
Turbo-Réaction : Pierre Foglia
par Maurice G. Dantec le 10/06/2004
Turbo-Réaction : Pierre Foglia
In Egards - NUMERO III - PRINTEMPS
2004

En guise d'introduction à ce qui sera peut-être comme une sorte de leitmotiv, je me permets de citer mon auteur fétiche, Joseph de Maistre : On n'a rien fait contre les idées tant qu'on n'a pas attaqué les personnes. Il semblerait qu'au Québec, jumeau inverti du Canada où le libéralisme d'origine anglaise fait loi, on ait oublié cette tradition d'ailleurs tout aussi française que britannique, qui est celle du duel verbal, osons le dire: du pamphlet, du libelle, de l'attaque personnelle, à l'épée non mouchetée, voire au sabre d'abordage, s'il le faut. Cela ne se fait pas ici, me suis-je déjà entendu dire. Ou, variante plus moderniste: tu es grillé à La Presse, maintenant.
Wow! - me suis-je cru malin de répondre: grillé à La Presse ? Tu veux dire dans le second quotidien le plus lu à Montréal ? C'est comme si on m'annonçait, un air terrible barrant le visage, les lèvres retroussées d'horreur: A-L-E-R-T-E, tu viens d'être rayé des listes du Dauphiné Libéré, ou du Clairon des Ardennes! Et ce n'est pas ma faute s'il faut que chaque époque connaisse son histrion caractéristique qui rassemble en lui, en un point de synthèse culminant à des degrés qui font passer l'incandescence solaire pour l'éphémère flamme d'une allumette dans les toilettes extérieures d'un camping, toutes les tares les plus démonstratives du journalisme nécessiteux et de la littérature de service, pour ne pas dire de servitude. Peu m'importe, dans ce contexte, toute référence directe à l'actualité, comme tout ce qui provient des junkyards du post-modernisme démocratique, tout, absolument tout dans ce type de discours est recyclable. Éternellement. C'est son unique avantage. Et la signature du Démon nommé généralement Médiocrité.
Son nom, ici, maintenant, au Québec, en 2004, et pour quelque temps encore malheureusement, son nom résonne comme une sorte de diapason national sur lequel tant bien que mal tout le monde s'accorde. Si vous ne trouvez pas trace cette semaine de sa sinistre prosopopée dans Voir, ce sera dans Ici, si ce n'est pas dans Le Devoir ce sera dans Le Soleil, si ce n'est pas un rubricard, masqué ou non, ce sera dans un courrier des lecteurs, si ce n'est pas un «musicien» ou un «plasticien» qui récite le couplet convenu de l'artiste intermittent-et-subventionné contre Bush, c'est la chroniqueuse mondaine du coin qui s'y colle et nous sert, du haut de ses talons de drag-queen, ses vues sur la géopolitique mondiale, et la couleur à adopter cet hiver pour son chihuahua, et je ne parle pas de Télé-Québec, que je décide à cette heure de publiquement dénommer Télé-Québekistan. Pierre Foglia est le modèle type du jumeau inverti québécois, ce «supercanadien» que j'évoquais dans ma chronique précédente, et ce n'est pas le moindre des paradoxes, pour ne pas parler de «mystère», que de constater que ce n'est absolument pas par la force de son verbe, puisque celui-ci n'en recèle strictement aucune (cet homme sans style est à l'image de ses idées, sans fond), qu'il peut ainsi gagner les consciences de millions de ses compatriotes. C'est tout simplement parce qu'on n'a absolument pas besoin de lire Pierre Foglia pour être en accord avec ce qu'il dit, puisque tout le monde est d'accord, à priori, avec tout ce que dit Pierre Foglia. Sans quoi Pierre Foglia ne l'écrirait pas. Car La Presse ne le publierait pas.
Il faut sans plus attendre que je soumette à mon lecteur cette série d'indices concordants tendant à prouver qu'un journaliste moderne de La Presse parle plus mal le français qu'un petit jésuite des années 1950, de la même manière qu'un homme politique québécois de ce début de siècle, en comparaison avec son homologue de l'époque de «la grande noirceur», ressemble à un analphabète instruit par un instituteur stalinien. On sait, depuis Karl Kraus et Ambrose Bierce, mesurer l'ennui et la malhonnêteté qui se dégagent d'un texte, surtout journalistique. Un des premiers indices concerne l'attaque du «sujet». Si votre homme parle de sa femme, de sa mère, de sa fiancée, de son téléphone portable ou de son chien pendant la première moitié de sa chronique, c'est que soit comme d'habitude il n'a rien à dire, soit, encore pire que d'habitude, qu'il s'en contrefiche comme de sa première chemise, soit - et c'est là que peut apparaître une brèche pour le démineur des vérités qu'il est fort embarrassé pour s'en dépêtrer, les doigts encore tout collants des centaines de mensonges qu'il a asséné quotidiennement à ses lecteurs pendant des mois, pour ne pas dire des années. Le papier journal n'a pas exactement les mêmes vertus que le kleenex, même s'ils finissent tous deux à la même place. C'est pourquoi Pierre Foglia a inventé le journalisme recyclable. En gros, imitez peu ou prou la diplomatie francaise: dites ce que ce que tout le monde pense, matraquez jusqu'à plus soif les mêmes irrésistibles «idées», quels que soient les démentis que vous opposent les faits, vantez les mérites de livres illisibles mais farouchement «opposés au système capitaliste des multinationales américaines» (le plus bel exemple d'oxymoron jamais mis en lumière par cette sous-culture), usez de métaphores mystérieuses, à la Marie Laberge, ou plutôt à la mode Je Suis Partout, pour faire croire que vous recelez les secrets les plus profonds au sujet des Vrai-Maitreuh-du-Mondeuh (les banquiers juifs, comment, vous ne le saviez pas?), alors qu'en fait vous ne planquez rien de plus que la clé des toilettes extérieures du camping dont je parlais plus haut, où vous irez vous enfermer avec votre exemplaire de Noam Chomsky.
Foglia, qui ne perd jamais une occasion de briller dans les bordels de
campagne de la Propagande pacifisto-sociétale, aligne en effet perle sur perle,
et ce n'est pas sa pathétique citation d'on ne sait quel pignouf «spécialiste en
éthique des relations internationales» (ah! ah! ah! ah! ah! relisons un bon coup
Machiavel et Thucydide pour bien apprendre à rire devant de tels titres
doctoraux, aussi pompeux qu'ineptes) qui parviendra à sauver ce désastre
général, et parfaitement toléré, de la langue et de la pensée. Nous passerons
sur la première préciosité de vieille serpillière pédante où ce triste sire se
croit permis d'écrire, dans la bouche de «sa fiancée» (le quinqua-baby-boomer se
tape désormais des fiancées, du temps où les hommes en avaient encore, on disait
des «maîtresses»): il a dû arriver quelque chose de grave dans le monde, et tu
sais comment ils sont (elle parle de la rédaction du journal), quand la
situation internationale devient le moindrement complexe, ils ont toujours le
même réflexe, appelons Foglia, il va tout bien nous expliquer. L'article dont il
est question ici date du lendemain de la capture de Saddam Hussein. Michel
Tremblay devenu expert en balistique démographico-globale, Florent Pagny
bombardé roi des press-rooms du Pentagone, ladies and gentlemen le gouvernement
du Québec et le journal La Presse ont l'honneur de vous présenter le déchiffreur
en chef des Grands Mystères de ce Monde!
Appelons Foglia, il va tout bien
nous expliquer. Il pourra par exemple essayer de nous expliquer le miracle,
comme le savait Léon Bloy, le Bourgeois est faiseur de miracles à ses heures
perdues, c'est-à-dire chaque fois qu'il émet un cliché, autant dire chaque fois
qu'il ouvre la bouche, nous expliquer le miracle, disais-je, de cette série de
locutions, quoique ce dernier mot soit un peu tiré par les cheveux pour décrire
cet immondice linguistique :
Si c'est 30 lignes pour une bonne nouvelle, pour la moitié d'une bonne nouvelle c'est 15. Exactement: la moitié d'une bonne nouvelle. Je vous explique (il va tout bien nous expliquer, zallez voir). Le peuple irakien vivait sous la double férule de Saddam Hussein, qui le terrorisait, et DES Bush (c'est moi qui souligne), le père d'abord, puis Clinton, puis le fils du premier, qui ont saigné l'Irak à blanc pendant 13 ans avant de l'envahir.
Vous avez bien suivi l'épisode de Dallas raconté par Foglia? Surtout le moment où - tiens? la généalogie des Rois du Pétrole texans croise celle des Superdémocrates de l'Arkansas... Ouah. On survole le monde depuis des hauteurs béantes, si l'on me permet de citer Zinoviev, ce qui me semble bien venu dans ce contexte. Non seulement ce pitre ne sait pas écrire, mais il ne sait même pas compter, sans compter, justement, qu'il mélange les dynasties, et se prend les pinceaux dans sa «double» férule à quatre têtes. La suite est évidemment du même tonneau. On s'en doute: Saddam Hussein est coupable mais pas plus que les (salauds de, vilains réacs de, cochons z'impérialistes de, rayez les mentions inutiles) méchants Américains. Et cette bonne poire, truffée du chocolat fondant de la corporation merdiatique franchouille, de nous refaire le coup des abominables «sanctions» économiques, comparées d'un trait de plume digne de Faurisson, de Joseph Goebbels, ou des Guignols de l'Info (sur Anal+) aux explosions atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki. C'est que, le croiriez-vous? 500 000 petits nenfants nirakiens sont morts «à cause» des sanctions de l'ONU (cela devient vite, grâce à la pente glissante de la pissotière de l'opinion publique incarnée: les sanctions américaines).
Tout le monde sait pourtant que ces «sanctions» furent drastiquement doublées du super-rationnement terroriste et criminel imposé par Saddam à ses propres hôpitaux et autres infrastructures vitales, en premier lieu pour punir son peuple de ne pas l'avoir assez soutenu en 1991, voire, comme les chi'ites, de s'être ouvertement révoltés avant que l'ONU - la France en tête - n'oblige le gouvernement américain à respecter le mandat international et donc à se contenter de «libérer le Koweit», sans toucher à leur ami le Satrape de Bagdad, mais qu'importe, ce qui compte c'est d'avoir l'air du gars à qui on ne l'a fait pas, j'en ai vu d'autres, moi môssieur, et ma fiancée me trouve génialement libre d'esprit et férocement critique, moi môssieur, je suis capable de sortir une énormité telle que: «Les mesures économiques sont rarement présentées comme une arme de destruction massive» (sic!) sans que personne ne s'esbaudisse, car il ne vaudrait mieux pas, je vous le garantis. Suivi du refrain: On connaît moins, pour des raisons de désinformation virulente, les horreurs commises par les Bush. Je retiens à grand peine les soubresauts presque frénétiques de mon diaphragme et les crispations irrémissibles qui tendent résolument mes zygomatiques vers le haut, tandis que les larmes me viennent inexplicablement aux yeux, et qu'un son étrange sort à répétition de ma gorge, Seigneur, je n'avais pas tant ri depuis un spectacle de Raymond Devos, en 1973. Il faudrait que quelqu'un informe au plus vite Pierre Foglia, et les milliers de propagandistes de la Voix de la France dans son genre, qu'il y avait en tout cas une arme de destruction de massive dont il fallait s'occuper de toute urgence en Irak. Elle s'appelait Saddam Hussein. Les Américains s'en sont occupés. La corporation pro-franchouille s'énerve: cette guerre n'échoue pas assez. Je ne sais quels sont les médias qui désinforment ainsi de manière virulente la population du Québec, il faudra là aussi que Foglia rende compte de ce miracle: toute la population québécoise serait ainsi désinformée? Mais par qui? Qui sont les débiteurs patentés des infâmes déjections révisionnistes dont lui même ne représente, au bout du compte, que la diarrhée la plus cliniquement stable? Qui, sinon ces médias locaux dont les excréments imprimés ne sont bien que ce qu'ils paraissent: l'ultime pet foireux de baby-boomers grotesques qui se vantent d'avoir été marxistes «de 1957 à la Chute du Mur*». Qu'un «journaliste» aussi professionnel que ce Mont Everest de la prescience des affaires de ce monde connaisse, de par ses dons de seconde vue, l'emplacement exact des camps d'extermination secrets où la famille des zorribles vampires texans ségrégationnistes fait brûler des millions de Musulmans et de Noirs dans ses fours crématoires n'a évidemment échappé à personne. Mais il est franchement dommage que Foglia laisse ainsi le lecteur sur sa faim, on aimerait en savoir plus sur les innombrables atrocités commises par cette famille d'anthropophages de la Bible Belt. En tout cas une chose est sûre, dans ce premier exposé du cas le plus représentatif, sans doute, de la déliquescence gluante et copromorphique du journalisme national-poutinesque, on peut affirmer sans risque de se tromper que voilà enfoncés les pires tuyaux crasseux de la bonde d'éjection des eaux usées de la pensée franchouillarde. Serge July, de Libération, ou Edwy Plenel, des Renseignements Généraux (oups! je voulais dire: Le Monde), ont trouvé leur maître, on ne s'attendait pas a priori à le trouver dans le pays qui a su produire Hubert Aquin, et Lionel Groulx.
Et c'est ainsi que votre fille est muette, que la Palestine appartient de droit immémorial aux Arabes qui y sont arrivés plus de 2000 ans après les Juifs, et que l'horrible «secte Bush» s'embourbe dans «le nouveau Vietnam de l'Irak», après avoir échappé de peu à un véritable Stalingrad-sur-Euphrate lors de la prise de Bagdad! Et c'est ainsi que, pour notre plumitif du Chott-el-Arab, lorsque l'armée américaine capture Saddam Hussein dans son trou à rat de Tikrit, elle s'est contentée de faire - dans ce jargon inqualifiable qui ose parfois se targuer de «défendre» la langue française: la moitié de la job. La Casquette d'Amiral-en-Chef et d'Analyste Suprême des Variations Géostratégiques Invisibles du Monde Connu-de-Lui-Seul solidement vissée sur son crâne d'hydrocéphale gonflé à la postculture pop, Pierre Foglia, sa dernière prophétie battue en brèche par l'irruption obscène de la réalité, sous la forme d'un hibou cavernicole hirsute tout juste capable de prononcer un phonème unique, avec une agitation sanitairement contrôlée de la langue, semble commettre, c'était couru, le crime impardonnable de poursuivre la bêtise peut-être inconsciente par la manipulation désormais assumée, quoique avec l'hypocrisie nationale-gémellaire de rigueur. Même pas le courage suicidaire d'oser affirmer: Rien n'est fait, c'est du bidon! - sinon le temps de quelques rapides passes qu'il éparpille dans son «récit», comme les conspirationnistes à la Thierry Meyssan, ou certaines professionnelles de la rue Ontario; un peu de panache serait pourtant en mesure d'amener un éclat de lumière dans le style charbonneux qui est le sien, mais c'est sans compter sur le trope grisâtre qui se pare de multicolorisme et qui fait que tout ressemble, au final, même le langage, à un bodybuilder de la Gay-Pride se trémoussant au son de «YMCA» sur son char de parade. La moitié de la job! C'est sans doute ce qui a été fait lorsqu'on a conçu ce bipède hominidé qui, tel un Francisque Sarcey de son époque, déshonore à chaque fois qu'il les prononce les mots d'art, de littérature, de critique, de politique, et d'humanité. L'article fumant qu'il a rédigé pour cette page 7 du numéro de La Presse du lundi 15 décembre 2003 vaut son pesant de québecquitudes, on dirait du Michel Tremblay, dans une quarantaine d'années, lorsque l'Alzheimer ou l'encéphalite spongiforme auront frappé et qu'on écrira directement des romans en super-Html-version Lariflette5.0. À la fin de son laborieux exposé, où l'on avait appris en premier lieu que sa mère ne lui a pas téléphoné ce jour-là, Foglia nous fait part d'un scoop qui restera sans nul doute gravé dans les annales du journalisme (inter)national: il sait, figurez-vous, un sourire narquois aux lèvres, il sait, lui, où se cache le méchant-salaud de nazi-chrétien de connard texan criminel de guerre réactionnaire-de-droite - pardon je/il s'emporte - de Président élu illégalement - de mes fesses - Bush. Il y a plusieurs semaines déjà, il nous faisait part de ses réflexions stratégiques sur heu... l'impossibilité pour les Américains de remettre la main sur Ben Laden ou Saddam Hussein, et quelques mois plus tôt sur, tendez les lèvres en direction de la débitrice automatique de clichés, le martyr du peuple bagdadi quand les Américains - ces barbares ne respectent donc rien! - avait laissé les merveilles muséologiques de cette cité-millénaihaireuh être pillées sans tirer le moindre coup de feu! Ah s'il s'était agi du Ministère du Pétrole, on n'aurait pas vu ça, n'est-ce pas madame Michu (ou Brossard)!
Rien ne fut dit, bien sûr, quelques jours plus tard, lorsque la collection
fut retrouvée, quasiment intacte, après que les soi-disant «pillards» se fussent
révélés des conservateurs et amis du musée qui, précisément, avait mis les plus
belles ½uvres à l'abri. Quant à celles qui avaient été réellement dérobées,
elles furent pour la plupart récupérées par l'intervention des forces spéciales,
ou discrètement ramenées par ceux qui les trouvaient certainement, au final,
fort encombrantes. Cela, Pierre Foglia ne nous l'a pas vraiment tout bien
expliqué. On imagine au demeurant le piaillement collectif de tous ces
bien-pensants de la morale-en-kit au cas où ces (salauds de, barbares
colonisateurs de, nazi-chrétiens de, rayez les mentions inutiles) Marines
avaient ouvert le feu sur de «pauvres Irakiens en colère» pour protéger de
simples objets d'art. Vous voulez que je vous le fasse, moi,
l'édito-cucul-la-praline qui aurait servi de patron aux jérémiades d'Anne-Marie
Dussault ou d'Amir Khadir si cette fâcheuse occurrence était survenue? Comment,
que dîtes vouhous? Ils ont ôôôsé (un tremblement d'indignation dans la voix est
de rigueur)? Mais que vaut, dites-moi, la vie d'un homme face à une statuette
d'or datant de Persépolis ou de Babylone? Ah, ces Zaméricains, aucun respect
pour la vie humaine, ils sacrifieraient une population entière pour quelques
sarcophages ou poteries antiques! Reheu-gahar-déhez - un tremblement
d'indignation dans la voix est de rigueur: ces barbares ignominieusement
calculateurs n'ont même pas détruit les installations pétrolières, et maintenant
ils massacrent sans pitié de pauvres gens qui pillent les richesses du pays par
suite du désespoir et de l'anarchie que le régime de Saddam ET l'intervention
alliée ont suscités. N'est-ce pas ma chérie, n'ai-je pas tout bien expliqué,
encore une fois? Ah, comme il est facile de l'entendre cette voix, et de la
laisser prendre la parole à votre place, pour un bref instant. C'est ce qu'il y
a de bien avec la sous-pensée de caniveau du journalisme contemporain, c'est
qu'au moins les crottes sont bien rangées. La publicité écologiste de la ville
de Montréal semble ici s'appliquer avec toute la netteté que laisse une
déneigeuse derrière elle, lorsqu'elle est conduite par un ouvrier non
syndicratisé, et à jeun: Pierre Foglia n'est pas une ordure, non, il faudrait
qu'il puisse mordre pour cela, qu'il soit doté d'un instinct véritable de vie et
de survie, une force de réaction qui l'oblige à prendre une position autre que
celle qu'attendent ses lecteurs, qu'il a patiemment formé au fil des ans. Non,
je l'avais déjà signalé plus haut, comme presque tout aujourd'hui dans une
société écologiquement gérée, Pierre Foglia n'est pas une ordure, car il est
recyclable.
Maurice G. Dantec