"Si je sais maintenant que le voyage est lui-même le but de la quête c'est parce que toute recherche consiste d'abord à se perdre."
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Maurice G Dantec

La Guerre des Mondes

par Maurice G. Dantec le 07/07/2005


Les bobos parisiens étant partis en pèlerinage à Ouarzazate, leurs amis "libérateurs" du peuple arabe viennent d'assassiner une quarantaine de sales White Anglo-Saxon Christians, en plein sommet du G8, au coeur de la capitale britannique, quitte à faucher au passage la vie de quelques-uns de leurs propres coreligionnaires. La haine de ces gens-là, comme l'amour des enfants qu'ils ont assassinés, est aveugle.
 
L'été était à la porte. Son arrivée imminente, annoncée depuis des semaines par les vitrines, les slogans et les écrans, était fiévreusement et dévotement attendue. Défilés de mode, magazines, programmes de télé, tout gravitait autours de la planification de la sainte procession estivale. Le compte à rebours touchait à sa fin et des centaines de millions de travailleurs mettaient les bouchées doubles. Alors que les adolescents chargés d'hormones arpentaient les rues caniculaires, la vieille Europe toute entière était fébrile à l'approche de la saison des congés payés.
 
C'était sans compter les groupes terroristes du réseau Al-Qaida, désireux eux aussi de gagner leur place au soleil et de jouir de leur part du grand orgasme estival. Mais à la différence des cohortes de vacanciers amblyopes dont le rêve se résumait à une simple escapade au Club Med de Djerba la Douce, les martyrs du Djihad, nourrissant des ambitions plus grandioses, songeaient davantage à un ticket sans retour pour le paradis des soixante-douze vierges promis par le Coran. Répondant en quelque sorte à l'agitation festive, les fous d'Allah ont choisi de faire exploser leurs engins de mort comme autant de feux d'artifices embrasant le ciel de solstice entre le quatre et le quatorze juillet, inaugurant ainsi en pompes funèbres la grande récréation annuelle.

Entre deux révolutions des Lumières s'est immiscée la rébellion de l'obscurantisme.
 
Le matin du 7 juillet Londres se réveillait dévastée et meurtrie comme aux heures les plus sombres de son histoire. Le spectre du fascisme qui plane à nouveau sur l'Europe a frappé en son coeur comme il l'avait fait au siècle dernier. La dernière fois que la cité britannique avait été attaquée par une force étrangère c'était, faut-il le rappeler, par le Troisième Reich. De tristes souvenirs, on se remémorera que les déflagrations mortifères qui tuèrent les derniers londoniens innocents avaient alors pris l'apparence apocalyptique des V1 et V2 nazis - dont on sait à présent qu'ils faillirent rugir du souffle nucléaire. Comment renoncer à faire cette comparaison devant les scènes étrangement familières de rues couvertes de gravats et de bouches de métro dévorées par le baiser mortel des engins explosifs? Force est de reconnaître que, dans le miroir faustien de l'histoire, ces deux Terreurs s'observent et se ressemblent cruellement.
 
Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, une nouvelle Guerre a commencé, une Guerre des Mondes. A l'ancien Dragon terrassé par Saint-Georges s'en est substitué un nouveau, plus résolu et plus indomptable encore que le nazisme ou le communisme, une bête monstrueuse, elle aussi en quête de lebensraum, elle aussi décidée à tout pour parvenir à ses fins, elle aussi prête à souffler son feu abject sur les populations civiles pour faire plier leurs souverains. De cette Guerre des Mondes, H.G. Wells nous a donné un avant-goût saisissant, mais ce sont sans nul doute les écrits dystopiques de George Orwell qui pressentent le mieux les événements tragiques auxquels nous venons d'être confrontés. Dans 1984, le romancier nous livre le témoignage d'anticipation d'un citoyen de Londres, capitale d'Océania soumise à une attaque surprise des forces d'Eura(b)ia, un témoignage saisissant qui aurait pu être livré en 2005:
 
"Brusquement, toute la rue fut en ébullition. Le cri de sauve-qui-peut fusa de tous côtés. Les gens filaient chez eux comme des lapins. Une jeune femme jaillit d'une porte, s'empara d'un petit enfant qui jouait dans une flaque, l'enveloppa vivement de son tablier et rentra chez elle d'un bond. (...) Winston se jeta promptement sur le sol. (...) se couvrit la tête de ses bras repliés. On entendit un grondement sourd qui sembla soulever le pavé. Une pluie d'objets légers lui tomba en grêle sur le dos. Quand il se releva, il vit qu'il avait été couvert de fragments de vitre tombés d'une fenêtre voisine. Il reprit sa marche. La bombe avait démoli un groupe de maisons à deux cents mètres dans le haut de la rue. Une colonne de fumée noire pendait du ciel et, au-dessous, il y avait un nuage de poussière de plâtre dans lequel, autour des décombres, une foule se groupait déjà. Il vit devant lui, sur le pavé, un petit morceau de plâtre rayé d'un brillant trait rouge. Quand il l'atteignit, il identifia une main, sectionnée au poignet. La coupure était rouge, mais la main était si blême qu'elle ressemblait à un moulage de plâtre. Il poussa la chose du pied dans le caniveau[1]."
 
De ce qui vient de se passer en Angleterre, peu de spécialistes auraient pu prévoir le millième voilà plus de quatre ans. La science-fiction, elle, ne prétend pas voir dans l'avenir comme à travers une boule de cristal mais il faut admettre que, parfois, les prophéties qu'elle livre présentent d'étranges correspondances avec la marche réelle du temps.
 
De ce qui vient de se passer en Angleterre, il n'est pourtant pas nécessaire d'être devin pour imaginer les suites. Dans la fumée s'échappant des crevasses forées par les bombes islamistes, la Pythie lirait comme dans un livre ouvert: les terroristes professionnels, dont le plus illustre représentant après Arafat vient d'être élu à la tête du régime islamique iranien, n'entendront certainement pas s'arrêter en si bon chemin.

Les puissances qui ont choisi de faire la guerre en Irak vont continuer à payer le prix de leur courage. Tel Rascar Kapac maudissant les archéologues dans les 7 Boules de Cristal d'Hergé, Ben Laden avait mis en garde les membres de l'expédition en Mésopotamie. On peut d'ores et déjà s'attendre à ce que les prochains sur la liste soient le Danemark, l'Italie, le Japon, la Bulgarie ou la Pologne. Mais si les Djihadistes sont conscients que certains Occidentaux, pour la plupart habitant l'Ouest d'Océania, redoubleront d'effort dans la lutte contre le terrorisme, ils savent pertinemment aussi que les autres, ceux qui peuplent les limes d'Eurabie risquent de se soumettre facilement au chantage de la terreur comme ils s'y sont docilement soumis aux lendemains des attentats de Madrid.


Ces autres nations du monde civilisé, celles qui ont fuit leurs responsabilités, celles qui ont fait des reculades leur sport national et de la dénégation une seconde nature, ne seront pas épargnées. A leur tête, Chirac, spécialiste de la guerre des mots plutôt que de la guerre des mondes, a cru opportun de lancer un "Ich bin ein Londoner" dithyrambique. Mais que l'on ne s'y trompe pas! Dans son cas le London Calling qui vient de retentir ne rime ni avec Clash ni avec Rock the Casbah, il sonne plutôt comme une oraison funèbre, celle de ces vieux États séniles se préparant une fois encore à capituler devant les exigences de la barbarie expansionniste comme ils l'avaient fait en temps similaires à Munich. L'avenir des lâches semble dors et déjà se résumer à se coucher sur le tapis de la "soumission" ('aslama" en arabe) tout en continuant hypocritement à se lamenter sur le sort de ces pauvres gens colonisés par l'impérialisme yankee.


Il ne serait pas étonnant que les pays qui tentèrent de nous faire avaler la couleuvre de leur fameuse "constitution" européenne  - qui devait apporter paix et prospérité au continent - ne se décident finalement à adhérer à la Conférence Islamique.
 
Nous pourrions au moins bénéficier de prix spéciaux Paris-Téhéran.

TOUT VA DE MIEUX EN MIEUX, DÉCIDÉMENT.
 
Maurice G. Dantec et Cyril Pahlavi, pour Ring