
Interview pour Noise (Métacortex)
le 05/02/2010 Noise
INTERVIEW
MAURICE G. DANTEC
NOISE
MAGAZINE - NUMÉRO 15
_____ 1 _____
- L'écrivain
rock'n'roll. C'est presque un cliché. Pourtant, si on y regarde bien, peu
d'écrivains français ont su faire de la littérature avec cet héritage électrique
qu'on leur a légué. On a toujours beaucoup écris sur le rock'n'Roll,
mais peu de romanciers ont su écrire avec le rock'n'roll. Votre
littérature à vous est indissociable du rock'n'roll. De l'influence du rock
psyche et du glam sur vos jeunes années à votre parcours en tant que musicien en
passant par votre curiosité toujours vive pour ce que continue de produire cette
musique à l'aube du XXIème siècle, est-il sérieux de dire que votre verbe a été
forgé dans la musique électrique ?
C’est
extrêmement sérieux en effet. Vous citez le rock psychédélique des années 60, le
glam-rock des early 70s, il ne faut pas oublier Bowie, Iggy, Lou Reed, Roxy
Music, Eno, la demi-décennie punk/new-cold-wave (76/77-82/83), la transmutation
fondamentale SexPistols/PIL, Joy Division, mais aussi les formes
originelles du hip-hop (electrofunk new-yorkais, gogo-music de Washington DC),
l’électro-industriel allemand, belge ou britannique, le mouvement techno de
Detroit (Kraftwerk mixé avec le funk de Motor-City), l’aventure Hacienda,
Happy Mondays, Stone Roses, etc, des groupes majeurs
comme U2, Nine Inch Nails, ou Prodigy. Je ne cherche pas à « être au courant »,
c’est le courant qui cherche à être en moi, bref, le rock à joué en ce qui me
concerne le rôle que le « polar » a je pense joué pour Manchette : l’expression
artistique fondamentale du XXe siècle, c’est à dire celui de
l’arraisonnement de l’Homme par la Technique-Monde.
On pourrait
rajouter néanmoins d’autres éléments clés :`
- la
musique « classique » russe, il conviendrait mieux de dire « romantique » ou «
post-romantique », ainsi que Mahler, et Beethoven.
- Des
musiciens « contemporains » aussi différents que Debussy, Bartok, Messiaen,
Ligeti.
- La
musique « répétitive » : Terry Riley, La Monte Young, Steve Reich, Philip
Glass.
- La
musique du « Grand siècle baroque », selon moi 1650-1750 : Bach, Pergolèse,
Haendel, et jusqu’à Mozart.
- La
musique populaire celtique (j’y inclus certaines formes de country-music
américaine).
- Vous avez
fait partie du groupe État d'Urgence (plus tard rebaptisé Artefact) entre 1977
et 1980. Un autre écrivain (qui est aussi devenu cinéaste) a
également traversé ces années dans le même milieu. Je pense à F.J. Ossang, qui a
marqué la scène post-punk avec son groupe MKB-Fraction Provisoire. Souvent
associée au Rock Alternatif naissant, leur musique était pourtant très proche de
vos centres d'intérêt de l'époque (même goûts pour la musique industrielle à la
Throbbing Gristle et la littérature anglo-saxonne des
Ballard/Burrough).
J'ai connu
MKB-Fraction Provisoire au tournant de la décennie 70/80, après le split
d'Artefact en tout cas. Je me souviens les avoir vu sur scène, mais avec
d'autres groupes, un festival peut-être, je ne me souviens plus des
circonstances exactes. J'avais noté la proximité de certaines influences, mais
musicalement je m'éloignais déjà de cette scène post-punk alternative, je
n'écoutais plus que de la cold wave, et les prototypes electro-indus. J'ignorais
qu'Ossang faisait partie de ce groupe.
Dès 1983/84
j’ai commencé à abandonner le navire de la scène rock française. Fin 1985, je
travaillais déjà pour le Capital-Simulacre.
- En
parlant de scène post-punk française dans American Black Box, vous dites "Au
début des années 80, on pressent que bientôt nous aurons le choix entre les
Béruriers Noirs et Indochine". Votre génération n'aura donc jamais pu
concrétiser le projet que chérissait Yves Adrien d'inventer le "Rock Nucléaire
des années 80", mission qu'ont en revanche très bien remplis les anglais (PIL,
Throbbing Gristle), les Allemands (Einstürzende Neubauten) et les Américains
(Suicide). Qu'est-ce qui selon vous a foiré en France ?
Comme
d’habitude. Les Français.
- Le rock
en France : Les américains ont inventés le rock'n'roll, nous avons eu les yé-yé.
Le monde anglo-saxon a donné naissance au Punk, nous avons eu Plastic Bertrand.
Les anglais et les américains ont fait naitre le post-punk et le hardcore, nous
avons eu le rock alternatif. Au milieu de ce cimetière de mouvements morts-nés
sur notre sol, de quels groupes "hors normes", ou "hors-genres" pouvons-nous
tout de même être fiers ?
Métal
Urbain, sans doute, pour commencer. Inventeurs avant tout le monde (76-77) de
l’électropunk.
Kas
Product, qui furent d’une certaine manière leurs successeurs au début des années
80.
Des groupes
comme The Dogs. Electric Callas. Marquis de Sade. Je pense aussi à toute une
micro-scène proto-electro qui tournait à Poissy sous le nom d’Usinor-Dunkerque,
puis des Officiels, puis Century Boys, dont est sorti quelqu’un comme Claude
Arto (Mathématiques Modernes), ou « Pat » et « Robert » qui donnèrent leurs noms
à l’album des Rita Mitsouko. Que je peux sans problème ajouter à cette liste non
exhaustive. Tout comme Alain Bashung, qui reste une singularité, comparable à
Gainsbourg. Je n’ai pas très bien suivi ce qu’il a fait par la suite, un peu
quand même, mais ce que produisit Daniel Darc avec Mirwais au cours des années
80 était franchement salvateur. Pour terminer, il existe un groupe qui est
obscurci par la « renommée » - toute relative - d’Artefact. Je veux parler d’un
projet que le groupe a conduit avec le chanteur Gregory Davidow, sous le nom de
Spions Inc puis « The Party », avec la participation de Claude Arto, et qui se
situe selon moi un cran au-dessus de ce qu’Artefact avait produit de son côté à
la même époque.
- Le DVD de
La Brune et Moi sort en ce début d'année. Votre groupe Artefact y fait une
apparition. Vous rappelez-vous du tournage de ce film, et de quelle manière vous
y avez été impliqués ? Quels souvenirs gardez-vous de cette période
effervescente ?
Pas
toujours si effervescente. C’est précisément ce que ce genre de films
avait tendance, immédiatement, à oublier. Il y avait aussi beaucoup
d’ennui, ce qui n’était pas pour déplaire à certains d’entre nous, plus
sensibles au spleen solitaire qu’aux diverses formes d’enthousiasmes
collectifs.
- Dans
American Black Box vous évoquez à de nombreuses reprises Yves Adrien. Pourquoi à
votre avis la scène Rock en France a donné aussi peu d'authentiques écrivains,
juste des écrivaillons de la veine de Virginie Despentes ?
Pour les
mêmes raisons que soulève votre question concernant la non-survie du rock
français comme entité singulière à partir du milieu des années 80. L’esthétique
de dandys atomiques des fulgurances initiales a été transformée en une panoplie
« destroy » anarcho-misérabiliste qui ne pouvait conduire qu’à la bennes à
ordures, en effet.
- Que
pensez-vous de la presse qui traite du Rock aujourd'hui ? Suivez-vous toujours
de près ou de loin la presse spécialisée ?
Il n’y a
rien à en PENSER. Je ne «suis » ni de près, ni de loin, une « presse rock » qui
ne traite de la littérature que dans une rubrique à part.
- Qu'en est-il du projet Aircrash Cult, groupe dont vous êtes parolier, dans lequel on découvre le co-créateur du groupe avec vous, David Kersan (son agent littéraire, ndr) au chant, et avec la collaboration d'un musicien français ?
On a pu voir quelques vidéoclips/démo sur le net, un album est-il en cours ?
Un album est en cours de mixage. Le second est déjà prêt à être enregistré.
Non. Je
suis prêt à éradiquer toute une ville pour sauver l’intégralité de ma
bibliothèque. Je peux faire quelques concessions pour mes disques. Mais pour ne
m’en faire conserver qu’un seul, je vous conseille l’usage d’armements non
conventionnels.
- Que vous
inspire en tant que catholique les pétitions que certains groupes religieux font
circuler contre certains festivals de rock ou de métal, considérés comme
"sataniques" ?
Ils
feraient mieux de s’occuper des vrais agents de la régression
satanique/matérialiste, dont certains oeuvrent désormais au sein même de
l’Église.
J’ajoute
que la mouvance « dark metal/sataniste » me désintéresse au plus haut
point.
____ 2 ____
- Dans vos
fictions comme dans vos trois TdO, la musique tient toujours une place très
importante. On a même l'impression à vous lire que chaque livre possède sa
propre playlist. Certains titres jouent même un rôle très importants dans la
narration en elle-même. Quel rôle dynamique joue le rock sur l'écriture en
elle-même ?
Le rock
s’inscrit naturellement dans l’ensemble des autres influences musicales, je peux
sans problème passer de Ligeti à Renegade Soundwave, de Stravinsky à Bob Dylan,
puis de Suicide à Pergolèse. Les « play-lists » sont facultatives, et
provisoires, sans compter qu’elles évoluent avec le temps, il m’arrive d’écrire
dans le plus total silence, voire avec CNN dans le fond, comme c’est le cas à
présent.
- Vous
souvenez-vous précisément quelle a été votre playlist lors de l'écriture de
Metacortex ?
Oui, je
l’ai fournie à l’Association des Lecteurs. Une trentaine de titres, mais en
prenant en compte son évolution dans le temps (ndr : en gros on y trouve entre
autre Archive, Blue Öyster Cult, Brian Eno & Boards of Canada, Depeche Mode,
Suicide, T-Rex, Youth Engine Records, The Who, The The, Hooverphonic, John
Carpenter, Gary Numan, Front Line Assembly, Foo Fighters, Sisters Of Mercy)
-
Écoutez-vous systématiquement de la musique quand vous écrivez ? Si oui, comment
gérez-vous votre playlist par rapport aux différents stades d'écriture du livre
? L'écriture d'un livre comme Metacortex a dû se dérouler sur plus d'un an, dans
ces conditions j'imagine qu'une playlist-type doit considérablement bouger
durant cette période.
Concernant
la première question, je vous réponds un peu plus haut.
Un noyau de
base reste en place, généralement, puis la playlist se développe avec
l’écriture, et enfin une sélection s’opère d’elle-même, je termine généralement
avec un noyau dur à la fin, qui peut être le même que celui du départ ou tout
autre chose. Il n’y a aucune règle pré-établie.
- Dans une
interview réalisée six mois avant la sortie de Metacortex, vous aviez parlé de
l'influence qu'avait pu avoir l'album "Tyranny and Mutation" de Blue Öyster Cult
sur l'écriture du roman. Pourtant à la lecture du livre, on ne retrouve aucune
référence directe à ce disque. L'influence de ce disque a donc du travailler
dans l'ombre. Pourriez-vous nous expliquer de quelle manière ?
Rapport
Politique/Culture, Rouge/Noir, Méthédrine/Quaalude, Science/Fiction,
Cube-Monde/Métacortex. J’ai bien expliqué ? (rires)
- Le livre
s'ouvre sur une citation tirée d'une chanson de Dead Or Alive (non : ABC), puis
sur une autre de Joseph de Maistre. Dans American Black Box, vous dites "Il
n'y a aujourd'hui rien de plus conservateur qu'un groupe de Rock-music". Le
rock est-il pour vous une forme de réaction contre le monde moderne, comme
Maistre a pu être lui-même une réaction aux idéologies progressistes du XVIIIème
siècle ?
Cette
confusion est de ma faute. Je n’utilisais pas le terme « conservateur » dans le
sens où vous l’avez compris, son sens original, « contre-révolutionnaire », j’ai
usé du sens qu’il a pris aujourd’hui, à savoir que des groupes comme Metallica
(qui est celui que je prenais en exemple, je crois) se contentent de répéter les
sempiternels mêmes riffs « métal », avec les postures-clichés qui vont de pair,
et les textes niveau secondaire qui les « accompagnent ».
- On a
tendance, encore aujourd'hui, à considérer le rock comme une musique subversive,
pourtant cela fait bien longtemps qu'elle a totalement été avalée par
l'économie-monde. Sous quelle forme pensez-vous que le rock va subsister durant
le siècle qui vient de débuter ?
Je me fiche
complètement qu’une musique soit « subversive » ou pas. Bach « subversif » !
Il n’y a
que les trotskystes pour croire ce genre de balivernes. Le rock subsistera à
tout, il a survécu à plusieurs explosions atomiques. Il pourrait même survivre à
ce monde. Et à son « économie ».
- Par
extension, dans un monde où "jouer le subversif" est un moyen de prendre du
galon dans la sphère médiatique, les conservateurs sont-ils les derniers à être
capable de créer un authentique scandale ?
Je vous
l’ai dit, le mot « conservateur » n’est plus adéquat, car qu’avons-nous à
conserver de ce monde merdique, l’autre ayant disparu depuis plus de deux
siècles ? Je ne me considère même pas comme un « réactionnaire », réagir ne
suffit pas, même si cela prouve qu’on est encore vivant. Je crois au principe
d’affirmation nietzschéen. C’est la raison pour laquelle je me définis comme un
Catholique-Futuriste.
_____ 3 _____
- Du
personnage de Alice dans La Sirène Rouge (qui a l'age de douze ans a déjà
dévorée des tonnes de livres de toutes sortes) jusqu'à vos bikers qui lisent
Joseph de Maistre dans Metacortex, vos personnages sont depuis toujours des gens
érudits. Leur rapport au monde semble systématiquement passer par le livre. Le
vrai challenge serait-il pour vous de raconter une histoire du point de vue d'un
homme ordinaire ?
Un
homme « ordinaire » n’a aucune histoire à me raconter, quelque soit son « point
de vue ».
- Dans
votre roman Villa Vortex, on fait exploser des usines en écoutant le "Diamond
Dogs" de Bowie, dans American Black Box vous dites avoir aimé écouter
"Nightclubbing" de Iggy Pop en pleine guerre des Balkans. Metacortex, lui, se
déploie entre deux époques qui circonscrivent plus ou moins la naissance du Rock
et la fin supposée du monde telle que nous l'avons connus. Pourquoi le rock
est-il chez vous toujours associé à la guerre ou à la
destruction?
Ce n’est
pas « chez moi ». Le rock est la bande sonore de la seconde moitié du XXe
siècle, cela devrait répondre à votre question. Le véritable lieu de naissance
de cette musique n’est sans doute pas Memphis, Tennessee, mais Los Alamos,
Nouveau-Mexique.
- Vous
dites souvent que chacun de vos livres est écris contre le précédent. J'ai
cependant l'impression que depuis Villa Vortex (depuis votre conversion au
christianisme, en fait), chaque nouveau volume de votre œuvre est un
approfondissement de vos préocuppations et une amélioration perpétuelle de la
forme. Les questions théoriques me semblent à chaque fois mieux fondues dans la
matière narrative, à tel point que Metacortex est de loin votre roman le plus
fluide. Est-ce que c'est genre de chose à laquelle vous travaillez, ou bien
est-ce que vous laissez l'expérience faire son œuvre ?
Vous avez
répondu à la question. L’expérience narrative est précisément celle qui me
permet de continuer d’affirmer que chaque livre naît de la destruction
créative du précédent. Le Christianisme est basé sur le principe du dogme
évolutif et comme le dit Nicolà Gomez d’Avilà, il naît d’une tension toujours
entretenue entre hérésie et orthodoxie.
La
nécessité d’entrelacer au plus profond du matériau littéraire les questions
théoriques et les diverses formes de narration comme des « échos » les unes des
autres est une conséquence directe de cette expérience.
- Cosmos
Inc et Grande Jonction nous mettaient en garde contre l'avènement d'un monde
"mégamachinique" où les hommes seraient devenus les rouages isolés d'une
gigantesque machine qu'ils ne parviendraient plus à se représenter dans son
ensemble. Dans Metacortex, on est paradoxalement dans un monde où la condition
sine qua-non pour survivre est justement de devenir machine (machine à tuer,
machine à traquer, machine à décoder les secrets du monde). Metacortex nous dit
donc en substance que la machine n'est pas un danger en soi, mais que c'est le
manque d'Être face à la machine, notre incapacité a inventer une authentique
relation metaphysique homme/machine qui pourrait nous perdre. J'ai bon, m'sieur
?
Tout bon,
jeune homme. Vous êtes donc recalé pour un poste aux
Inrockuptibles .
- Dans vos
romans, survient toujours ce moment où la rencontre d'un imprévu scientifique
avec une singularité humaine amène une évolution radicale de l'espèce, ou signe
l'avènement du post-humain, ou d'un humain hybride (capable, par exemple, de
parler le langage des machines, où de décrypter l'invisible). La technique
semble être le seul vecteur qui puisse permettre à l'homme d'accéder au salut.
L'homme ne peux t-il se sauver seul ?
Entièrement
d’accord avec votre première analyse. Pour la suite : non, non. Relisez votre
question précédente. La Technique ne risque pas de « sauver » l’Homme, si
quelque chose le peut. La Technique comme « pensée autonome » comme « agent
intelligent » à la manière d’Averroes, est née de la séparation absolue établie
entre Science et Révélation. Depuis les Racines du Mal j’envisage la question
sous cette forme.
Quant à
savoir si l’Homme peut se sauver seul, cela consiste d’abord à
présupposer qu’il puisse SE sauver. Si c’était le cas, pourquoi ne l’a-t-il pas
déjà fait ?
En fait
l’homme est sauvé, mais il ne le sait pas, ou refuse de le croire, ou
ne veut pas l’être.
C’est la
raison pour laquelle la Chute ne s’arrête pas.
- Ce saut
quantique dans l'évolution de vos personnages de fiction représente t-il à votre
échelle d'écrivain la découverte de certains livres décisifs
?
Livres ou
événements « vécus », car c’est la même chose. En fait, bien souvent, ce sont
mes personnages qui me guident vers certains ouvrages.
- En
parcourant ce qu'on raconte de vous dans la presse et sur la toile, je vois
parfois votre nom associé aux mots "islamophobie", "réactionnaire" et autres
noms d'oiseaux. Pourtant quand j'ouvre vos livres, me viennent tout de suite à
l'esprit les mots "Lumière", "Espérance", "Beauté", "Poésie du territoire".
Qu'est-ce qui produit selon vous un tel écart ?
S’occuper
de politique c’est inévitablement entrer dans les ténèbres humaines. Je ne suis
pas « islamophobe », étymologiquement cela signifierait que j’aurais peur
de l’islam, ce qui est une bonne blague. Je considère l’islam comme un
totalitarisme religieux régressif à la base, je constate que depuis 14 siècles,
malgré leur prétendue maîtrise d’Aristote et des chiffres qu’elles ont
soi-disant inventé, les différentes sociétés islamiques n’ont pas su produire
une seule théorie scientifique d’importance, aucune technologie nouvelle,
rien.
Il ne faut
d’ailleurs jamais dire que les émirs de la Péninsule Arabique sont devenus
riches grâce à leur pétrole. Ils sont devenus riches grâce à
notre moteur à explosion.
-
Metacortex est probablement le roman dans lequel on trouve le plus grand nombre
de morts. Paradoxalement, il est aussi celui qui laisse percer le plus d'espoir.
J'ai un peu la même sensation à la lecture de vos textes dits "polémiques"
(publiés dans les Théâtre des Opérations, dans Égards ou dans Ring), comme si la
colère avait laissé place à une grande sérénité, une grande quiétude face aux
catastrophes à venir. Qu'est-ce qui a changé en vous en l'espace d'une petite
décénnie ?
La Paix est
un moment de la Guerre.
- La notion
de sacrifice est omniprésente dans Metacortex. Vous citez Joseph de Maistre, qui
a énormément écris sur le sujet, mais on devine aussi en sous-texte une lecture
très studieuse de René Girard. Cette notion de sacrifice, j'imagine qu'on la
retrouve jusque dans l'acte même d'écrire. Metacortex vous a probablement pris
un an / un an et demi de votre vie, que sacrifie t-on en tant qu'écrivain pour
accoucher d'un tel livre ?
Plusieurs
bons millions de neurones pour commencer. Un sacrifice qui ne comporte pas un
don physique du corps n’est… qu’une vue de l’esprit, justement.
- Vous avez
toujours revendiqué ne pas réellement être l'auteur de vos romans. Vous dites
toujours que le "Je" n'existe pas, que l'écrivain est multiple, que ce sont les
histoires qui cherchent à exister à travers vous, que ce sont les voix des morts
qui s'expriment à travers votre plume, que l'écrivain n'est rien de plus que le
vecteur de forces qui le dépassent. Dans Metacortex, la relation
machinique/métaphysique qui va connecter Verlande avec l'invisible, lui ouvrir
les secrets qui recouvre le monde, est t-elle une façon absolue de parler de la
relation qui vous lie avec ces mondes qui ne demandent qu'à naître ? Metacortex
n'est-il pas au fond une allégorie de votre condition d'écrivain
?
Oui, bien
sûr, mais tout écrivain, me semble-t-il, est confronté à cette problématique. À
lui d’oser l’affronter, ou pas.
Comme tous
mes romans depuis les origines, Métacortex n’échappe pas à la régle. Je
circonscris de plus en plus la « chose », c’est tout. Network-Centric Schizo-narration.
- Vous ne
cachez jamais dans vos romans les livres qui vous ont aidés à les concevoir. Au
contraire, les livres des autres interviennent toujours en tant que processus
dynamique, à tel point qu'on peux entrevoir au fil des années la transformation
de votre pensée rien qu'en parcourant cette "bibliothèque virtuelle". Vous jouez
le jeu d'une transparence totale, là où la plupart des écrivains restent plutôt
discrêt concernant les livres qui les
influencent/transforment.
Les livres
sont des formes de vie.
Si beaucoup
d’écrivains restent « discrets » au sujet de leur influence réelle sur leur
propre production c’est parce que cette conception leur est étrangère et que par
conséquent la « transformation » - à laquelle ils font d’ailleurs souvent
référence – reste de l’ordre « intellectuel ».
Or un livre
est une expérience physique. Neurophysique.
- Quelle
leçons avez-vous tiré des faiblesses de Villa Vortex (premier tome de la
trilogie Liber Mundi) avant d'attaquer la conception de ce deuxième tome
?
Que ses
faiblesses étaient sans doute des forces mal exploitées. J’ai donc attendu
plusieurs années avant de laisser place à ce second volume de Liber Mundi, je ne
devais plus pêcher par précipitation, je devais donner le temps à Métacortex de
réunir toute la masse critique avant de le laisser détoner.
- Depuis
Villa Vortex (depuis votre conversion au christianisme, en fait), vous me
semblez produire une authentique littérature de l'invisible, la foi, les anges,
le chaos, l'amour, l'entropie. L'essentiel dans la vie terrestre semble être à
vos yeux tout ce qui est invisible à l'œil nu. Parmi tous vos livres écrits
depuis 2003, Metacortex me semble être le premier a livrer un mode d'emploi, le
premier à offrir une arme de guerre littéraire pour décoder le
réel.
Vous me
permettrez de prendre cela comme un compliment. Tous mes livres convergent vers
ce but « viral », mais il est vrai que pour la première fois, avec ce roman,
j’ai eu l’impression de toucher pleinement la cible, et pas très loin du centre.
- La
chanson "Massacre à l'électrode" que vous chantiez avec votre groupe Artefact à
la fin des années 70 commençait sur ces mots : "Fillette qui pleure dans la
souffrance".
Pourchassées dans La Sirène Rouge, assassinées dans Les Racines du
Mal/Artefact/Metacortex, torturées et transformées en automate dans Villa
Vortex, la fillette suppliciée est une image récurrente dans l'imaginaire
Dantecquien depuis plus de 30 ans. D'où vous vient cette obsession
?
Mon côté
sentimental, je présume.
Plus
sérieusement, je ne sais pas, et peu importe. Elles, elles le savent, c’est
amplement suffisant.
- De la
même manière, le symbole de la bibliothèque est un élément central, aussi bien
dans votre vie que dans vos romans. Je ne ferais pas l'affront de vous demander
pourquoi cette récurrence, j'aurais plutôt tendance à me demander pourquoi cet
élément est si peu cet élément dans la littérature des
autres.
Parce
qu’ils font de la « littérature » avec leur moi.
En ce qui
me concerne, ma littérature a pour objectif la destruction de ce qu’il en
reste.
- Que
trouves t-on comme acquisitions récentes dans votre bibliothèque
?
De la
Patristique essentiellement.
La
Route de Mc Carthy. Les dernières productions de JG Ballard. Novalis
(Le Brouillon Général).
Le dernier
catalogue Sig-Sauer.
- Vous
associez également le rock au Christianisme. Dans American Black Box vous dites
"j'ai trop aimé le rock'n'roll pour autre chose que catholique". Plus
loin, vous récidivez en disant "sans la Très Sainte Électricité de quelques
dandies du XXème siècle finissant, jamais sans doute je n'aurais pu adhérer à la
religion catholique". L'Électricité, la Lumière, le Verbe, la Beauté,
pourquoi ai-je l'impression que dans votre littérature tout a l'air de provenir
de la même source ?
Parce que
c’est le cas. Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou
non.
- Vous venez récemment de changer d'éditeur et venez de rejoindre James Ellroy, Dennis Lehanne, mais aussi Giorgio Agamben et Günther Anders chez Rivages. Quel influence va avoir sur votre écriture un tel changement d'éditeur, connu pour le prestige de sa ligne éditoriale, aussi bien dans le roman noir que dans l'édition d'essais ?
Vous avez cité les quatre pôles – je remplacerais peut-être Lehane
par J. Lee Burke – par lesquels ma littérature prend forme. Les auteurs de