"Androïdes de tous les pays, débranchez vous !"
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Maurice G Dantec

Cape South

par Maurice G. Dantec le 10/11/2002 Ring

Un court texte de Maurice Dantec en réponse aux menaces d'extradition qui pèsent sur un certain nombre d'écrivains italiens, anciens militants des "années de plomb" ayant rompu avec le terrorisme.
Bref rappel des faits :
Depuis 1985, par la voix du président de la République François Mitterrand, la France a accepté que les militants révolutionnaires italiens "ayant rompu avec la machine infernale du terrorisme" ne soient pas extradés et puissent vivre sur son sol. Il était ainsi reconnu, implicitement, que l'affrontement social qui avait eu lieu dans les années 70 et 80, en Italie, était de nature politique. Ce respect de la parole donnée vient d'être brusquement bafoué par la décision du gouvernement Raffarin d'arrêter le professeur Paolo Persechetti pour le livrer à la police d'un pays où l'extrême droite est associée au pouvoir. Ce premier reniement, indigne d'un pays où naquit la charte des droits de l'homme, risque d'être le prélude à d'autres extraditions.
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Dans quelques jours, nous saurons, à deux titres, si la France est toujours cet "État de Droit" dont elle s'est fait le héraut, depuis un bail, sur tous les champs de batailles et les charniers pour lesquels elle aura longuement versé ses larmes de crocodile "humaniste". Le 17 septembre, des représentants d'une religion qui demande la liberté pour ses mosquées, mais interdit toute construction d'églises sur son sol, vont poursuivre un auteur français pour incitation à la haine raciale. Inutile de revenir sur les conditions risibles dans lesquelles cette affaire a éclaté et se déroule. Il me semble plus opportun, et plus urgent, de vous signaler la chose suivante, dont le parallélisme avec le "procès Houellebecq" est troublant :

Depuis cet été, le gouvernement Berlusconi s'agite en tous sens pour que soient extradés vers son pays d'anciens militants gauchistes, proches de Prima Linea ou d'autres grouspuscules apparentés, trente ans après les faits, sans qu'aucun crime de sang ne puissent leur être directement imputés, et alors qu'ils ont reniés, publiquement, leur participation passée à cette "stratégie de la tension" dont le gouvernement maffieux de la Sociale-Démocratie-Chrétienne fut un des principaux acteurs.

Ainsi, au moment où la République Francaise continue d'oeuvrer à la protection effective des sieurs Karadjic et Mladic, responsables d'environ 250, 000 assassinats et actes d'atrocités en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, dans des zones aujourd'hui placées sous le mandat de l'ONU; au moment où des organisations criminelles nihilistes transnationales, financées avec l'argent du Pétrole, perpètrent d'un bout à l'autre de la planète leurs abominations de masse, en Algérie, au Cachemire, au Soudan, en Somalie, aux Philippines, en Afghanistan il n'y pas si longtemps; au moment où l'Europe se dégonfle devant les programmes d'armements nucléo-tactiques et bactériologiques de monsieur Saddam Hussein, Sauveur-du-Peuple-Irakien (surtout les Chiites et les Kurdes); au moment où la Colombie est aux prises avec une hydre narco-léniniste qui renvoie aisément les trublions italiens des années 70 à leurs bacs à sable d'enfants perdus de l'occident; bref au moment où le TERRORISME MÉTALOCAL est devenu le paradigme du monde né un matin de septembre 2001, le gouvernement de messieurs Raffarin et Sarkozy, au demeurant incapable de protéger un écrivain des menaces de mort qui lui sont quotidiennement adressées, n'a rien trouvé de mieux à faire que d'expulser manu militari une poignée de professeurs d'université ou d'auteurs de romans vers un régime qui se sera récemment arrangé pour se blanchir de toutes les saloperies maffieuses dans lesquelles il baigne, comme des staphylocoques dans un bidet.

On comprendra, j'espère, tout le COURAGE qu'il faut à ce gouvernement de gros bourgeois chiraco-philippards pour payer son tribut à la "guerre au terrorisme". Envoyer quelques flics à Bagneux ou à la Sorbonne, pour s'emparer d'une demi-douzaine de profs et de quelques romanciers de passage, relève, on l'aura compris, de cette manifestation de lucidité politique dont nautre-bôh-Paihi se fait fort d'illuminer les peuples de l'Univers, en particulier ces crétins d'Américains, qui s'inquiètent stupidement des dérives racistes de monsieur Mugabe, ou des infrastructures de destruction massive dont se dote le nouvel Assurbanipal de Baghdad, mais qui doivent se foutre complètement de ces dangereux "éléments subversifs" que le Roi de la Médiattérannée a désigné à la vindicte de ses "préfets", et des députasses franchouillardes.

J'invite tous ceux qui auront témoigné de leur opposition à ce procès "religieux" tenu contre Michel Houellebecq, et y compris lui-même, à joindre leur signature sur la pétition Internet dont je vous donne les coordonnées ci-après. Encore une fois, comme dans le cas de l'auteur de Plate-Forme, il ne s'agit pas d'appuyer les actions passées, ni même les discours présents, des personnes menacées, mais de faire valoir - non pas un "droit" - mais l'expression de notre souveraine LIBERTÉ contre les Épiciers Généraux qui semblent s'obstiner à vouloir diriger nos destinées.

Salutations transatlantiques -

MgD