"L'homme est un stratagème de Dieu pour tromper le Diable"
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Maurice G Dantec

Lettre à Cesare Battisti

par Maurice G. Dantec le 01/03/2004 Cancer!

Cher Cesare Battisti,

Nous appartenons tous deux à la même espèce : celle des derniers écrivains. La littérature va mourir, la civilisation qui l'a vu naître est déjà morte. Je vous connais depuis mon entrée dans les souterrains de la Série Noire. J'ai connu des criminels. Il ne m'a pas fallu une seconde pour savoir que vous n'en étiez pas un.

Je ne ferais pas semblant de taire tout ce qui nous différencie, voire nous oppose. Nous ne sommes pas entre jésuites sociaux-démocrates, ceux-là même, au demeurant, qui menacent de vous déporter. Il y a deux jours j'entrais par le Baptême, à 44 ans, dans l'Église Romaine, au moment, probablement fatal, de sa prochaine disparition. Je suis sans doute ainsi fait, moi aussi, pour les "causes perdues".

Je vais vous avouer ne pas connaître très précisément le groupuscule d'extrême-gauche auquel vous apparteniez dans les années 70, mais j'en sais assez sur cette sombre période, celle des fameuses "années de plomb" pour me dire, qu'à tout le moins, une possible "amnistie" politique, même partielle, "négociée", aurait pu se trouver sur l'agenda des nations qui, vous le savez, vont se confédérer à 25 dans quelques mois, sans l'ombre de la moindre soupente civilisationnelle. Cela aurait évité à la triste engeance qui sabote la construction de l'Europe, et collabore depuis 40 ans avec les dictateurs pétrolifères du Moyen-Orient, de se vautrer dans la fange, qui est celle des porcs de leur espèce : la fange du déshonneur.

Que le national-chirakisme, successeur consensuel du Mitterandisme, ait choisi de déporter d'urgence de dangereux écrivains de romans noirs, en laissant s'évaporer dans les terminaux de ses aéroports quelques terroristes internationaux en activité, pourrait faire l'objet entier d'une Philippique lancée à ces traitres socio-pétainistes qui gouvernent le pays, droit dans le mur, est-il utile de le préciser, mais je crois qu'en fait, nous devrions en rire.

Certes, votre situation n'est guère enviable et ne prête pas vraiment à sourire, j'en conviens. Vous êtes face à la TRAHISON. C'est une spécialité nationale depuis 1940, et je reste suave. Mais souvenez-vous du sort des TRAITRES dans l'Histoire. S'il vous reste, j'en suis sûr, vous êtes italien, un reste d'éducation catholique, rappellez vous Judas, son baiser, ses 30 deniers, sa corde, sa silhouette de pendu à jamais incrustée dans les mémoires, pour les siècles des siècles. Raffarin et Chirac s'offrent grâce à vous une virginité à peu de frais dans la lutte au "terrorisme international", mais vous savez comme moi que personne n'est dupe. Absolument personne.

Je suis loin de la France et de l'Europe, de plus en plus chaque jour qui passe, mais votre sort ne peut me laisser indifférent. Je n'ai que ma voix pour - peut-être - faire parvenir un signal d'alarme à ceux qui détruisent patiemment 2000 ans de civilisation européenne : LIBÉREZ CESARE BATTISTI, AVANT QUE VOUS NE FORGIEZ UNE GÉNÉRATION DE TERRORISTES, EX-ÉCRIVAINS.

Bien à vous - avec l'expression de toute ma solidarité -

Maurice G. Dantec. écrivain en exil