule qui ne trouvera jamais de soutien auprès des «élites» politiques locales, libérales ou indépendantistes. Si l'on fait exception de la frange la plus centriste de l'ADQ, on constate que la prédiction de Rumilly, comme quoi le «nationalisme» gauchisant et l'«antinationalisme» libéral allaient bizarrement copuler pour engendrer le «souverainisme» actuel, s'est complètement révélée, et d'une façon pire encore que ce à quoi, sans doute, il s'attendait. Le nihilisme gauchiste a désormais étendu son emprise sur absolument tous les esprits. Alors que nous nous faisons - d'une façon involontairement drôlatique - étriller pour notre prétendu soutien au «libéralisme» économique et politique, à l' «impérialisme américain» (on croirait lire une feuille de chou nanarchiste) et - à mots prudemment couverts - à l'État d'Israël, cette prétendue droite nationaliste et catholique semble encore ignorer les bases mêmes de la philosophie qu'elle prétend illustrer, à savoir que l'État-nation démocratique est une invention de la gauche révolutionnaire et que la seule nation que le christianisme reconnaît, c'est précisément l'unité CATHOLIQUE des chrétiens. Cela n'empêche pas, au demeurant, à des royaumes chrétiens de se constituer, sous l'autorité spirituelle du Pape, et politique de l'Empereur: cette vision fut celle de l'Occident jusqu'à Charlemagne, et elle ne dura encore quelques siècles que pour venir exploser, justement, contre le mur des nationalismes émergents, et du libéralisme politique et moral qui va de pair. Ainsi cette droite catholique québécoise reste-t-elle l'aiguille bloquée au compteur des années 1900/1920: ces références à la France semblent ne pas pouvoir passer la date butoir de 1940! Ils ont peut-être lu Lionel Groulx et Édouard Drumont, mais je doute que les noms de Pierre Boutang ou de Raymond Abellio leur disent quelque chose! Sans s'en rendre compte, la droite québécoise a suivi, avec ses élans et ses courbes spécifiques, la ligne tragique qu'a suivie la «droite» française après 1940: soit une plongée irrémissible dans le nihilisme, avec ses diverses variantes. Soyons clair: les droites catholiques nationalistes ont fini par devenir un embranchement légèrement excentré de l'ultra-gauche, sous ses différents aspects, comme ce mouvement appelé à tort «libertarien» qui reconfigure le primat de l'économie dans un cadre post-marxiste et néo-capitaliste en synthétisant, en un habile fourre-tout, quelques théories de l'École de Chicago et les fantaisies illuministes des anarcho-proudhoniens ou fouriéristes. On devine ici toute l'avancée intellectuelle que cela implique, alors qu'il s'agit de se battre contre TOUTES les formes de l'utilitarisme bourgeois! L'antisémitisme qui fut en son temps condamné par Bernanos (et un Léon Bloy!), mais repris par les tristes Hérold-Paquis, Déat ou Doriot (anciens anarchistes ou communistes) semble aujourd'hui, sous couvert d'antisionisme (la bonne vieille blague islamo-gauchiste), un fonds de commerce consensuel qui réunit messieurs Trépanier et Falardeau. Pour faire simple: la droite nationaliste et «catholique» québécoise semble fin prête à épouser les vues d'un anarchiste-terroriste d'extrême-gauche tel que Villeneuve et son MLNQ ou, à tout le moins, d'embrasser comme un seul homme la cause des bloquistes qui, après leur référendum indépendantiste, feront de cette option «Québec seul», le vivier de l'islamisation et du gauchisme culturel ultra, mariage gay, polygamie, antisionisme d'État, jacobinisme institutionnel, jusqu'à la charia, oui, soyons-en assurés, messieurs Trépanier et Tousignant auront le temps de cogiter sur leurs «valeurs» quand le Québec demandera son adhésion à l'Union des Commissaires bruxellois, ils auront le temps de méditer sur leur appartenance, ou non, à cette civilisation nord-américaine qu'ils sont dans l'incapacité même d'imaginer.
Madame la philosophe, le catholicisme, les camps
Dans le dernier numéro du Voir Montréal (5/11 mai), nous pouvons lire la demande officielle d'apostasie d'une «professeur de philosophie» qui aligne, comme autant de perles nihilistes, une série d'affirmations exhilarantes sur l'Église catholique, sans jamais pourtant livrer une explication vraiment rationnelle (un comble pour une égérie de Voltaire!) de son geste péremptoire, qui se veut tout autant symbolique que «civique». Le seul argumentaire «cohérent» tient en ces quelques mots: on devrait attendre pour la canonisation de Jean-Paul II car celui-ci a probablement été complice de crimes contre l'humanité! Je ne sais où cette sinistre «prof de philo» - incarnation malheureusement parvenue à terme d'un cauchemar orwellien - a localisé les chambres à gaz et les fours crématoires que dirigeait, d'une main sûre d'obersturmbahnführer SS, le regretté Karol Wojtyla, mais une chose est certaine: ce ne sont pas les communistes, ou les nazis, non-non-non-pas-du-tout, qui ont laissé dans leur sillage un peu plus de 150 millions de morts au XXe siècle, mais bien ces affreux prélats qui s'obstinent à croire encore au dogme catholique. Cette stratosphérique représentante du système «d'éducation» contemporain, comme parvenue au sommet d'un Everest déconstructionniste, ignore probablement que dans le MONDE DU CAMP, les catholiques furent envoyés à Dachau en même temps que les communistes et les juifs, et qu'à Auschwitz, le célèbre docteur Mengele, en dehors de sa prédilection connue pour les enfants jumeaux, s'était fait une réputation avec ses expériences conduites sur les nonnes catholiques, polonaises, tchèques ou françaises. Cette tristounette coucourge cultivée en serre de bêtise ambiante ignore probablement aussi les poésies du pasteur Niemeyer, elle ignore tout autant le destin du curé d'Yzieux, mort avec les enfants juifs dont il avait la garde, elle ignore les cas innombrables de prêtres qui ont accompagné leurs petites victimes jusqu'aux nuages de Zyklon-B, elle ignore tout, cette bovine illustration des trains qui passent dans l'Histoire sans rien nous apprendre, de ce que fut le monde AVANT ELLE, elle ignore, ou fait semblant de le faire, que l'Église catholique est par définition anti-totalitaire, parce qu'elle est par définition anti-révolutionnaire. Elle semble haïr les «dogmes» sans avoir la moindre chance d'apercevoir que son «apostasie» publique est bien pire qu'un quelconque dogme, dont seuls les navets, d'ailleurs - comme le disait Chesterton - sont libérés par nature, son acte d'hystérique marxologue est celui de tous ceux et celles qui ont courbé l'échine devant les empereurs romains, les potentats hérétiques, les tyrans rouges, et aujourd'hui les terroristes intellectuels qui veulent obliger les musulmans du Canada (et après, quoi, et qui?) à adopter la charia en Ontario. On remarquera simplement ceci: dans le Dar-al-Islam, l'apostasie est PUNIE DE MORT. Au moment où une «juge» à laquelle manque au moins deux hémisphères cérébraux décide, au nom du «droit aux droits», de faire appliquer la loi coranique au Canada, une microscopique mouche à merde du professorat de philosophie s'offre la courageuse liberté de renier publiquement une foi à laquelle elle n'adhère en rien.
Last exit to the future
Ainsi donc, c'est l'esprit même de saint Benoît, l'homme qui sut, à un moment crucial de son histoire (les «Grandes Invasions»), reconstruire l'Europe sur le triple legs de Jérusalem, d'Athènes et de Rome, c'est l'esprit de ces saints hommes du haut Moyen-Âge, dont les monastères recueillirent pieusement plus de deux millénaires d'histoire déjà écrite, qui est venu - ne serait-ce qu'une fraction d'instant - donner l'inspiration qu'il fallait au conclave, et j'oserais dire donner l'impulsion qu'il fallait au monde qui s'annonce. L'Église renaît de ses cendres, enfin. Et c'est ici, en Amérique, que ce legs nommé «Europe», qui fut l'oeuvre de saint Benoît et de ses successeurs, nous a été confié; cette arche trinitaire où Jérusalem, Rome et Athènes ont vogué ensemble durant plus de mille ans, c'est ici qu'il faut la reconstruire, en y adjoignant ce que furent Londres, Paris, Berlin, Madrid, Varsovie, Moscou, à nous d'oser faire de l'Amérique un véritable et brave Nouveau Monde.
Maurice G. Dantec, Montréal, le 10 mai 2005
P.S.: Le peuple de France, dans sa majorité, a dit NON à la «constitution» bruxelloise; il a dit OUI à ses traditions et à son avenir. L'Assemblée nationale du Québec, unanime, a dit NON à la charia au Canada; elle a dit OUI à ses traditions et à son avenir. Ad Majorem Dei Gloriam.