
L'ange noir de la rentrée littéraire passe à confesse
par Maurice G. Dantec le 08/09/2006 Challenges
La rencontre avec Maurice G. Dantec, à Paris, le 4 septembre.
L'ange noir de la rentrée littéraire passe à confesse
Challenges
par Gilles Fontaine
7 septembre 2006
Maurice G. Dantec est de retour. Arrivé la veille de Montréal, sa ville d'adoption, le franc-tireur de l'édition française nous retrouve au bar d'un hôtel cossu du XIV e arrondissement, où il a élu domicile pour trois semaines.
Cheveux en bataille, lunettes et cuirs noirs, chemise sombre et pantalon assorti, sans oublier les grosses bagues de rocker. A 47 ans, l'écrivain soigne son look de mauvais garçon. Fin prêt pour le marathon médiatique de la rentrée littéraire. Et c'est avec Challenges qu'il ouvre le bal. « Vous êtes le premier, alors je me suis dit que j'allais être cool », lâche Dantec, courtois et volubile. Sa Grande Jonction, western futuriste, est l'un des poids lourds de la livraison éditoriale 2006 : près de 800 pages.
L'écrivain est un habitué des coups, en tout genre. En trois romans, dans les années 90, il s'est imposé comme le chef de file du néo-polar, le petit prince du roman noir version cyber-punk. Trois livres, trois best-sellers - Les Racines du mal se sont vendues à plus de 200 000 exemplaires. Le premier, La Sirène rouge, a été adapté au cinéma. Succès mitigé. Peut-être Matthieu Kassowitz propulsera-t-il Dantec au firmament du septième art. Il commence, en novembre, le tournage de Babylon Babies, avec Vin Diesel, le successeur de Stallone, et Daniel Craig, le nouveau James Bond. Mais, ces dernières années, l'homme a surtout fait parler de lui pour ses prises de positions radicales sur l'islamisation de l'Europe, et de la France en particulier ; ses correspondances avec le Bloc identitaire, son soutien à George W. Bush et à la guerre en Irak...
Son éditeur, Gallimard, a fini par le lâcher sur le Théâtre des
Opérations. Il a alors demandé à son agent David Kersan de lui trouver un
nouvel éditeur sur le champ. Et tout St Germain s'est étripé pour signer
l'auteur à lunettes noires. Dantec semble en vouloir à la terre entière. Pétage
de plombs d'un surmené surdoué ou confession d'un néo-réac ? Il joue les
incompris : « Quelque chose s'est brisé . Je ne me sens plus d'affinités avec la
France. » L'auteur se proclame désormais « écrivain nord-américain de langue
française »...
Virage littéraire compliqué Dantec semble au moins vouloir faire la paix avec
ses lecteurs. Son coup de gueule « contre-révolutionnaire », comme il le définit
lui- même, s'est accompagné, dans ses romans, d'un virage compliqué vers la
science-fiction et la philosophie. Beaucoup de ses fans ont décroché. Dans
Grande Jonction, il traite de la lumière, des nombres infinis, de la théorie de
Cantor... Mais façon western. Le shérif, les chasseurs de primes, les
trafiquants d'organes, tout y est.
A l'époque, « beaucoup de quiproquos politiques traînaient à
mon sujet. J'ai mis les pendules à l'heure », lâche-t-il dans une bouffée de
cigarillo. L'homme n'est pas toujours très lisible. Engagé aux côtés des
Bosniaques durant la guerre en ex Yougoslavie - au point qu'il voulut se
convertir à l'islam -, Maurice Dantec vira « chrétien tendance protestante », à
la fin des années 90, à la lecture du théologien suisse Karl Barth. Saint
Augustin et saint Thomas d'Aquin ramenèrent cet agnostique vers le catholicisme.
Il fut baptisé le 16 février 2004.
La politique l'intéresse moins. De la France, il a tout de même gardé son passeport et sa carte d'électeur. Il a dit non à la Constitution européenne, parce qu'il veut reprendre de zéro la construction de l'Europe. Et que l'on « arrête de rogner les ailes aux Russkoffs ». Son modèle : le Saint Empire romain germanique. Mais il réfute l'étiquette d'extrême droite : « Je suis catholique, pro occidental, proaméricain, pro israélien. » Dantec voit ça de loin - de haut - et s'intéresse désormais à « l'interaction entre Dieu et les hommes, aux Ecritures, à la littérature et à la science, à la conviction que l'on est entré dans le dernier cycle historique ». Dantec, pessimiste proclamé, vous raconte la fin de l'homme sur le ton haletant du thriller. Il vous parle d'un « monde qui cache sa propre destruction, comme un volcan ». A terme, la « métamachine » accomplira son oeuvre : « Nous aurons atteint un stade d'informatisation de la société qui fera de chaque homme les seules pièces de la machine. Nous serons les ordinateurs du réseau. » Nous laisse-t-il au moins quelque lueur d'espoir ? Ce serait le grand défi de sa carrière : « Faire un livre sur le second avènement du Christ. » Il y travaille. Mais il mène de front d'autres projets, comme ce thriller politique marquant.