"Il n'y a que l'imagination qui est capable de rendre compte du réel"
in interview
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Maurice G Dantec

Interview quotidien Brésilien

le 05/02/2010 traduction racines du mal

 A l'occasion de la traduction des Racines du Mal au Brésil, 25ème traduction mondiale du best-seller de Maurice G. Dantec, l'auteur répond aux question d'un grand quotidien Brésilien.

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par Juremir Machado da Silva

1) Vous et Michel Houellebecq ont sécoué la littéraratura française aux années 1990. Houellebecq est parti en Irlande et après en Espagne. Vous êtes parti au Canada. Vous vous considérez un écrivain "maudit" comme um Rimbaud, un écrivain qui dérange et doit vivre isolé? Porquoi le Canada sera plus vivable que la France?

Non. Je ne me considère absolument pas comme « maudit. » Je crois plutôt être un privilégié. J’ai quitté la France parce que ce pays ne m’intéressait plus, qu’il se dirigeait droit dans le mur, et que je savais que mon destin se trouvait ailleurs. Je ne me suis jamais senti complètement Français, au demeurant, les origines celtiques maternelles probablement, ainsi que l’influence majeure de la Russie et des USA, très tôt dans mon enfance. Ce n’est pas parce que l’on vit au Canada que l’on est « isolé », même si par la configuration géographique du pays c’est un choix aisé. Pourquoi le Canada est-il plus vivable que la France ? Vivez un mois à Paris, puis un mois à Montréal, vous comprendrez.

2) Vos livres se vendent comme des petits pains et ils sont adaptés au cinéma. Vous êtes célebre et au même temps une sorte d'écrivain marginal. "Racine du mal" dessine un sombre tableau du monde contemporain. Vous vous prenez comme un écrivain "engagé' que doit dénoncer les misères du monde par la fiction ou vous voulez juste raconter des histoires?

Des petits pains ! Comme vous y allez ! Je ne suis ni Marc Lévy, ni Michel Houellebecq, ni Frédéric Beigbeder, ni Bernard Werber. Je vends plutôt comme une bonne  vieille manufacture d’armes. Mes modèles les plus anciens continuent de se commercialiser de par le monde, à un rythme raisonnable, les nouveaux ne sont pas des « best-sellers » immédiats mais s’inscrivent dans la poursuite de ce mouvement à long terme.
Deux de mes romans ont été adaptés, certes, mais vu ce que le cinéma français en fait, je préférerais autant qu’il s’abstienne. Je suis « célèbre », si vous voulez.  Disons que je suis connu d’un certain nombre de personnes, dont mes lecteurs. Et mes ennemis.
Marginal ? Étiquette aujourd’hui revendiquée par tout le monde, la marge est devenue le centre. Qui n’est pas un rebelle, un « radical », qui ne porte pas de t-shirt Che Guevara ou Free Tibet, tout en restant à lire son journal « alternatif » dans son salon Ikéa ?
Je ne crois pas en la posture de l’écrivain « engagé », je ne suis ni Simone Sartre ni Jean-Paul de Beauvoir. Les « misères » du monde ne m’intéressent que fort peu en elles-mêmes. Et encore moins les prétendues « solutions » qu’on nous propose pour les faire disparaître. La guerre, la violence, la haine, le crime, etc, sont des constantes de l’humanité, depuis la Chute. Elles forment l’arrière-plan « naturel » de tous mes récits.

3) Vous vous présenter comme um écrivain français d'âme américaine. En quoi la littérature française vous déplaise?

J’ai dis que j’étais « un écrivain nord-américain de langue française », mais votre propre redéfinition ne me déplaît pas. Cela n’a rien à voir avec la littérature française, par ailleurs, que j’admire jusqu’à une certaine époque, c’est à dire durant le temps de son existence. Une littérature ne renaît pas par magie des décombres. Une  littérature ne peut pas émerger d’un pays qui a effacé sa propre histoire.

4) Vous êtes un écrivain polémique parfois associé à la droite, voire l'extrême-droite. Dans "Les racines du mal", pourtant, on sent pas une posture idéologique affirmée. Vous séparez vos idées de votre fiction?

En France, si vous défendez le peuple juif vous êtes un nazi , si vous défendez la singularité de la civilisation européenne vous êtes un suprématiste, si vous défendez le christianisme vous êtes un  fasciste, si vous défendez l’Amérique vous êtes un impérialiste.
En revanche, vous avez parfaitement le droit, et mieux la « légitimité », d’être antisémite, pro-islamiste, communiste, trotskiste, anarchiste, écolomystique, et toutes ces merveilleuses idéologies qui vont nous faire un monde meilleur.
Je n’ai rien à séparer. La littérature, c’est la seule politika digne de ce nom.

5) Vous être un grand lécteur de Gilles Deleuze et ça se sent dans vos livres, particulièrement dans "Racines du mal". Dans ce sens-là vous n'êtes pas un écrivain bien français?

Gilles Deleuze est un philosophe. C’est sa seule « nationalité » (natio, « famille » en latin) : la pensée.

6) Fréquemment on dit que la littérature française est morte ou qu'elle est ennuyeuse à faire pleurer. "Racines du mal" pourtant est extraordinaire et bourrée d'action comme dans tout bon polar (et c'est un polar différent). Est-ce que la vraie littérature capable de faire penser, de distraire et d'attirer l'attention des gens est devenue la "noire"?

Non. La mienne.

7) On dit que vous êtes pour la peine de mort, contre l'islam radical et pour les États-Unis dans l'Irak. Cela fait de vous un réactionnaire ou un démocrate?


Je soutiens la peine de mort pour les tueurs en série, les tueurs d’enfants, les assassins de masse (comme les gangsters mexicains de Ciudad Juarez), les terroristes, les génocidaires, les criminels de guerre et les criminels contre l’Humanité.
Je suis bien clair ?
Il n’y a pas d’Islam « radical ». Il y a l’Islam, point. (Re)-lisez le Coran, tout y est dit en toutes lettres.
L’Islam est à la fois le néo-totalitarisme synthétique du 21e siècle et l’origine archéo-historique de tous les totalitarismes.
Selon moi, la démocratie c’est la dictature des masses. La « réaction » n’est par définition qu’un mouvement « réactif », or même les morts peuvent avoir de tels réflexes.
Je suis un catholique-futuriste.

8) Est-ce que vous connaissez des écrivains brésiliens? Est-ce que le Brésil existe dans votre imaginaire?

Je connais mal la littérature brésilienne, dans l’univers sud-américain je connais mieux les écrivains Argentins, Chiliens, ou Mexicains, mais paradoxalement, c’est parce qu’il est une « terra incognita » littéraire qu’il continue de focaliser mon imaginaire, grâce à des films surtout, comme Aguirre, Ô Cangaceiros, voire certaines bandes-dessinées de mon enfance.

9) On dit que les gens lisent de moins en moins. Mais vous écrivez des pavés et ils se vendent très bien. Vous pensez qu'il y un mythe autour d'une crise de la littérature ou pour se faire lire il suffit d'être vraiment bon ?

La littérature est en crise par essence.
Pour être vraiment lu – ce qui est la seule chose qui importe - il faut braquer la banque : il faut commettre un hold-up dans le cerveau des lecteurs.

10) Vous écrivez pour quoi? Besoin existentiel, pour l'argent, pour mener à bout un projet esthétique, pour tuer le temps?

Tout roman est une forme de vie qui vous demande de la mettre au monde.
Sinon il se pourrait bien qu’elle vous tue, elle.
C’est le plus implacable de tous les contrats
.Bien à vous –
MgD