
Interview Gallimard
par Maurice G. Dantec le 11/04/2003 Gallimard
Gallimard — Villa Vortex marque-t-il votre retour au roman policier, ou s'agit-il plutôt d'une « mise en scène » des idées et des réflexions qui s'expriment dans les deux volumes du Théâtre des opérations ?
Maurice G. Dantec — Ce roman est à la fois un retour au roman noir et, en ce qui me concerne, sa « terminaison », sous une forme que j'ai voulue « définitive » : celle d'un roman ultra-violent, scientifique, politique, documentaire et « physique », sur la « Chute » de la civilisation européenne. À la différence de mes précédents romans, il n'y a pas de course-poursuite à rebondissements sinon à travers le langage de la ville, et le personnage principal est un vrai flic, sans pittoresque aucun, une sorte d'homme-machine au service de la Loi, qui va vers sa propre destruction en toute connaissance de cause. S'il existe en outre dans ce roman des ponts incessants entre narration romanesque et essais de philosophie ou de théologie, il ne s'agit absolument pas d'une « mise en scène » spécifique d'idées et de « réflexions » venues du Théâtre des Opérations. Il s'agit plutôt de leur co-évolution catastrophique avec la narration « flic », qui est celle du Monde de la Chute.
Gallimard — On a parlé à propos de Villa Vortex de « tentative de roman total ». Pensez-vous que ce qualificatif soit juste ?
Maurice G. Dantec — Sans doute, et on va me le reprocher pour sûr, car cela ne rentre pas vraiment dans les dispositions et objectifs actuels de la littérature nationale. Mais je ne vois aucune autre issue à un écrivain d'après Hiroshima et Auschwitz sinon renouer avec une forme d'écriture ésotérique, une narration-monde, une littérature expérimentale dont le sujet est la fin de l'Homme. J'utiliserais tous les moyens à ma disposition pour m'inscrire à contre-courant de la littérature néo-sentimentale contemporaine.
Gallimard — Si l'humanité va vraiment vers la « catastrophe générale », à quoi cela sert-il de s'attaquer aux « racines du mal » ?
Maurice G. Dantec — À porter témoignage, y compris sur ce qui ne peut être dit, pour cause d'inhumanité extrême, ou par décision tacite des écrivains, qui refusent aujourd'hui de mourir pour laisser s'exprimer la voix de ceux qui furent, sont, ou vont être « engloutis », pour citer rapidement Primo Levi.
Maurice G. Dantec — Ce roman est à la fois un retour au roman noir et, en ce qui me concerne, sa « terminaison », sous une forme que j'ai voulue « définitive » : celle d'un roman ultra-violent, scientifique, politique, documentaire et « physique », sur la « Chute » de la civilisation européenne. À la différence de mes précédents romans, il n'y a pas de course-poursuite à rebondissements sinon à travers le langage de la ville, et le personnage principal est un vrai flic, sans pittoresque aucun, une sorte d'homme-machine au service de la Loi, qui va vers sa propre destruction en toute connaissance de cause. S'il existe en outre dans ce roman des ponts incessants entre narration romanesque et essais de philosophie ou de théologie, il ne s'agit absolument pas d'une « mise en scène » spécifique d'idées et de « réflexions » venues du Théâtre des Opérations. Il s'agit plutôt de leur co-évolution catastrophique avec la narration « flic », qui est celle du Monde de la Chute.
Gallimard — On a parlé à propos de Villa Vortex de « tentative de roman total ». Pensez-vous que ce qualificatif soit juste ?
Maurice G. Dantec — Sans doute, et on va me le reprocher pour sûr, car cela ne rentre pas vraiment dans les dispositions et objectifs actuels de la littérature nationale. Mais je ne vois aucune autre issue à un écrivain d'après Hiroshima et Auschwitz sinon renouer avec une forme d'écriture ésotérique, une narration-monde, une littérature expérimentale dont le sujet est la fin de l'Homme. J'utiliserais tous les moyens à ma disposition pour m'inscrire à contre-courant de la littérature néo-sentimentale contemporaine.
Gallimard — Si l'humanité va vraiment vers la « catastrophe générale », à quoi cela sert-il de s'attaquer aux « racines du mal » ?
Maurice G. Dantec — À porter témoignage, y compris sur ce qui ne peut être dit, pour cause d'inhumanité extrême, ou par décision tacite des écrivains, qui refusent aujourd'hui de mourir pour laisser s'exprimer la voix de ceux qui furent, sont, ou vont être « engloutis », pour citer rapidement Primo Levi.