
"Dans le texte" - Amazon
par Maurice G. Dantec le 05/02/2005 Amazon
Fasciné par les nouvelles technologies et se prêtant
volontiers au petit jeu de la prospective, Maurice G. Dantec fut révélé au
public avec Les Racines du mal, une fresque millénariste d'une rare noirceur.
Assurément, il est l'auteur de son époque, d'une ère qui entre si vite en
mutation qu'elle ne se comprend parfois plus elle-même… Nous avons voulu savoir
à quoi ressemblait le "lecteur" Dantec.
amazon.fr : Étiez-vous un petit garçon que l'on forçait à lire ou
dévoriez-vous tout ce qui vous tombait sous la main ?
Maurice G.
Dantec: Placez-moi d'office dans la seconde catégorie, on gagnera du
temps.
amazon.fr : Aujourd'hui, êtes-vous un grand lecteur ? Quel
genre de littérature lisez-vous ?
M.G. Dantec: Je lis de tout,
de la philosophie, de la critique littéraire, de la science politique, de la
poésie, des textes de grands physiciens ou psychologues et, régulièrement
encore, des romans.
amazon.fr: Qu'est-ce qu'un "bon" livre selon
vous ? Faut-il qu'il vous émeuve, qu'il vous fasse rire ou pleurer, ou encore
qu'il vous tienne en haleine quel que soit son propos ?
M.G.
Dantec: Les "bons" livres ne m'intéressent pas. Un livre, pour mériter d'être
écrit, doit aujourd'hui littéralement susciter des désastres, engendrer des
perditions, des anéantissements, des trahisons de l'ordre social. Il doit
prodiguer le feu d'un incendie esthétique.
amazon.fr:
Qu'aimez-vous retenir d'une lecture ?
M.G. Dantec: Métamorphose
générale de l'être ou rien.
amazon.fr: Avez-vous une référence
littéraire obligatoire ? Un auteur ou un livre fétiche ? De quelle manière
avez-vous été séduit ?
M.G. Dantec: En quelques traits…
- Kafka, la dépersonnalisation vue, vécue, et écrite comme processus
hautement créateur/destructeur
- Philip K. Dick, la dépersonnalisation
vue, vécue, et écrite comme processus hautement créateur/destructeur
-
Dostoïevski, la dépersonnalisation vue, vécue et écrite comme processus
hautement créateur/destructeur
- Ballard, Burroughs, Céline, Joyce, etc.
la dépersonnalisation vue, vécue, et écrite...
amazon.fr: Quel
livre vous a vraiment horripilé ? Pourquoi ? L'avez-vous terminé ? Qu'en
avez-vous fait par la suite ?
M.G. Dantec: Je ne lis pas les
livres susceptibles de m'horripiler, il m'arrive de les compulser rapidement en
librairie, par pure curiosité clinique sur l'extension de la maladie. J'oublie
rapidement leur titre et le nom de leur auteur. Mais le plus récent d'entre les
opus du nihilisme contemporain qui empoisonnent aujourd'hui tout l'espace des
discours ambiants est sans doute le "livre" de Pierre Lévy, World philosophie,
dont l'intitulé même rassemble en une haute densité fractale toute l'étendue du
néant qui l'inspire.
amazon.fr: Si vous n'aviez qu'un livre à
sauver lequel serait-il et pourquoi ?
M.G. Dantec: La Bible,
vraisemblablement ou alors Ulysse de Joyce. Les raisons sont innombrables et
sont présentes en tant que telles dans le texte de ces deux
livres.
amazon.fr: Êtes-vous un lecteur curieux, toujours à
l'affût d'une nouveauté, des petits trésors que recèlent la littérature, ou
relisez-vous sans cesse vos romans préférés ?
M.G. Dantec: Je
relis peu, mais cela m'arrive néanmoins, pour une poignée de textes essentiels,
dont les quelques auteurs ou ouvrages déjà cités, auxquels il convient d'ajouter
Nietzsche, Origène et Démocrite.
amazon.fr: Avez-vous déjà fini
un livre en regrettant de ne pas en avoir été l'auteur ? Si oui, lequel
?
M.G. Dantec: Cela arrive trop souvent pour que l'on puisse en
tenir la liste comptable.
amazon.fr: Partagez-vous vos lectures,
le cas échéant pourriez-vous nous convaincre de lire un ouvrage que vous avez
particulièrement aimé ?
M.G. Dantec: Oui, si vous voulez
comprendre l'Amérique de la seconde moitié du XXe siècle, lisez American
Tabloïd, de James Ellroy, et voyez-le comme le Balzac de la civilisation
hyperpolitaine.
amazon.fr: Entretenez-vous un rapport particulier
avec le support papier ? Croyez-vous à l'avènement du livre électronique
?
M.G. Dantec: J'écris sur ordinateur, mais je lis des livres.
Un LIVRE est par définition un objet autonome, autant dire un sujet, libre,
souverain, donc forcément coupé de la matrice-réseau, ce que la notion de "livre
électronique" contredit quelque peu, sauf, à le considérer comme quelque "boîte
noire" particulière au sein d'un univers dominé par la techno-marchandise, et
qui œuvrera en virus, agent d'une guérilla de l'esprit contre l'ordre social du
cyberespace.