
Question de "Lire"
par Maurice G. Dantec le 08/10/1999 Lire
1999 - INTERVIEW SUR LIRE
INTERVIEW LIRE - 1999
Comment imaginez-vous le prochain siècle ?
Maurice G. Dantec
par Catherine Argand, Marie Gobin,
Alexa Tison
Décembre 1999
1)
Explosion des
nihilismes, accentuation du caractère positiviste des modèles sociaux, guerre
des religions. Réaction antiscientifique nourrie par le positivisme ambiant et
généralisé. Egalitarisme éducatif, humanitarisme politique, menacés par
l'effondrement de l'Homme mis à la place de Dieu, tentent de sauver les meubles
en désintégrant l'homme en autant de concepts unitaires (sexes, genres, âges,
ethnies, cultures, différences de tous ordres). Ces tendances et
contre-tendances ne peuvent que s'amplifier.
2) Capitalisme de
troisième espèce menacé non par des dangers extérieurs, ou une espèce d'anomalie
structurale, ou à cause des injustices qu'il engendre, mais par la lente
désagrégation des métaphysiques sur lesquelles il se fonde, toujours en attente
d'être remplacées par de nouvelles.
3) Fusion
métacritique des sciences et des techniques: les frontières entre le silicium et
le carbone s'effacent, informatique, biologie, physique quantique se réuniront
dans un faisceau de technosciences dont l'homme sera le champ d'expérience
principal.
4)
Implosion des Etats-nations dans la cinétique paradoxale du tribalisme et de
l'économie-monde, crise des grandes démocraties fédérales qui auront survécu au
XXe siècle (à la différence des Etats-nations) mais devront affronter leurs
limites, qui sont contiguës, pour le moins, à celles de
l'humanité.
5) Conquête
spatiale comme métonymie de notre propre humanisation, de notre capacité, ou
non, à utiliser la biosphère comme plate-forme de développement, de notre
capacité, ou non, à terraformer la Terre.
6) La
posthumanité ne saurait s'élaborer sur la seule mutation génétique, sur la seule
anthropomorphisation des machines, comme sur la seule informatisation du vivant,
ni même sur l'inévitable juxtaposition et la connexion active entre ces
différentes formes, car elle ne pourra surgir que d'une nouvelle métaphysique,
une métaphysique qui, à l'heure où nous parlons, attend encore qu'on veuille
bien la faire surgir de nos cerveaux.