"La destruction de l'Humanité est en cours mais, selon certains "critiques", ce n'est pas au romancier d'en rendre compte."
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Maurice G Dantec

Oui, The People

par Maurice G. Dantec le 02/06/2005 Ring


Réaction au vote français du référendum sur la, constitution européenne du 29 mai 2005
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Je tâte le pouls de l'Europe, et je sens qu'elle veut vivre : donc vous êtes morts.

Ernest Hello -



Alors, plus personne n'osait s'y attendre, le peuple de France s'est réveillé.


Devenu depuis des années l'objet du mépris confédéré de toutes les bourgeoisies du pays, on l'avait un peu vite‑ moi le premier ‑ imaginé abattu, couché sur la terre même qui l'avait vu naître, tel un pauvre chien asservi à jamais aux discours de la bien-pensance institutionnelle, aux sbires de la « Gouvernance » et de ses oukases.


Alors, avec la terrible sévérité des nations trahies, le peuple de France a dit : NON.


Il fallait avoir avalé jusqu'à la lie le traitement de la Guerre en Irak par les médias français - élixir quotidien de vomitive propagande ‑ pour ne pas sentir son c½ur immédiatement soulevé par les insultes et les divers noms d'oiseaux que les barons de Bruxelles et leurs prébendiers lâchèrent, des semaines durant, sur tous ceux qui eurent le toupet d'affirmer leur négative conviction, au contraire des petits collabos pour lesquels ce référendum n'était, après tout, qu'une formalité à laquelle on allait, comme il se devait, répondre par l'affirmative « citoyenne ». Cela vint d'à peu près tout le monde, je veux dire de tout ce « monde » des élites cooptées et sûres de leur fait : politicards, journalistes, artistes appointés, « intellectuels », ouebzineux, et nous eûmes droit à quasiment toute la panoplie disponible : hypocrites, cons, menteurs, salauds, révisionnistes, extrémistes, xénophobes, populistes, démagogues, falsificateurs, moutons noirs, j'en passe, le dictionnaire entier des injures pour gauchiste amateur n'y suffirait pas. La benne à ordures de la République se déversa sans compter sur les hommes et les femmes qui allaient, ô scandale, « mélanger leurs voix » à celles de Le Pen, ou de Villiers, et non pas avec celles de Hollande ou de Chirac, dont on connaît la proverbiale hauteur du sens éthique.


Mais ce n'était rien. Non, rien du tout à côté de ce qui se déverse par tombereaux entiers depuis la victoire, très nette, beaucoup trop nette sans doute (sans parler de l'uppercut néerlandais qui a suivi au finish), de ceux qui ne veulent pas de cette Europe de bureaucrates, de ceux qui ne veulent pas d'une « constitution » élaborée par un comité de barbons du genre de monsieur Giscard d'Estaing, de ceux qui ne veulent pas d'une Europe coupée de ses racines historiques bimillénaires, de ceux qui ne veulent pas d'une « constitution » qui ressemble à un « contrat » passé entre deux multinationales sur la vente de certains actifs.


Il faudra au plus vite tenir un Livre Noir du totalitarisme « démocratique », celui qui se traduit si précisément par l'aphorisme-éclair de Gòmez Davilà : Démagogie, mot qu'emploient les démocrates quand ils ont peur de la démocratie.

Il faudra en effet tenir le recensement exact des insanités sous lesquelles les « salauds de pauvres », les « ordures de ploucs », les « Le Penistes de comptoir », et autres spécimen du zoo des petits profs aigris, furent ensevelis par ces cohortes vociférantes de zombies littéraires devenus rois du blog, cette malédiction qui fait de chaque crétinoïde post-moderne l'éditeur « en-ligne » de sa propre déchetterie intellectuelle, il faudra les graver dans le marbre du mausolée des civilisations, tous ses « mots », à peine gros, mais débordant de cette suffisance et de cette haine qu'exsudent les bouches tordues en vilains rictus de donneurs de leçons.


Il va bien falloir leur expliquer, il va bien falloir les mettre au pied du mur.

Il va bien falloir leur dire que cette Europe, NOTRE EUROPE, c'est sans eux que nous allons la faire. Et peut-être même CONTRE eux.


Alors OUI, LE PEUPLE a dit NON à vos stériles bavardages socio-économiques qui, bien qu'étalés sur 430 amendements, ne fondent absolument rien, et passeront, dans quelques siècles, voire une ou deux décennies à peine, pour une mauvaise blague lâchée depuis son hospice par un ancien ministre du Budget atteint du Parkinson.

Alors, OUI, LE PEUPLE a dit NON à l'abandon de sa souveraineté et de ses libertés, il a dit NON à la NON-EUROPE que vous vouliez lui fourguer, comme de vulgaires dealers de poudre (aux yeux), il a dit NON à la destruction de sa civilisation, il a par conséquent dit OUI à ses traditions fondamentales, et il a dit OUI à son futur. Voilà pourquoi il a dit NON à votre faux avenir, NON à votre histoire truquée, NON à votre présent abominable.


Voilà aussi pourquoi notre « camp » était marqué du sceau de l'infamie par vous décrétée : hétérogénéité bien trop visible pour être honnête. Cela nous permit d'établir au passage le constat drolatique que le «pluralisme » n'a droit de cité qu'à la stricte condition qu'il fasse consensus, invention ô combien novatrice de nos suzerains démocrates : la pensée unique mono-plurielle !

Nous étions en effet largement plus nombreux que l'addition des électeurs traditionnels des formations politiques qui avaient, chacune pour leurs propres raisons et agendas, embrassé la cause de notre refus, nous n'étions du coup plus tout à fait définissables, étiquetables, repérables par tous les Yes-Men bien rangés, alignés, homogènes, derrière leurs petits chefs chiraquiens, libéraux, socialistes, écolos ou post-soixantuitards.


Voilà pourquoi, au fond, leur colère ne connaissait pas de fin.


Voilà pourquoi, WE, THE PEOPLE, nous avons fait ce qu'il y avait à faire : vous nous aviez effacés d'emblée de votre immonde papelard, je l'ai écrit dans un texte précédent, je ne reviendrais pas sur votre risible préambule de Chefs d'État classés par ordre alphabétique, mais dîtes vous bien que l'Histoire, la vraie, celle qui s'écrit non pas de la plume bien rôdée d'un sénateur, mais du sang toujours renouvelé des nations, a réellement horreur du vide et qu'elle se « venge » comme la nature le fait, c'est à dire avec beaucoup d'intelligence, de cruauté et d'efficience, mais sans la moindre once de cette agressivité qui est un sentiment bien trop humain pour avoir quelque chance de vous faire le moindre mal.


Alors l'Histoire s'est vengée, en se moquant de vous.


Les peuples européens étaient évacués du texte même censé faire d'eux les maîtres de leur destin ?! Seul un bureaucrate bruxellois, un Giscard d'Estaing, un olibrius cultivé quelconque, pouvait atteindre ainsi, sans coup férir, de tels Annapurna du comique involontaire.


Le « WE, THE PEOPLE » qu'il n'y a pas, et qu'il ne peut y avoir, dans cette « constitution » de syndics de propriété, est comme revenu en un terrible boomerang apophatique à la face de ceux qui l'avaient péniblement écrite, et qui avaient « oublié » l'essentiel.


WE, THE PEOPLE, nous vous avons donné un cours d'histoire et de politique, pour ne pas dire de « métapolitique », nous vous avons apporté la preuve tangible que vos machines se bloquent au moindre grain de sable, nous vous avons démontré que tant que vous ne les aurez pas détruits, les peuples d'Europe continueront de vous poser des problèmes, que tant que vous ne les aurez pas totalement asservis, il leur restera le gramme de liberté nécessaire à faire dérailler vos trains, qui arrivaient jusque là toujours à l'heure.


OUI, NOUS, LE PEUPLE, contre toute attente, nous vous avons confronté à l'esprit incendiaire de la liberté, WE, THE PEOPLE, nous avons osé faire acte de notre souveraineté avant qu'on nous la supprime, OUI, NOUS, LE PEUPLE, nous avons dit NON à notre anéantissement programmé.


OUI, THE PEOPLE, nous sommes encore là, vous ne nous avez pas encore tués.

Il nous reste quelques mots pour empêcher que votre Règne des Ténèbres vienne.


Quelques mots, parfois un seul, cela suffit pour redonner vie à la Parole.


Maurice G. Dantec - le 2 juin 2005