
Les cent millions de morts du Communisme sont des cons
par Maurice G. Dantec le 25/01/2006
- Certains coupables sont très utiles : ils nous permettent l'édification des
masses.
- Certaines victimes sont inutiles : elles empêchent l'avancée de la
socialisation démocratique.
(paragraphe 1 du Catéchisme de la Bonne
Démocratie Universelle)
Un document condamnant "les crimes commis par les régimes
communistes totalitaires" a été rejeté mercredi soir par l'Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe.
Telle est la teneur de la dépêche AFP que j'ai reçu ce matin. Il y a des matins qui valent leur pesant d'armes de destruction massive !
Cela continuait ainsi : Le projet de recommandation présenté aux parlementaires au terme de trois heures de débat, n'a pas atteint la majorité requise des deux-tiers pour être adoptée. Le document réclamait notamment "une déclaration officielle en faveur de la condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires" ainsi que l'organisation d'une conférence internationale sur ces crimes.
On pouvait se dire jusque là qu'il devait s'agir d'un malentendu. Voyons, c'était impossible, pensez donc : cette Super-Europe démocratique dont la Constitution turcopéenne est en cours de réécriture, cette Reine des droizumains, cette Impératrice des libertés de la femme et du louveteau sauvage, elle si prompte à dénoncer, partout dans le monde, les odieuses résurgences du Fâ-âscisme, comme l'horrible Naméricain Georges Bush qui ne fait rien qu'a nembêter nos chers amis Zarabes, non, cela devait être une erreur, voyons, toute cette magnifique Europe des Droits de l'Homme n'avait-elle pas chanté à l'unisson avec le peuple allemand lors de la Chute du Mur de Berlin ?
Elle n'avait pas chanté si fort en 1956, pour Budapest - me dîtes vous, ou pour Prague en 1968, ou même pour Varsovie, en 1980. Certes, certes, mais personne n'est parfait, allons donc, surtout pas une nation qui peut quand même se targuer de perdre au moins une guerre sur deux depuis trois siècles.
Les premières lignes de la nouvelle étaient somme toute surprenantes, mais pour quiconque connaît notre pays de cocagne, nourri au lait de Jean-Paul Sartre et à la bouillie philosophique altermondialiste, on pouvait à la rigueur admettre un peu d'exagération.
Mais pas du tout, pas du tout, pas du tout : encore une fois, je me trompais, je n'avais pas encore compris dans quel monde idéologiquement perfectionné j'étais entré. Cela fait longtemps que la France est l'infarctus du myocarde de l'Europe, cela fait longtemps que l'Europe est la dysenterie chronique de la France.
Ainsi la dépêche AFP continuait en ces termes :
Il invitait également les ex-pays communistes, tous membres de l'organisation paneuropéenne à l'exception du Bélarus, à lancer des campagnes de sensibilisation, à ériger des monuments commémoratifs aux victimes et à réviser leurs manuels scolaires. De Prague à Zagreb, en passant par Berlin, Athènes ou Paris, les partis communistes s'étaient mobilisés depuis plusieurs semaines contre une possible condamnation des "crimes communistes".
Que les communistes refusent de voir leurs crimes historiquement et à jamais mis à jour, et condamnés, surtout dans les manuels scolaires, on peut comprendre. Après tout, ils ont beau dire, et accomplir leurs contorsions de jésuites, nous savons bien qu'ils ne ressentent pas l'ombre d'un regret face aux dizaines de millions de cadavres qui remplissent les charniers de leur utopie.
Les criminels de guerre rouges défendent leur pré carré, osons dire leur carré de cimetière. Nous sommes encore dans le monde réel. Le monde du XXe siècle et de ses idiots assassins. Le monde du XXe siècle et de ses victimes encombrantes.
Mais la dépêche de ce matin nous montre fort bien à quel point nous avons changé de siècle.
Il est aujourd'hui non seulement interdit, mais juridiquement condamnable de posséder une Croix de Fer allemande de la seconde Guerre Mondiale, ou bien je ne sais quel emblème austro-hongrois, argentin ou slovaque qui n'a pas l'heur de plaire aux contrôleurs de Ministère du Fétichisme Démocratique. Posséder une étoile rouge soviétique, un t-shirt de Che-Guevara ou un emblème de la Chine Populaire ne porte strictement à aucune conséquence.
Et très franchement, au fond, à y bien réfléchir, qui pourrait ne pas le comprendre ?
Prenons un exemple simple : en 15 ans de pouvoir absolu, le régime de l'horrible général Pinochet s'est rendu coupable de l'exécution d'environ 3000 personnes. Heureusement, les redresseurs de tort de l'Europe Unie-à-la-Turquie savent tenir les comptes et l'affreux général finira bien par payer pour ses crimes.
À l'inverse, grâce aux efforts incessants d'Ignacio Ramonet, de Libération et de la Télévision Publique du Frankreich, nous avons pu éviter que l'on mette fallacieusement en comparaison ces chiffres avec les 45 années de pouvoir ininterrompu du Grand Lider Maximo : les 100,000 ou 150,000 victimes de sa répression passée n'étaient après tout que des laquais de Walt Disney et du Pentagone, et les 30,000 prisonniers politiques qui croupissent aujourd'hui dans ses prisons ne savaient pas, c'est bien clair, écouter les bonnes stations de radio, un peu de rééducation pratique ne leur fera donc pas de mal.
Là où la surprise est de taille, c'est le COURAGE EXEMPLAIRE avec lequel la députasserie euroturque a su mettre un point d'arrêt à cette ignoble tentative de désinformation impérialisto-sioniste au sujet des crimes du communisme.
Ce qu'ont dit, à une vaste majorité, les membres de la bourgeoisie représentative que nous tous, nous, tous les Français, nous, tous les Européens, avons élu dernièrement, est en effet d'une clarté évidente, limpide, lumineuse, ne souffrant pas la moindre contradiction :
1) Les communistes n'ont commis aucun crime puisqu'il est désormais interdit, ou presque, de l'affirmer (bientôt un amendement à la loi Gayssot ?). Il faudrait voir à respecter la règle du droit démocratique, tout de même.
2) Le communisme n'est pas une idéologie criminelle, pas plus, par exemple, que l'islamisme, ou le national-socialisme arabe qui sont déjà, en ce beau pays des libertés, protégés d'être attaqués de façon éminemment discriminatoire, pour ne pas dire râ-âciste.
3) les crimes du communisme n'étant pas des crimes, ils est temps d'affirmer que toutes les soi-disant « victimes » de ces crimes sont soit des imposteurs, ou bien des faussaires, soit de purs fantômes, je veux dire des fictions, des chimères, des légendes, des mensonges, bref des gens qui n'existent pas.
À ce titre, l'Assemblée des Fossoyeurs Eurocrates aura une nouvelle fois parfaitement rempli sa mission, qu'elle a su avec génie appliquer à partir des préceptes orwelliens de 1984 : pour changer le futur, changez le passé. La liberté c'est l'esclavage. Le mensonge c'est la vérité.
Il va falloir que l'Eurofrance songe au plus vite à instaurer une « Journée de la Révision Historique », il est temps en effet de faire participer, dans la joie sans cesse renouvelée du vivransamble, toute la population de notre pays, et toutes celles de ce continent béni des Dieux, à cet effort collectif, courageux, pour ne pas dire héroïque, qui consiste à bien faire comprendre à tout le monde, absolument partout, sans oublier le moindre recoin du globe où la Démocratie et Thierry Ardisson ne sont pas encore arrivés, que les communistes étaient des gens super-cools, qui savaient danser le kazatchok, et collectiviser les terres et les industries.
Il est temps, en fait, et une bonne fois pour toutes, à l'unisson avec ce Parlement dont l'Histoire saura en toute certitude retenir le nom, l'existence, et les augustes réalisations, de prononcer cette sentence ultime, destinée à clore à jamais le tombeau du XXe siècle, et les odieux trucages de ces non-personnes qui, du Goulag à Katyn, de l'Ukraine à Srebrenica, ont osé manipuler les consciences innocentes qui n'avaient lu ni l'Humanité ni les oeuvres complètes d'Olivier Besancenot.
Il est temps en effet, pour tous ces illustres représentants démocratiques d'une Europe qui sait dire non au populisme de la droite réactionnaire-et-anti-progressiste, il est temps, pour tous ceux qui sont chargés de nous bâtir une « Maison Commune », d'éjecter du vestibule tous ces spectres d'un passé définitivement révolu.
Il est temps, en effet, pour l'élite politique de l'Eurabistan, de se préparer activement à accueillir en son sein la Grande Utopie de ce siècle, il devenait donc urgent de réhabiliter celle qui avait dominé le précédent, il était temps d'avoir enfin l'audace d'affirmer que les cent millions de morts victimes du communisme sont des cons.
Ce n'est pas Arnaud Viviant qui me contredira.
Maurice G. Dantec -
Montréal - Le 25 janvier 2006 -